L’Italie, divine comédie touristique

L’Italie est l’un des pays les plus visités d’Europe. Qui déclinerait une escapade dans le temple de l’art, du soleil et de la gastronomie ? Est-ce cependant la seule description que l’on puisse faire de la botte la plus célèbre du planisphère ?

Rares sont les citoyens européens qui n’ont pas passé quelques heures ou quelques jours dans une des grandes villes italiennes. C’est un passage obligé des voyages scolaires, un lieu incontournable pour les weekends en amoureux, un havre de dépaysement aux portes de l’Europe de l’ouest. On peut envisager la visite du pays de deux façons ; soit en accordant quelques jours par an à la découverte d’une des grandes métropoles du pays, et ce tout au long de nos vies. Soit en s’organisant un marathon touristique éreintant pour tenter de laisser son empreinte dans un maximum de villes, à la suite, et en un minimum de temps. Les souliers usés et la collection de billets de train parlent d’eux-mêmes ; la rédaction de cet article s’est basée sur le second itinéraire de voyage. Attrapez vos chaussures les plus confortables et empressez-vous d’embarquer, le rail trip commence maintenant.

Milan, la carriériste

Après cinquante minutes de vol, montre en main, entre Bruxelles et Milan, le dépaysement se fait immédiatement ressentir. Il n’y a rien de plus satisfaisant que de dire au revoir à la froideur de la Belgique pour tendre une main à la moiteur apaisante de la Lombardie.

Milan est une ville coincée entre deux mondes radicalement différent. D’un côté, elle est un centre historique incontournable, elle regorge de trésors architecturaux et elle ne peut s’empêcher de faire briller les yeux de tous les touristes qui la rencontrent pour la première fois. Entre les églises gothiques, les palais somptueux, les façades colorées et les fortifications magistralement préservées, il y a de quoi en perdre son latin.

Corso Buenos Aires, Milan – © Sofia Touhami / Maze

 

D’un autre côté, toutes ces constructions centenaires – si pas millénaires – abritent des employés aux considérations radicalement plus modernes. A l’image de la City de Londres ou de la Défense à Paris, Milan est un poumon économique pour son pays. Les jeunes employés sont légions, les carrières se font et se défont entre le dôme et Malpensa. C’est peut-être cette nouvelle passion pour le monde professionnel, et plus globalement la culture de l’entreprise, qui a rendu les Milanais si blasés. Malheureusement, la bonne humeur des autochtones n’est pas au rendez-vous, et ils seront les premiers à admettre ce défaut de personnalité lors de conversations informelles.

Si l’on fait abstraction des gens, le paysage n’en reste pas moins magnifique. Un ou deux serveurs désagréables seront facilement oubliés une fois que vous aurez atteint la galerie Vittorio Emanuele, ou entrepris de parcourir l’immense château Sforzesco.

Galleria Vittorio Emanuele, Milan – © Sofia Touhami / Maze

Vérone, la campagnarde

Dans une toute autre ambiance, à deux petites heures de train de Milan, on trouve Vérone, la ville qui a vu se diviser, en fiction, les familles Capulet et Montaigu. La petite cité n’a pas le même succès touristique que ses voisines, et c’est complètement incompréhensible. Tout dans cet endroit respire la pureté, la sincérité, le calme, la quiétude, bref, l’authenticité. Les paysages se présentent sans parure additionnelle, ils sont magnifiés par la simple lumière naturelle qui couvre Vérone du matin au soir.

Marché de Vérone – © Sofia Touhami / Maze

 

Ici, il est inutile de courir de musée en musée pour s’imprégner de la culture locale. Un simple tour dans les rues du centre et un petit détour par le marché suffisent à rendre compte de la beauté naturelle et involontaire de l’endroit. Chaque coin de rue est d’une simplicité rare, mais suscite pourtant l’émoi et l’émerveillement tant il s’offre aux touristes comme un don du ciel.

Le clou du spectacle véronais se joue dans les hauteurs de la ville. En haut de la plus haute colline se trouve la Piazzale Castel San Pietro, une bâtisse fortifiée qui offre une vue imprenable sur les briques rouges de la ville. Les plus courageux s’y rendent à pied, mais il y a aussi un funiculaire rapide qui déposera les fainéants au sommet de la colline. Une fois en haut, personne ne peut nier qu’on se sent comme enveloppé dans une sorte de chape nuageuse, une attraction aimantée et irrésistible cloue les pieds des visiteurs sur les rebords de l’édifice. Le spectacle est saisissant et probablement unique en son genre. C’est un détour conseillé, voire un passage obligé, surtout en début de soirée lorsque le soleil dore les toitures pour faire briller la ville de mille feux.

Piazzale Castel Sans Pietro, Vérone – © Sofia Touhami / Maze

 

Venise, la machine de guerre

La ville des amoureux rayonne partout dans le monde et exporte sa réputation jusque dans les contrées les plus éloignées. Ce succès est une source intarissable de revenus pour les commerces et les hôtels, on ne pourrait pas se plaindre d’une baisse économique. Seulement voilà, jusqu’où peut-on pousser la recherche du profit ? N’y a-t-il pas un moment où il faut stopper la croissance pour préserver l’essence d’un lieu ?

Venise – © Sofia Touhami / Maze

 

Oui, les rues sont magnifiques, les canaux romantiques, les orchestres chantants, les églises resplendissantes. Le problème c’est que plus personne ne leur accorde de l’attention. Arriver à Venise s’apparente aujourd’hui à traverser Châtelet-Les Halles en pleine heure de pointe : tout le monde se dépêche de passer d’un point à un autre, sans lever les yeux pour profiter du spectacle alentours. Venise est victime de son succès. C’est une étape à faire dans une traversée de l’Italie, mais ce n’est plus la ville qui marque les esprits.

Heureusement, tout n’est pas perdu. Au milieu de cette foule de touristes oppressante et de la restauration fonctionnant à un rythme inhumain, il reste quelques belles âmes. Les vénitiens sont difficiles à dénicher parmi toutes ces cultures en transit, mais une fois que l’on en trouve un, les conversations qui suivent cette rencontre sont enchanteresses. Dans notre cas, la belle rencontre s’est faite avec un artisan de la ville, qui fabrique, peint et vend ses masques faits mains avec la passion d’un forcené. Là où certains commerçants de Venise pâtissent de l’arrivée massive des masques industriels de piètre qualité, ce monsieur se réjouit de la prospérité de son commerce. Son art lui prend tout son temps, il ne délègue aucune étape du travail, mais il se sent fier du résultat obtenu, et fier de chaque vente effectuée.

Artisan vénitien – © Sofia Touhami / Maze

 

Bologne, l’insubmersible

Quand on tombe amoureux, on oublie très facilement ce qu’est un avis objectif. La ville qui a vu naitre la plus célèbre sauce pour spaghetti attire dans ses filets les amateurs de gastronomie et finit par les faire rester grâce à ses dizaines d’autres qualités. C’est un véritable coup de cœur, une ville à ne manquer sous aucun prétexte lorsque l’on entreprend de découvrir la vraie Italie, celle qui vit et qui respire de la même façon depuis des centaines d’années.

Dès le premier pas posé sur le sol bolonais, on se sent faire un bond dans le temps. Tout dans l’architecture, l’ambiance et les attributs de la ville fait vivre aux visiteurs une reconstitution médiévale grandeur nature. Les briques rouges des maisons et les fortifications qui entourent la ville donnent un cachet inimitable à la ville. Hors du temps, hors de l’espace, hors de toute réalité, Bologne offre un dépaysement complet à moindres frais. Cette déconnexion du monde ouvre le champ des possibles : on peut visiter toutes les abbayes des environs, chiner au marché aux puces, ou encore grimper la colline de la Madonna di San Luca pour admirer la vue imprenable dont l’église profite chaque jour.

Vue depuis la Madonna di San Luca, église perchée sur la plus haute colline de Bologne – © Sofia Touhami / Maze

 

Florence, l’expérimentée

Il y a les villes princières, puis il y a les autres. Il y a des lieux dans lesquels les Médicis ont volontiers installé leurs quartiers parce qu’ils sentaient que leur grandeur pourrait se refléter dans la magnificence des alentours. Florence faisait écho à la mégalomanie de la plus célèbre des familles patriciennes, tout en gardant son humilité. Aujourd’hui, elle n’a rien perdu de sa beauté, elle s’est même embellie avec le temps. Comme partout, l’érosion aurait dû ternir les bâtisses, faire perdre de son éclat à la cité toscane. Pourtant, aucun ravage du temps ne dénature le visage de la belle Florence. Au contraire, les façades patinées semblent plus belles que jamais, constamment à cheval entre deux âges, perché entre la fougue de la jeunesse et la sagesse des vieux os.

Dôme de Florence, Florence – © Sofia Touhami / Maze

Le meilleur moyen de s’imprégner de l’histoire de Florence reste encore de déambuler sans but dans les ruelles qui convergent jusqu’au Dôme. Ce monument inclassable à l’architecture et aux couleurs atypiques répand autour de lui une toile de chemins qui mènent aux plus beaux endroits de la région. N’hésitez jamais à vous aventurer sur le Ponte Vecchio, à vous enfoncer dans la chapelle Médicis ou à déguster une glace entre deux églises tout droit sorties de la Renaissance.

 

Rome, le mastodonte

Tous les chemins mènent à Rome, voilà pourquoi il est judicieux de faire de la capitale la dernière étape de votre périple italien. Un des adages latins les plus célèbres place Rome au centre du monde en disant Roma caput mundi. Après avoir visité la ville, on se rend compte qu’il n’y a rien de prétentieux à s’exprimer ainsi ; Rome est véritablement le centre du monde.

Tout y est grandiose, des moulures de portes, aux milliers d’églises successives, en passant par les monuments démesurés qui se succèdent de rue en rue. Il y en a pour tous les goûts : les touristes classiques se rendent au colisée, à la Fontaine de Trévise et à la villa Médicis. Les plus audacieux prendront plaisir à errer dans les ruelles de Trastevere, à manger un bout à la Pigna ou à escalader la centaine de marches qui les séparent du clos Garibaldi.

Quartier Trastevere, Rome – © Sofia Touhami / Maze

Rome ne s’est pas faite en un jour, elle se visite aisément en trois soixante heures avec de l’endurance et de bonnes chaussures de marche, mais elle ne s’oublie jamais. C’est un écrin de pureté dans un pays qui connaît quelques crises mais persiste à s’accrocher à ses valeurs, une perle d’ancienneté qui ne plie pas face aux ravages du temps.

 

Bonnes adresses et bons plans

Pour finir, voici quelques bonnes adresses éparpillées aux quatre coins de la botte d’Italie !

Bien manger :

  • Une délicieuse pizza fournie pour moins de 9 euros au Bar Gatto, via L. Da Palestrina 1 à Milan
  • Des sucreries et pâtisseries italiennes sur deux étages à La Dolceria, corse Buenos Aires 54 à Milan
  • Des spaghettis aux fruits de mer comme vous n’en gouterez qu’une seule fois chez Fiordaliso Caffetaria Pasticceria, via Nazario Sauro 8 à Bologne
  • Des crespelle au saumon et une crostata fraiche dans l’adorable That’s Amore Café Bistrot, via Altabella 19 à Bologne
  • Une salade fraiche pour les jours chauds chez MaMMaMia, piazza Del Mercato Nuovo à Florence
  • Des bruschetta à tremper à volonté dans des gnocchis aux tomates à la Trattoria Della Torre Argentina, à Rome

Bien dormir :

  • A Rome, l’Hotel Gerber vous accueillera à quelques pas du Vatican dans un cadre idyllique. Ne vous privez surtout pas de la vue imprenable qu’offre le toit de l’hôtel à ses clients.
  • A Florence, le Relais La Corte di Cloris profite du calme des extérieurs de la ville tout en étant proche des deux gares principales et à quelques centaines de mètres seulement des attractions touristiques. La literie est divine, ça revient presque à s’endormir sur un nuage.
  • A Venise, pour vous éveiller au son de l’orchestre de la place Saint Marc, n’hésitez pas à réserver une chambre au Ca’ del Campo. Le personnel est aux petits soins pour tous les clients, c’est un service digne d’un grand palace et profondément humain.
  • Vérone se visite en amoureux, rien de tel que de dormir dans un cocon reculé pour profiter pleinement du séjour. La maison d’hôte Alla Villa Liberty est toute indiquée. Tout y est prévu pour y passer un moment de rêve. Le sourire radieux de la maitresse de maison vous convaincra en quelques secondes à peine.
  • Près de tout et loin du bruit, l’hôtel Florence à Milan offre le confort nécessaire pour se reposer après de longues journées de visite. Le petit déjeuner inclus dans le prix de la chambre ravira vous papilles.

 

Sofia Touhami

Directrice de la communication, tout droit venue de Belgique pour vous servir. Passionnée de lecture, d'écriture, de photographie et de musique classique.

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés