candiD, jeune marque entre artisanat et transmission

candiD… que ce soit le nom, la douceur de ses créatrices, leur regard neuf sur l’artisanat ou le projet en soi, on ne peut qu’être séduit·e par cette marque qui remet au cœur du débat l’importance du travail à la main, mais aussi celle de prendre son temps et de faire les choses bien, avec éthique et amour.

Irina, Cécile, pouvez-vous présenter ? Qu’avez vous étudié ?

Irina Pentecouteau, designer, co-fondatrice de candiD, j’ai fait les beaux-arts de Toulon en design d’espace, puis j’ai obtenu un DNSEP design à l’ISDAT de Toulouse.

Cécile Laporte, designer, co-fondatrice de candiD, j’ai fait également les beaux-arts, en premier lieu du Mans puis j’ai obtenu un DNSEP design à l’ISDAT de Toulouse.

Nous avons poursuivi toutes les deux ce parcours par une 6ème année sur un projet de recherche nommé Global Tools tout en démarrant notre activité dans une agence d’architecture et de design toulousaine.

Quelles sont vos inspirations en termes de design ?

Nos recherches puisent leurs inspirations dans plusieurs courants, dont celui des radicaux italiens, dans les années 1970, à l’époque où est née l’autoproduction (l’ancêtre du DIY) avec Enzo Mari. C’étaient des groupes revendicatifs, comme l’école de non design Global Tools, à laquelle ont participé des grands noms du design comme Alessandro Mendini, Gaetano Pesce ou encore Andrea Branzi. Ils ont requestionné la production industrielle, la notion de standard et la place de l’humain dans le projet en remettant le travail de la main au cœur de la création.

© candiD

Aujourd’hui, de plus en plus d’artistes et de créateur·rice·s travaillent sur des objets plus respectueux, comme par exemple au sein du courant slow ou encore dans l’open design qui sont des mouvements dont nous nous revendiquons.

Alors c’est quoi exactement candiD ?

candiD est le nom de notre duo, sous lequel nous développons des projets de recherche et des objets adaptables, réparables et transformables pour lutter contre la standardisation et l’obsolescence programmée. (candid-project.com candid-factory.com)

Lors de notre dernière année aux beaux-arts de Toulouse, nous nous sommes rendu compte que nos travaux de recherche étaient complémentaires et qu’ils traitaient des mêmes problématiques. Ainsi à la suite du diplôme, nous avons commencé à travailler ensemble et à développer un projet de recherche sur les artisanats, qui nous a menées sur les routes d’Amérique du Sud courant 2014.

“Nous avons choisi un nom qui, pour nous, illustre bien notre philosophie : le terme anglais candid signifie respectueux, mais aussi sincère tandis qu’en français le mot traduit aussi un caractère naïf et spontané que nous traitons de manière positive, avec des objets qui vont à l’essentiel.”

Nous produisons donc nos objets localement, nous créons des objets éthiques, durables et faits-main où la subjectivité et les besoins de l’utilisateur·rice sont mis au cœur du projet. Ce sont des objets ouverts à la participation des usager·ère·s, c’est-à-dire, des objets compréhensibles, adaptables et personnalisables. Le faire est au cœur de notre démarche et nous voulons donner ou redonner envie à des personnes d’exprimer leur créativité en leur proposant des objets au plus près de leurs attentes.

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Les thématiques de la mémoire, de la valeur du travail à la main et de la transmission semblent être au cœur de votre projet, comment les explorer vous ?

Ce sont des thématiques que nous explorons depuis nos projets de fin d’étude, elles pourraient compléter la description précédente de la philosophie de candiD. Nous nous intéressons particulièrement à l’artisanat, à la transmission et à la revalorisation des savoir-faire qui se perdent. Le travail à la main nous importe dans l’histoire et la mémoire qu’il véhicule à travers des objets et des gestes. Ce sont des marqueurs du temps qui racontent et transportent à travers les générations des savoirs.

C’est ainsi, par cet intérêt partagé, que nous sommes parties en Amérique du Sud pour enquêter sur les pratiques de tissage en allant à la rencontre de tisserand·e·s. Ces portraits d’artisan·e·s sont compilés dans un livre que nous espérons éditer d’ici quelques temps.

Cette recherche, par exemple, a nourri un projet de mobilier que nous avions l’idée de faire. Nous avons commencé par créer un kit de métier à tisser afin d’apprendre les techniques de tissage pendant le voyage. Une fois rentrées nous avons développé le tabouret tissé : Maillestool, le premier objet de la collection.

Notre volonté est de partager et de transmettre des savoir-faire et de donner l’envie de les découvrir et de les investir. Avec la veine du DIY et des tutoriels sur internet, on voit nettement l’envie des consommateurs, de dépasser cet état passif en participant à la création de l’objet, en le comprenant, en connaissant sa provenance et sa fabrication, dans un monde où cette dernière est complètement dissociée de l’usage.

“De plus, il y a un réel enjeu (écologique) dans la co-création d’un objet, ce dernier prend une plus-value affective, il peut être réparé ou modifié par l’usager qui l’a appréhendé et qui ne le jette plus aussi facilement qu’un objet banal.”

Quelle est votre vision de l’artisanat ? Qu’est ce qui est important pour vous ? Quel est le message de candiD ?

L’artisanat est comme nous l’abordions plus haut, un concentré d’histoires et de mémoires. Il véhicule à travers le temps des savoir-faire, des gestes représentatifs d’une culture, d’un pays, de personnes. C’est le travail d’une main, l’apprentissage d’un savoir, sa transmission et sa perpétuation au fil des années.

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Les artisan·e·s que nous avons rencontré·e·s en Argentine, au Paraguay ou au Pérou nous ont proposé de rester auprès d’elles·ux pour apprendre leur pratique et ne pas laisser tomber dans l’oubli leur savoir-faire. La plupart des jeunes générations refusent de s’atteler à un travail aussi dur et peu gratifié qui peine à lutter contre la concurrence industrielle.

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Cependant le problème est le même partout et en France, de nombreux artisanats ont disparu ou ont glissé dans l’industrie du luxe.

Nous aimerions travailler main dans la main avec des artisan·e·s et ainsi proposer des objets accessibles et sensibiliser les gens au travail de la main.

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Qui sont vos client·e·s ?

Nous supposons que ce sont des client·e·s sensibles au travail fait-main, local, racontant une histoire. Les kits que nous vendons trouvent des usager·ère·s désireux·ses de faire, qui pratiquent des activités créatives et aiment créer et apprendre.

Quelles sont les difficultés que l’on peut rencontrer quand on offre un travail sur mesure ?

Le sur-mesure est, selon nous, un dialogue avec l’usager·ère sur ses envies, ses goûts personnels, ses habitudes, qui aboutit à une commande dans laquelle le·a designer a interprété les aspirations de son·a client·e pour en tirer le produit final. C’est ce que nous faisons quand nous répondons par exemple à des demandes particulières de motifs ou de dimensions pour nos objets. La difficulté majeure est de formaliser les idées des client·e·s et aussi de faire accepter le coût de ce travail et de l’implication qu’il demande.

Cette démarche, très intéressante par la qualité de la relation qui peut s’instaurer dans le travail avec le·a client·e, est tout de même assez différente de celle qui nous mène à concevoir la plupart de nos objets qui doivent pouvoir s’adapter à toutes les envies et à tous les goûts sans que nous n’ayons besoin d’intervenir dans le processus de personnalisation.

Ainsi, nous proposons des objets-systèmes clés en main dans lesquels l’usager·ère, guidé·e par des tutoriels et des guides de montage est complètement autonome pour faire de l’objet ce dont iel a envie. Au final, ce sont des objets sur-mesure plus abordables !

Pouvez-vous m’expliquez le processus de conception et production de Maillestool ?

Comme nous l’évoquions plus haut, lorsque nous sommes parties en Amérique latine, nous avions déjà l’idée de faire du mobilier en bois et en tissage. Nous voulions faire des objets racontant une histoire, des objets qui peuvent se réparer, se modifier et répondre aux attentes des usager·ère·s.

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Nous avions alors pensé à faire un petit objet, facile à faire, qui ne prend pas trop de place, un genre de totem qui serait représentatif de nos idées.

L’idée principale était d’allier technologies numériques pour faciliter la création et la diffusion, et savoir-faire manuels. Après avoir croqué quelques idées, nous sommes parties et nous avons appris à tisser. Sur place, le projet s’est développé et en rentrant nous avons replanché sur ces idées, d’abord par croquis, 3D puis par maquettes en fablab (atelier de fabrication). Nous avons ainsi abouti à la première version du tabouret, (en découpe numérique dans un petit atelier de la banlieue toulousaine) qui est devenu Maillestool. Il est aujourd’hui en vente dans deux boutiques à Toulouse.

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Toutes les finitions sont faites-main, ainsi que le tissage que nous réalisons avec du coton recyclé, dans notre atelier. Nous avons dessiné deux pieds et deux assises pour l’instant, interchangeables afin de laisser le choix à l’utilisateur·rice.

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La deuxième version de Maillestool en découpe CNC a vu le jour cet été, qui est lui en bois de bouleau. C’est un projet qui continue d’évoluer…

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D’où viennent vos matières premières ?

Nous essayons au maximum de travailler localement, dans la mesure du possible. Les bois, peuplier et bouleau sont d’origines européennes (Italie et Danemark), ils sont découpés dans un atelier toulousain. Les tissages sont fait en coton de récupération, ce sont des chutes d’usines textiles du Portugal.

candiD ©

 

Vous proposez des kits de DIY (Do it yourself, « faites le vous-mêmes » ) pour certain·e·s de vos tabourets/lampes, quel est le but de cette démarche ?

Nous proposons trois degrés d’ouverture pour nos objets : L’objet fini, pièce unique, que nous fabriquons entièrement. L’objet en kit où nous expliquons pas à pas les étapes de fabrication pour faire soi-même son montage et tissage dans des tutoriels, il comprend une marge de création pour l’usager. Nous travaillons à une base de données pour proposer plusieurs modèles, mais les usagers peuvent créer à leur image leur objet. Et enfin, il y a l’objet en open design, les plans sont en libre téléchargement sur internet pour les plus motivé·e·s qui veulent créer de A à Z l’objet (ils sont disponibles sur le site www.ouiaremakers.com).

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Comment se passe le SAV ?

Un objet respectueux comprend aussi bien l’après que l’avant achat. Nos objets sont voulus pour être réparables et modifiables, aussi nous gérons les retours et objets abîmés. Nous mettons un point d’honneur à écouter et à conseiller les client·e·s ainsi qu’à trouver des solutions à d’éventuels problèmes.

Travaillez vous sur d’autres projets que les meubles candiD ?

Le site candid-project.com est une sorte de laboratoire d’idées où nous présentons notre démarche, notre histoire et nos recherches. Nos projets de diplôme de l’ISDAT, au sein desquels nous avons toutes deux travaillé en partenariat avec d’autres corps de métiers, y sont expliqués.

Nous avons également participé à l’association toulousaine Ultra Ordinaire, qui regroupe architectes, designers et économistes, où nous avons développé des projets d’objets et d’architectures suivant une philosophie d’open design. À leurs côtés, nous avons animé des workshops et participé à différentes expositions lors de maker-faire et du salon du meuble de Milan.

À ce jour, nos collaborations se tournent vers l’artisanat comme, par exemple, l’ébénisterie.

Yohann Gozard ©

 

La création à deux ça se passe comment ?

Travailler à deux est une force dans les domaines de la création. Cela génère une émulation, les idées rebondissent et les projets s’enrichissent. Nous avons deux manières complémentaires d’aborder un projet, ce qui permet aussi de créer un équilibre au sein de notre duo.

Comment se déroule l’aventure de l’entrepreneuriat ?

C’est une aventure enivrante et très prenante comprenant son lot de surprises et de rebondissements, souvent accompagnés d’ascenseurs émotionnels. Mais c’est la raison qui nous fait nous lever tous les matins. Ce n’est pas évident, il faut se battre et défendre ses idées mais l’aventure vaut le coup.

La France est-elle selon vous un bon terrain pour l’artisanat et la jeune création ?

Un bon terrain pour l’artisanat et la jeune création, peut être… Ce n’est pas évident de se lancer et d’obtenir des aides dans le milieu culturel de nos jours. Cependant, internet et les réseaux sociaux permettent de faire connaître les projets et de communiquer très facilement. Les concours sont aussi un très bon moyen de démarrer.

Comment s’est déroulé le concours Jeunes talents ? Avez-vous participé à d’autres événements similaires ?

© candiD

 

Participer au concours Jeunes Talents a été une expérience très enrichissante, cela nous a permis de nous focaliser sur le projet OMGlow, des lampes en bois et tissage à personnaliser, et de le développer sur une période donnée. Étant finalistes, nous avons eu la chance de présenter les lampes à Paris lors de la remise des prix et d’avoir de la visibilité ainsi que des retours sur nos objets.

© candiD

 

C’est le premier concours de ce genre que nous présentons, mais d’autres sont déjà dans notre viseur.

© Uzful

 

1 commentaire
  1. Très heureuse et fière de toi Cécile de voir tout ce chemin parcouru.En espérant que vos projets aboutissent.Beau parcours, de belles expériences et de belles rencontres sans doute en Amérique du Sud.Je ne peux que t’encourager à continuer et te féliciter.
    Ton ancienne prof d’Arts Pla 🙂