La mode, un art engagé ?

L’aspect humain de la mode est souvent effacé par une apparence trop hautaine. Les marques populaires cherchent à imiter les collections des fashion show et les designers ne veulent que s’en démarquer. On oublie dans ce cercle infernal que la mode est venue au monde pour aider les femmes et les hommes de sa génération.

Inutile de vous rappeler l’histoire de la chère Coco, mais souvenez-vous du fait qu’elle nous a libéré de ces farfelus chapeaux à plume pour nous donner une magnifique petite robe noire. Comme les êtres humains, la mode possède un corps. Celui-ci observe l’ensemble des problèmes, des défauts et des qualités d’une société à un moment donné. Il les avale, les digère et les remodèle à sa manière. Néanmoins, lorsque certains sujets politiques ou sociaux s’avèrent importants, voire virulents pour la société en question, ce corps parfois rigide peut s’assouplir et prendre parti. L’humanité de la mode se dévoile – elle s’ouvre au monde et le monde l’observe. Des artistes, des marques et des styles ont marqué des engagements.

La haute couture s’exprime ! 

© DR Robert Geller Immigrant T-Shirt

 

 

 

 

 

Robert Geller est un designer d’origine allemande vivant aujourd’hui aux États-Unis. Ce dernier s’est fait remarquer en 2017 lors de sa collection d’hiver pour homme. En effet, au même moment le président américain Donald Trump proposait de bannir l’immigration aux Etats-Unis provenant de sept pays, essentiellement musulmans. Robert Geller affirme son avis politique face à la déclaration de notre bien aimé Donald Trump : la veille du défilé, il demande à sa femme d’écrire au pinceau le terme « IMMIGRANT » en rose sur l’ensemble des t-shirts de sa collection… L’action a rencontré un tel succès que Robert Geller a mis en vente ces t-shirts pour seulement 50$ sur internet, et le profit a été reversé à l’association américaine American civil liberty union.

Robert Geller n’est pas le seul designer à proposer une collection engagée. Certains designers dédient l’ensemble de leurs collections à une question politique et sociale. Vivienne Westwood, par exemple, designer anglaise qui fut l’effigie du mouvement punk dans les années 1970, et qui est devenue très célèbre pour ses engagements politiques très marqués tels que le changement climatique, le désarmement nucléaire ou bien les droits de l’Homme. Dans les années 1980, elle abandonne le mouvement punk pour parodier la monarchie anglaise. Elle intègre des symboles de la royauté dans ses collections pour mieux les porter en dérision.

© DR Vivienne Westwood Fall 2011 Ready-to-Wear Collection

 

Une publicité engagée ?!

© DR Benetton ad by Oliviero Toscani “Tongues” 1991

 

United Colors of Benetton est une marque populaire qui se différencie par son fort engagement dans l’égalité. Leurs campagnes publicitaires dénoncent la discrimination, le racisme et le sexisme. L’année dernière, Benetton a effectué une campagne publicitaire en Inde qui encourageait les femmes à s’affirmer et à prendre place dans une société essentiellement masculine. Suite au grand succès de cette campagne publicitaire, Benetton a décidé de la diffuser dans d’autres pays !

Néanmoins, Benetton n’est pas toujours raisonnable dans ses choix publicitaires : si le message est toujours admirable, la présentation peut-être perçue comme violente ou choquante. Benetton a souvent été accusé de casser les règles esthétiques de la publicité, et surtout de jouer avec la conscience de son public. Si la marque affirme vouloir s’engager dans des débats actuels, est-ce une raison légitime pour violenter les règles ? On peut aller plus loin : lors de sa campagne UnhateBenetton, le baiser provocateur du pape Benoît XVI et de l’imam Ahmed el Tayyeb a déclenché la fureur du Vatican. L’Eglise catholique dénonce le manque de respect de Benetton au profit d’une image choc. Finalement, le message honorable de Benetton disparaît et seule l’image polémique subsiste… On retiendra que la campagne Unhate a été censurée, comme bien d’autres campagnes provocatrices de Benetton ; peut-être est-elle allée trop loin ?

Benetton, Unhate campaign, Vatican-Al Azhar, by Fabrica November 2011

“Noir c’est noir “: les stars font leur show !

Cette année, la cérémonie des Golden Globe Awards a fait sensation. Plus de trois cent célébrités féminines mais également masculines ont décidé de porter du noir en référence au mouvement Time’s up : celui-ci défend les droits des femmes et se bat essentiellement contre le harcèlement sexuel et le viol. Certaines stars, telle que Emma Watson, ont invité des militants de ce mouvement afin d’appuyer leurs revendications. La cérémonie est devenue un véritable tremplin politique qui a fait écho dans le reste du monde. Le noir n’est pas uniquement synonyme de luxe, après tout !

 

Image Source: Getty

Un engagement qui peut virer au scandale… 

En 2000, John Galliano, surnommé l’enfant terrible de la mode, crée une collection «clochard» pour Dior. Bien évidement, le créateur affirme vouloir «montrer du doigt la condescendance banalisée de la bourgeoisie». Il ne s’agit en aucun cas d’un acte de «moquerie» ou de «provocation» comme il a malheureusement été perçu par plusieurs. John Galliano ne remet pas en cause les conditions de vie des SDF mais questionne plutôt les conditions de vie de la Haute couture. En réalisant cette fameuse collection, il défie les lois de la Haute couture et surtout la renommée de Christian Dior qui demeure jusqu’à nos jours «le couturier de rêve». John Galliano pousse l’art dans ses retranchements : il y a là un message frappant qui rappelle la première impression du public face à L’Urinoir de Marcel Duchamp. L’art est principalement dans le chemin qui nous mène à l’œuvre et non dans l’œuvre finale. John Galliano a tenu un engagement peut-être trop vif, trop polémique, trop tranché, mais il a su amener le monde à la réflexion artistique…

© DR Collection Dior, Haute couture printemps-été 2000

 

La mode est à l’image d’un art extravagant, spectaculaire, parfois même impressionnant ou incompris. En revanche elle cache, derrière une apparence parfois trompeuse, l’envie de fonder sa place dans un monde un peu plus humain… Peut-être suffirait-il d’oublier un instant le grand show pour revenir à une sincérité artistique originelle et profonde ?

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