Rencontre avec Cola Boyy – « J’ai besoin d’être sur scène »

Nous avons rencontré le musicien Cola Boyy originaire d’Oxnard en Californie à l’occasion du dernier Pitchfork Music Festival de Paris.

Si vous ne le connaissez pas encore, il est celui qui a redonné des couleurs à la disco-pop californienne cette année. Après des premières parties du groupe MGMT, il a publié son EP, Black Boogie Neon chez Record Makers en septembre dernier. Cola Boyy a par ailleurs signé une collaboration avec le Dj français Myd pour le single Muchas, au ton ouvertement décalé. Après un set euphorique au Pitchfork Music Festival début novembre, nous avons retrouvé Cola Boyy à sa sortie de scène.

 

 

Pourrais tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas d’ores et déjà ?

Moi c’est Cola Boyy mais mon vrai nom est Mathew Urango, et je fais de la musique plutôt cool. Des sons que l’on pourrait qualifier d’expérimentaux un peu disco, à vrai dire je ne sais pas trop comment en parler. J’essaie d’écrire des musique qui soient bonnes voilà ! (rires)

Pourrais tu nous citer des musiques / artistes qui ont donné naissance à Cola Boyy ?

Il y en a beaucoup… j’essaie de penser à mon premier contact avec la musique, quand j’étais enfant. Il y a eu TLC, Jamiroquai, Sugar Ray, mais aussi le rap en général. J’étais très inspiré par une vidéo de Jamiroquai, c’est quelque chose qui nous marque quand on est jeune !

Sinon pour ma musique en tant que telle, je suis très inspiré par Paul McCartney, le Paul McCartney des années 70. C’est de la musique classe croisée avec des chansons d’amour idiotes, c’est ce genre de musique, tu l’écoutes, et  tu deviens rapidement jaloux de ne pas l’avoir écrite toi-même ! Harry Nelson aussi, il a fait un disque, The Point!, il y a de très bonnes musiques dessus et ce n’est même pas de la musique disco, c’est avant tout des sons très seventies. Je pense aussi à Sade, enfin je veux dire tout le monde aime Sade ! Et il y a ce morceau, Soldier of Love qui m’a inspiré, il est très contemporain mais en même temps très classe !

 

 

Enfin il y a tellement de musiques ! C’est difficile à dire, je pense que quand on écrit des musiques, on se dit “Je vais faire quelque chose de très d’original, faire de la musique comme personne !” Mais c’est de la merde, tu sais, toute la musique est connectée, on voit direct d’où tu viens, même si tu veux faire un nouveau genre de musique il est impossible de passer outre ça en fait. J’essaie de penser à des musiques dont je n’ai pas parlé précédemment, dans d’autres interviews. J’adore Michael Jackson par exemple, il était un des meilleurs, non… le meilleur en fait !

Comment es-tu entré en contact avec la musique française ?  

Le truc en Amérique, c’est qu’on s’intéresse assez peu aux musiques d’autres pays, on grandit sans connaître la musique française du coup. J’ai commencé à en écouter en grandissant, vers l’adolescence, j’avais 18 ans, j’ai connu les yéyés avec Serge Gainsbourg !

Tu es sur Record Makers, un label français qui accueille notamment Kavinsky ou encore Sébastien Tellier, comment es-tu arrivé chez eux ?

Je me souviens que quand j’ai vu les noms sur le catalogue du label Record Makers ça ne me disait rien, Kavinsky et Sébastien Tellier. Mais il y avait cette vidéo, celle de Look. Et c’est marrant car j’étais en tournée aux USA il y a six ans et à Nashville on devait jouer avec le groupe de mes potes. On a fini dans une fête et quelqu’un passait la vidéo et cette fille, et c’est resté dans mon esprit mais c’est un moment de flottement. Et quand le label m’a contacté je m’en suis souvenu ! C’était très excitant de me retrouver dans la même équipe.

 

 

Donc tu avais ton groupe avant et c’est la première année que tu t’engages en solo ?

Oui c’est la première année que je viens en France notamment pour ma propre musique, mais j’étais venu il y a quelques années avec un ami et son groupe, on a joué à Rock en Seine et c’était très cool, enfin j’étais très saoul surtout…

Le rôle que tu as est assez ambivalent, tu es investi aussi bien dans la musique que la politique ce qui se raréfie. Qu’est ce que cela te fait de jouer dans un festival comme le Pitchfork, considéré assez souvent comme un festival cher et ouvert à une certaine “classe” de population ? 

C’est intéressant, mais ce que je veux dire, c’est que c’est devenu impossible d’échapper au contrôle des “riches”. J’ai arrêté de me demander ce qui était le plus important entre les deux mais j’ai besoin d’être sur scène actuellement. Par exemple j’ai déjà refusé un festival en Californie à cause d’une marque de bières. C’est inévitable, j’essaie de conceptualiser ce que je dois faire, mais on fait tous des erreurs, pour le moment je me laisse juste porter par les événements actuellement, je suis content de jouer au Pitchfork du coup !

Je repense à ce que j’ai dit tout à l’heure sur scène, « Est-ce que je suis la première personne handicapée à jouer au Pitchfork ? ». Je pense que c’est le cas et je me dis que c’est à la fois cool et en même temps pas du tout, car il devrait y en avoir plus, je ne devrais pas être « le premier », là maintenant. Quand j’ai décidé de faire de la musique je me suis vraiment posée cette question « Ca veut dire quoi de faire de la musique, de jouer sur scène en tant que personne handicapée ? », ça devrait être normal, qu’ils pensent que c’est cool ou non, ce qui compte c’est la musique et de montrer ce qu’on peut faire.

C’est intéressant car précédemment on m’a fréquemment interroger sur la politique, et les médias musicaux ou culturels ont parfois tendance à oublier du coup la partie musique. Ce sont deux parties de ma vie qui sont très connectées mais je pense qu’il faut des moments pour la musique et des moments pour la politique sinon ce n’est pas efficace.

Avec l’expérience que tu as acquis, est-ce que tu as commencé à accompagner, ou à rencontrer des personnes handicapées qui font aussi de la musique ?

Oui, j’ai notamment commencé à parler avec une femme qui est black et Dj elle vient de Los Angeles, elle est en fauteuil roulant. Je veux m’investir dans la musique, je suis toujours ouvert à ces personnes même si juste pour parler. Mon manager est également handicapé et je suis très heureux de travailler avec lui, c’est une personne exceptionnelle, il est très bon ! Mais je vois aussi la beauté dans tout le monde (rires) j’apprends tous les jours !

Pour tes morceaux tu écris tes textes et ta musique ? 

Oui j’écris ma musique moi-même. Là je bosse avec les gars, Ricky et Alexandre, ils jouent tous les deux dans le groupe de Juliette Armanet aussi. Je ne l’ai pas encore rencontrée d’ailleurs, mais j’adore sa musique c’est une de mes artistes françaises favorites ! Pour mon EP j’ai bossé dans ma chambre, c’est du fait maison, quelqu’un a joué du violon, en fait  c’était des aller-retours d’amis et de proches. Il y a beaucoup de monde autour de ce projet, mais mon album va être encore plus collaboratif !

Tu as notamment travaillé avec Myd récemment pour le single Muchas, comment cette rencontre s’est organisée ? 

Nos labels (Ed Banger Records et Record Makers) ont organisé un rendez-vous dans un studio, on a chacun bossé de notre coté, on a été dans le studio, et c’était réglé en quelques heures et voilà ! Je suis très content de la musique même le clip, il est dingue, même si la fin est sombre. J’ai fêté Halloween avec lui d’ailleurs c’était super fun ! J’étais embarrassé car aux Etas Unis tout le monde aime Halloween, mais je me disais « Les français ne fêtent pas Halloween c’est pas un truc sérieux pour eux ! ». J’avais pas de costume, je me disais que j’allais juste à une fête comme ça. Je me pointe avec une centaine de personnes en putain de costumes et je suis le seul en mode normal (rires), mais ça restait très cool !

 

 

Peux-tu nous parler de cet album à venir pour 2019 ?

On devrait le finir d’ici le début de l’année prochaine, mais je ne veux pas qu’on se presse trop non plus, je veux pas que ce soit bâclé. C’est moi qui écrit essentiellement mais j’ai également décidé de collaborer avec d’autres personnes, ça va être un processus différent pour chaque chanson en fait.

Qu’est-ce qui t’a inspiré cet album ?

Pour cet album qu’est-ce qui m’a inspiré ? Certainement la vie ! Il y a des chansons d’amour, d’autres sont plus politiques, plus ou moins évidentes, plus ou moins abstraites, certaines musiques sont plus sociales et retranscrivent mon expérience. Comme une écriture en perspective à la troisième personne, des histoires. Il y en une qui est écrite du point de vue d’une femme notamment elle parle de ce que c’est d’être dans l’industrie musicale, comment s’en tirer, c’est vraiment cool ! J’aime créer ces histoires, créer des choses qui se rapprochent du scénario réel. Les gens ne s’en rendent pas forcement compte si on prend un morceau comme Penny Girl, par exemple c’est une musique très sombre mais les gens sont juste là à danser en l’écoutant.

Penny Girl c’est vraiment le tube qui t’a fait connaître.

C’est vrai et je me souviens de ce mec qui m’a dit « Bon courage pour écrire un meilleur son que Penny Girl ». Mais je lui ai dit ok challenge accepté, et peut-être que j’ai déjà écrit une meilleure chanson qui sait ! (rires)

Tu comptes rester au Pitchfork ce week-end ? Tu as surement des coups de cœur niveau concerts pour cette édition ? 

Oui peut-être, mais demain je tourne un clip avec Pablo Padovani (Moodoïd) ! [clip en bas de page] Sinon il y a deux jours j’ai vu Jimothy Lacoste au Pitchfork Avant Garde c’était tellement bien, tellement drôle, tellement cool… Et hier j’ai vu ce mec, Honey Harper, un chanteur de country, waow incroyable, c’est pas mon truc à la base mais waow, ce mec était très bon, il a une belle voix. Demain il y a Blood Orange c’est cool j’aime bien ce qu’il fait aussi, après je suis vite critique en ce qui concerne la musique, je veux dire je ne sais pas ce n’est pas toujours ce que j’aime. Mais j’aime beaucoup son côté jazz, j’aimerais le voir faire des choses plus structurées. J’aime beaucoup toute l’esthétique qu’il apporte à sa musique et à tout ce qu’il fait en général.

 

L’esthétique visuelle pop de ton EP est très forte, qui est à l’origine de celle-ci ? Et compte tu conserver cette ligne graphique pour ton album ? 

C’est Mrzyk & Moriceau, qui ont par ailleurs réalisé le clip de Look pour Sébastien Tellier, ils ont créé le personnage de Cola Boyy. Pour l’album ça sera pas la même chose, ce sera probablement une photo de moi. En fait j’aime beaucoup l’esthétique de l’EP mais ce ne sera pas la ligne artistique directrice de mon travail, je pense que ça doit changer !