Une matrone des temps modernes lutte contre l’excision en Côte d’Ivoire !

L’Association Culturelle Zassa d’Afrique (ACZA) lutte depuis douze ans contre la pratique de l’excision et ses conséquences sur la santé morale et physique des personnes, en France et en Côte d’Ivoire. Cette association apporte une aide aux femmes démunies de Côte d’Ivoire par le biais de projet de développement local et durable. Elle favorise également la découverte de la culture Ivoirienne et d’Afrique de l’Ouest par le public français.

Martha Diomandé, “une matrone des temps modernes”

La présidente de l’association, Martha Diomandé, s’est faite exciser à l’âge de huit ans. Elle était d’ailleurs elle-même prédestinée à devenir matrone dans le village de Kabakouma, perché sur les montagnes du nord-ouest de la Côte d’Ivoire, zone encore très fortement touchée par la pratique.

Martha utilise chaque jour sa propre expérience et la connaissance profonde des traditions et cultures de l’Ouest de la Côte d’ivoire, pour identifier les différents éléments à prendre en compte afin de permettre l’arrêt ou la diminution de l’excision dans cette partie du pays. Elle propose une approche différente pour éliminer cette pratique, approche mise en oeuvre par l’association ACZA.

Nous avons rencontré Martha, pour parler de son engagement en faveur des femmes et des projets réalisés par son association.

Un projet qui respecte les traditions

L’ACZA a construit un projet de lutte contre l’excision qui prend en compte la réalité d’une société, d’une culture et d’une tradition. Ce projet est essentiel car il essaie de répondre à l’évolution de la société ivoirienne tout en respectant les traditions et la richesse d’une culture encore peu connue,explique-t-elle.

Ce projet vise à enrayer la pratique de l’excision sur le long terme dans la région de Tonkpi à l’ouest de la Côte d’Ivoire où le taux d’excision diminue difficilement, malgré l’existence d’une loi la condamnant et d’une politique répressive dans le pays. Il utilise comme principaux outils la sensibilisation, la formation et l’éducation.

Elle ajoute, “sans la sensibilisation, rien ne peut changer. Sans la tolérance, sans la compréhension d’une tradition ça ne peut pas changer non plus. Ce qui construit le projet de notre association, c’est la force humaine.”

Les matrones deviennent accoucheuses

En avril 2015, une première case des Matrones a été inaugurée à Kabakouma, un village de 4000 habitants au coeur de la région du Tonkpi, à l’ouest de la Côte d’Ivoire. Cette case permet une reconversion des matrones, qui sont des exciseuses, en accoucheuses. Par la sensibilisation et les formations, les matrones ont pris conscience des dangers de la pratique de l’excision pour la santé des femmes. Aujourd’hui, dix matrones sur vingt ont  renoncé à l’excision. Reconnues dans leur fonction de matrones accoucheuses traditionnelles, elles exercent avec leur savoir ancestral et les nouvelles connaissances acquises lors des formations dispensées par l’ACZA.

“Quand les femmes sont formées dans un milieu rural, elles peuvent devenir autonomes et savoir ce qui est bon pour la santé et ce qui ne l’est pas. C’est un constat que nous avons fait,” affirme Martha.

Les matrones de Kabakouma ayant abandonné la pratique de l’excision sont prêtes à s’engager pour la sensibilisation des femmes des autres villages de la région. A ce titre, plusieurs réunions de sensibilisation des femmes des autres villages de la Fédération de Tonkpi ont été menées conjointement avec l’ACZA et les matrones reconverties de Kabakouma.

“C’est quand je suis arrivée en France que j’ai su les méfaits de l’excision. En Afrique, les femmes n’ont pas cette chance là, d’assister à des conférences ou autres… Nous on les aide à prendre conscience, sans les perturber.”

C’est désormais dans le village de Mangoin qu’un projet similaire et une deuxième case des matrones vont voir le jour en 2018.

En parallèle, un projet de parrainage

En parallèle des actions menées avec les matrones, l’ACZA a développé un projet de parrainage : l’éducation contre l’excision.

“Les familles qui le souhaitent, s’engagent à ne pas faire exciser leurs petites filles en échange du financement de leur scolarisation. Cette action supplémentaire permet de protéger davantage de jeunes filles de l’excision dans les villages de Kabakouma et de Mangoin,” explique Martha.

Une prise de conscience progressive des familles du bienfait sur la santé de leur fille et du bénéfice à ce qu’elles suivent une scolarisation pourra à long terme faire prendre ce chemin sans passer par le biais du parrainage

“Quand on veut valoriser une femme, il ne faut pas la frustrer. C’est là qu’est notre démarche…,” conclue-t-elle.

 

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