Mondial de l’automobile en baskets et inox

Après 2015, année du diesel-gate liée au groupe Volkswagen, et 2016, l’année qui aura vu le premier accident de la Google Car et le premier accident mortel d’une Tesla autonome, dans un contexte de prise de conscience toujours plus accrue des dangers de la pollution, et dans une société où les transports individuels sont de plus en plus pointés du doigt, sous quel jour serait présenté le renouveau automobile Porte de Versailles, à l’occasion de l’édition 2016 du Mondial de l’Automobile ?

Organisation globale

Il manquait une petite dizaine de marques parmi lesquelles Ford, Mazda, Volvo, et de nombreuses sportives telles que Lamborghini, Bugatti, Bentley (toutes trois appartenant au groupe Volkswagen) Aston Martin et Rolls Royce.

Ces marques auront sûrement refusé de payer les tarifs (faramineux !) de location d’un stand, calculant que ça ne leur rapportait pas suffisamment… Cette absence ne sera pas trop remarquée cependant, les autres stands (Tesla notamment) en ayant profité pour élargir leur espace, et Ferrari étant là pour faire briller d’excitation les yeux en présentant sur le stand presque autant de grosses cylindrées qu’ils n’en vendent à l’année en France.

Du côté du personnel, les hôtesses étaient (enfin) en baskets chez Citroën, Renault, Peugeot (qui se sont même payé le luxe de faire des chaussures estampillés du Lion pour l’occasion – la Fashion Week et le Mondial tombant en même temps ?). Chez Audi et Volkswagen, les hôtesses portaient de nombreux uniformes bien moins sexualisés qu’auparavant, parfois avec une robe, souvent en pantalon, comme leurs confrères masculins, qui remplissent d’ailleurs le même rôle d’accueil et d’information. Certaines marques restent toutefois campées sur leur position de femme-objet avec des robes cachant un minimum de chair, de hauts talons-aiguille, des coiffures et du maquillage vraiment pas minimalistes, et surtout une incapacité à répondre à la moindre question de base concernant la voiture qu’elles présentent.

Une chose sur laquelle à peu près tous les constructeurs se sont mis d’accord pour adorer cette année : montrer qu’ils sont à la pointe de la technologie, à grand renfort de casques de réalité virtuelle de toutes marques, et tant pis s’il n’y a pas grand chose à voir…

Une affaire allemande

On notera que Volkswagen et Audi, les deux marques soeurs qui ont payé très cher l’affaire du bidouillage diesel, tentent de redorer assez littéralement leur blason en refaisant entièrement leurs stands à grand renforts de sports LED, qui étaient, il faut bien l’admettre, un peu vieillissants. Par ailleurs, surtout aucun moteur diesel n’est mis en avant cette année sur le Salon.

Ce qui l’est, en revanche, année après année : c’est la voiture autonome, qui cette année, chez Volkswagen, n’est plus présentée comme un concept-car mais comme une automobile réelle qu’il est prévu de commercialiser à partir de 2020, avec quelques modifications bien sûr : la I.D.

Cette automobile est électrique, elle peut faire jusqu’à 400 km en une charge, et pour perdre un minimum d’énergie, l’aérodynamique est très travaillé : les rétroviseurs extérieurs sont remplacés par une petite caméra, les poignées se rétractent, les jantes sont fermées pour éviter les mouvements d’air – comme chez le XL1, véhicule Volkswagen présenté en 2013 et commercialisé (de façon marginale) qui ne consommait qu’un litre d’essence au cent kilomètres, soit 5 fois moins que les véhicules d’aujourd’hui les plus performants.

img_2857La I.D. dispose de nombreux capteurs et caméras à l’avant comme à l’arrière, le volant se présente au conducteur ou se rétracte d’un simple contact de la paume, passant d’un mode de conduite « manuel » à un mode pleinement autonome…

Nos chères tendances

Comme à chaque édition d’un Salon de l’auto, on peut détacher certaines tendances, qu’on risque de retrouver rapidement dans nos véhicules, selon la gamme. Si on peut constater une certaine pauvreté des couleurs de carrosserie (très souvent blanches, grises, parfois rouges, y compris pour les concepts plus « tape à l’oeil ») et des formes peu surprenantes (passion SUV bodybuildés VS berlines aux lignes acérées), les constructeurs s’en donnent vraiment à coeur joie sur les intérieurs. Peut-être est-il préférable de rester discret ? Les couleurs et matières de l’habitacles sont très  sophistiquées – libre à vous de décider si c’est trop – cuirs ou textiles foncés, perforés ou texturés, surpiqures contrastées, inserts de bois foncé, en somme, cohabitation assez fine et très à la mode de nombreuses matières.

Les constructeurs se rattrapent également en fantaisie avec les jantes – jusqu’à l’overdose.

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Les voitures partiellement connectées continuent à se démocratiser dans les secteurs haut et moyen de gamme, tout comme les (très) grands écrans qui étaient jusque là l’apanage des Tesla et se retrouvent dans des Renault.

On ne parlera jamais suffisamment de cette mode qui n’en finit pas des SUV réhaussés, en surpoids et extra-larges, dénués de la moindre fantaisie, de la moindre élégance. Impossible de s’attacher ou de nouer des liens avec une auto comme celle-ci. Impossible de l’aimer – créée pour remplir sa fonction. Où est la passion, où est l’envie, où est le fantasme ? Celui de partir, de s’évader, d’être libre, de s’élancer et de suivre le vent ? Où sont passées la légèreté, la sobriété ?

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Le nouveau Peugeot 5008, remplaçant du monospace éponyme (Photo : Peugeot)

Hall 8, mon amour

Après tout cela, l’expo Auto et Cinéma fait du bien, beaucoup de bien. Ambiance plus tamisée, plus calme. Il y a bien sûr ce plaisir qu’on éprouve à retrouver les courbes familières des voitures qu’on connaît bien – personnellement ou par l’écran – et qui fait partie de la légende. L’automobile et le cinéma ont toujours entretenu des liens serrés, aboutissant parfois sur des contrats juteux entre une marque et la production d’un blockbuster, et cette exposition thématique du hall 8 n’est pas à ignorer.

Porsche Carrera, de Cars
Porsche Carrera, de Cars
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Citroën 2CV, de James Bond
De Lorean, de Retour vers le futur
De Lorean DMC-12, de Retour vers le futur
Christelle Perrin

Étudiante en design objet

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