Pillage dans le monde de la mode : où est passée l’inspiration ?

Les plagiats récurrents des multinationales dans le milieu de la mode suggèrent un sérieux manque d’inspiration de la part des stylistes.

En novembre dernier, on apprenait que Zara avait, une fois de plus, volé des designs d’artistes. L’objet en question, cette fois-ci, est un sac à main, pas moins de 3 artistes ont été volés pour le faire ; l’artiste allemand Boris Schmitz, l’illustrateur français Quibe et le designer syrien Annes Bil. Le premier à le remarquer est Boris Schmitz qui contacta des médias allemands et britanniques pour rendre l’affaire publique. Cela prend une telle ampleur que Zara retire le sac à main de la vente. Cependant, Quibe, qui s’est fait volé 4 croquis, veut en savoir plus. Habitué à ce que ses croquis soient volés par des marques de mode, de décorations ou même de beauté, il était toutefois surpris de voir que cette fois-ci cela venait d’une « multinationale qui brasse des millions ». Il contacte alors Zara France et il n’obtiendra qu’un silence radio. Pourquoi les multinationales telle que Zara plagient-t-elles des créateurs alors qu’elles ont les moyens de payer pour un design ou une collaboration ? Comment différencier un copié collé pur et dur d’une influence inconsciente suggérer par les multiples images auxquelles les créateurs et nous-mêmes faisons face aujourd’hui ? Où est donc passée leur inspiration ?

Post Facebook de l’artiste Quibe

 

Le plagiat dans la mode, c’est pas nouveau

La mode, on le sait tous, est un éternel recommencement, mais entre un design remis au goût du jour et un design volé il y a quand même une grande différence. Malheureusement le plagiat n’a rien de nouveau, à chaque collection de nouvelles accusations sortent, opposant souvent un petit créateur à une grosse entreprise. Zara a déjà été remise en cause plus d’une fois en volant des créations de Kenzo, Celine, Tom Ford mais aussi le Blog de Betty. L’année dernière le vol qui avait fait du bruit était celui de Tuesday Bassen, une artiste indépendante américaine. Cette dernière s’était fait voler le design de ses pin’s et de ses patchs à plusieurs reprises. L’entreprise avait fini par lui répondre : « qu’elle n’était pas assez connue pour que ça intéresse les gens », en gros : elle ne faisait pas le poids. Outre Zara, Bershka, Pull&Bear, Mango et Stradivarius sont aussi remises en cause notamment par la créatrice de Coucou Suzette, Juliette Mallet. Ces designs devenus viraux sont souvent copiés en partie ou en entier. Depuis toujours ces marques s’inspirent des défilés de haute-couture pour faire de la mode accessible pour tous, certes, mais voler des créateurs qui parfois ne sont pas beaucoup plus cher, c’est les détruire.

© Coucou Suzette

 

Mais pourquoi ce manque d’inspiration ?

Le problème de ces marques, c’est avant tout le rythme de création. Avant, il sortait 2 collections par an : printemps/été et automne/hiver. Désormais H&M sort 52 collections par an ! Outre le fait que ce nombre soit dévastateur pour l’environnement et pousse à la surconsommation, il est surtout impossible à réaliser pour tout bon créateur. Faire une collection prend du temps, créer prend du temps, Azzedine Alaïa s’est absenté pendant 6 ans avant de présenter une nouvelle collection. Trouver l’inspiration prend du temps et chacun à ses techniques, une musique, une photo, un livre, un lieu… Pour ces marques, le temps c’est de l’argent, tout doit être fait plus vite, il n’y a pas le temps de trouver l’inspiration. Pour respecter ces contraintes, les stylistes de ces grandes marques vont à la facilité, quitte à voler les designs d’autres créateurs, artistes souvent bien moins connus et qui se retrouvent sans défense.

La source de ce problème ? La société de consommation et de surconsommation. Qui maintenant use un tee-shirt jusqu’à ce qu’il soit troué et inutilisable ? Quasiment personne ! La publicité et les « influenceurs » et “influenceuses” (type instagrameur·se·s et bloggeur·se·s) nous poussent à consommer encore et encore et à acheter toujours plus de tee-shirts, pantalons et autres accessoires pour “être au top”. Ainsi, quand on fait le tri dans notre dressing, on tombe sur un tee-shirt porté une seule fois et parfois encore avec l’étiquette ; au mieux : on le donne à une association, au pire : on le jette. Bref, du gâchis.

Et les artistes dans tout ça ?

Il est difficile pour un artiste de voir son travail, souvent durement créé, être volé sans aucune reconnaissance ni même compensation. Bien souvent ils ne font pas le poids face aux grandes entreprises. Cependant certains se battent et déboursent des sommes d’argent immenses en avocats. Parfois avec succès : en 2015, Chanel a bien reconnu s’être inspiré des pulls de l’artiste Mati Ventrillon. L’histoire de la californienne Tuesday Bassen l’an dernier a toutefois fait bouger les choses. C’était la goutte qui faisait déborder le vase. C’est grâce à ça que le site internet et le compte instagram « shop art theft » ont été créés. Le but de ce site est de répertorier tous les articles volés par les marques de type Zara et de vous renvoyer directement sur le site du créateur. Le plagiat de ces grandes marques signe la mort des petites entreprises et des créateurs. Alors oui c’est plus cher, mais il vaut mieux acheter moins et mieux en favorisant des petits créateurs, une qualité et un savoir faire que l’on ne retrouve désormais que chez eux.

Post Instagram de Shop Art Theft

 

Les multinationales comme Zara étouffent les créateurs en écrasant leurs prix, poussent à la surconsommation et tuent l’inspiration. Il est important de changer ses modes de consommation pour quelque chose de plus durable. Il existe beaucoup de créateurs et d’artistes qui ont toujours plus d’idées, qui créent sans cesse et qui sont inspirés. C’est à eux qu’il faut donner une chance.

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