Tailleur-pantalon ou jupe-escarpins, un choix politique

« Vous portez quoi ? » C’est souvent ce que l’on demande aux actrices. « Pourquoi vous portez ça ? », est la question qu’on devrait poser aux femmes politiques. Ou pourquoi parler de mode aux politiciennes cause des malaises qui ne devraient pas exister.

« La mode est un truc de filles. Les femmes ne peuvent pas réfléchir. Elles font la cuisine, s’occupent des enfants. Des femmes en politique ? Non merci. » Face à ce genre de discours, on se dit : heureusement que l’on ne pense plus cela aujourd’hui… Ah bon ? Alors pourquoi s’attarde-t-on encore autant sur les femmes, leur apparence, leurs vêtements ? Le problème, c’est la façon de penser le style d’une femme. Et non pas la femme elle-même, ni même le style.

La mode n’est pas quelque chose de superficiel. Certains y attachent une importance primordiale, et pas seulement esthétique : s’habiller d’une certaine manière, c’est dire que l’on est une certaine personne, que l’on a une certaine personnalité. C’est vouloir représenter telles valeurs. En s’exprimant ainsi, on ne montre que ce que l’on souhaite, et on peut garder pour nous ce qui est trop intime. Le style c’est ça. C’est soi. Et pourtant, demander à une femme ce qu’elle porte, ça reste toujours malsain. Méchant. Inapproprié.

C’est vrai après tout, car c’est penser qu’une femme ne réfléchit qu’à ses habits, qu’elle n’a aucune capacité intellectuelle. C’est être sexiste, en somme. Et commenter sur le style d’une femme, c’est lui nier complètement tout ce qu’elle peut être d’autre. Une femme en politique, à qui on parle de mode, ce serait alors lui parler comme à une femme, et non comme une candidate à la présidentielle ou une secrétaire d’Etat normale. C’est accepter qu’une femme, finalement, ne peut être qu’une femme, et rien d’autre.

Alors forcément, si c’est de cette manière que l’on conceptualise le style, oui, se demander ce que porte une femme politique est sexiste. Et futile, et inutile, parce que finalement elle peut s’habiller comme elle veut et ça ne changera rien à notre vie. Mais là est la faille. Un style, c’est personnel. Un costume masculin, c’est impersonnel. Tout le monde s’habille comme ça, surtout en politique, qui est un milieu, il faut le dire, dominé par les hommes. Alors tout le monde se ressemble. Personne ne se détache. Et c’est un choix.

Esthétique ? Non, stratégie

C’est le choix des hommes de refuser cette liberté d’expression fantastique que sont les vêtements, en s’effaçant derrière un costume redondant et invisible. Alors oui, Arnaud Montebourg a porté une marinière un jour, mais cela n’empêche qu’il faut avoir une cravate pour rentrer à l’Assemblée Nationale. Mais une femme, sans devenir trop vulgaire, peut finalement tout oser. Elle n’a que l’embarras du choix : tailleur-pantalon à la Hillary ou Angela, ou jupe-escarpins comme Nathalie et Theresa. Quelle différence ? Leur choix de porter plutôt ceci que cela a un sens.

On le sait tous, la politique est un monde d’idées. Un monde de grands esprits, d’intellectuels et aussi de beaux parleurs. Un politique, ça s’expose, ça se montre. La politique, c’est aussi l’apparence. On fera plus confiance à François Fillon qu’à José Bové. Et l’apparence se maîtrise. Il faut que la population nous voit sérieux, pas dispersé. Car l’apparence, c’est ce qu’on est. Notre apparence nous représente, peut-être mieux que nos discours.

Ainsi, même si l’intention de base peut être mauvaise, commenter le style d’une femme politique est important. Car grâce à cela, on peut la décrypter. En regardant Angela Merkel, et son style austère, on la voit pour ce que sa politique représente : de l’austérité, du sérieux. Rien d’extravagant. Un peu un style de grand-mère. Comme Hillary, mais d’une autre manière : Hillary, qui en jouant sur une apparence stricte, cherche à effacer son passé de première dame et par son visage compatissant, nous fait comprendre qu’elle sera stricte, mais sera aussi comme une bonne vieille grand­-mère.

Comme le disait Oscar Wilde, les apparences comptent : « Il n’y a que les esprits légers pour ne pas juger sur les apparences ». Et en politique, on voit comme il est important d’analyser absolument tous les éléments qui sont à notre disposition, cela relève de la communication politique, et c’est donc grandement étudié par ces femmes et leurs équipes. L’apparence compte pour obtenir le plus de voix possible, et bien sûr pour atteindre un certain type d’électorat. Il est temps de cesser de penser que ce genre de questions est sexiste, car finalement, autant qu’assister à telle ou telle émission ou dire certaines choses, cela relève de la stratégie, et d’une expression de soi que tout le monde n’a pas encore découverte. Et c’est les hommes qui dominent toujours la politique ?

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