L’héritage de Frida Kahlo, naissance d’une Fridamania

Photo Nickolas Murray

Pies, ¿para qué los quiero si tengo alas para volar?

“Des pieds ? Pourquoi j’en voudrais si j’ai des ailes pour voler”

Le sort de Frida Kahlo est tragique et truffé de drames : victime d’un terrible accident à 18 ans, elle s’en remet au prix d’une vie de souffrance. Luttant contre ce corps brisé, oscillant entre désespoir et joie de vivre mais sauvée par l’art, par son engagement féministe et par son amour passionné avec Diego Rivera, elle devient l’emblème de toute une époque et une source d’inspiration perpétuelle pour les femmes et la mode.

Quand la fille du photographe allemand Guillermo Kahlo et de la mexicaine Matilde Calderon est morte en 1954, personne ne s’imaginait que Frida Kahlo deviendrait une icône nationale presque aussi importante que la Vierge Guadalupe et une icône internationale de grande envergure. Le cauchemar débute en 1925, après une journée de cours, où l’autobus dans lequel elle se trouve percute un tramway. Un véritable carnage. Condamnée à porter des corsets en plâtre, en métal ou en plastique et à souffrir le martyr, à subir de nombreuses opérations, elle fait de la peinture son exutoire. Ses proches, pour l’aider, lui installent un miroir au dessus de son lit, elle peut ainsi se servir de son reflet comme modèle. Elle réalisera plus d’une centaine de tableaux dont la moitié sont des autoportraits.

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Autoportrait Frida Kahlo, dédié au doctor Eloesser, 1940

Un amour compliqué mais passionné

Son œuvre, son combat, elle le doit aussi à son mari Diego Rivera, artiste lui aussi, qu’elle rencontre en 1928. L’image d’un amour constant et inconditionnel qu’ils se sont employés à dresser ne doit pas pour autant faire oublier que leur relation fut très mouvementée et tumultueuse. Diego, hommes à femmes, ne tarde pas à la tromper. Frida est jalouse, elle a du mal à supporter ce libertinage mais finit elle même par céder à ses propres désirs ou à panser ses plaies notamment en expérimentant des relations bisexuelles.

Icône féministe

La construction d’une telle réputation s’est notamment opérée grâce aux théories féministes actives depuis les années 70 aux États-Unis. En effet, les critiques féministes ont permis une redécouverte de son œuvre. Frida revendiquait la lutte des femmes au moyen d’une identification personnelle et multiple à des figures féminines légendaires issues de la culture mexicaine notamment populaire et religieuse. L’artiste développe une sorte de conscience précoce de la situation des femmes dans une société patriarcale et oppressante.

Féminité et apparence singulière

Une grande partie du mythe de Frida Kahlo s’est construite autour de son physique et  de sa manière de se vêtir.  Marginale de tout les temps, elle aimait se démarquer ; loin des tailleurs convenables et des robes des années 30, elle préférait se procurer des textiles exotiques chinois, de  la dentelle européenne et des tissus colorés mexicains. Ses chignons tressés, ses couronnes de fleurs, ses bijoux colorés et artisanaux, ses longues jupes imposantes qui donnent l’impression d’un feu d’artifice de couleurs… Impossible surtout d’évoquer Frida sans évoquer son “signe distinctif”, ses sourcils durs, très noirs et épais qui se rejoignaient au milieu du front.  C’est ce mélange curieux et personnel qui caractérise le personnage qu’elle s’est forgée toute sa vie.

Source d’inspiration permanente 

Il existe plusieurs Frida Kahlo. Il y a celle que l’on connaît tous, icône nationale au Mexique. Frida l’artiste, Frida la féministe et Frida la muse. Mais il existe aussi une Frida moins connue : une icône et une source d’inspiration pour l’univers de la mode. L’influence de l’artiste, disparue depuis plus de soixante ans, se fait encore sentir dans les créations de stylistes, des photographes, des bloggers, et même des stars telles que Madonna et Beyonce. En effet, Jean-Paul Gautier crée en 1998 une collection hommage à Frida. Pour sa collection 2013 la créatrice  Misha Nonoo a imaginé un voyage fictif que Frida Kahlo aurait effectué à Cuba. L’Espagnole Maya Hansen a aussi mis un peu du style de l’artiste, en particulier ses chignons tressés et son mono-sourcil, dans sa collection à la thématique mexicaine.

Frida inspire même la jeunesse ! Maria Bernad, jeune étudiante de 21 ans en design de mode, instagrameuse et bloggeuse espagnole nous confie : “Frida a été une grande source d’inspiration pour moi, notamment à travers les photos qu’on a d’elle, de ses peintures qui expriment un style très personnel avec une tendance ethnique, elle a influencé de manière significative l’art mais aussi la mode. Moi par exemple, je me suis inspirée de son style notamment par des motifs ethniques et colorés mais aussi en portant des boucles d’oreilles imposantes comme elle”(propos traduis de l’espagnol).

Instagram Maria Bernad
Maria Bernad, look ethnique, inspiration Frida
IG Maria Bernad
Maria Bernad, inspiration ethnique Frida

Un talent indiscutable. Icône de mode, de peinture, exemple de valeur de courage et de travail, elle fait de sa vie un combat permanent. Frida est aujourd’hui une source d’inspiration dans le monde entier. Détentrice d’un don unique, elle était peintre mais avant tout femme.