Rembobinons – La parenthèse enfantine de Belle & Sebastian

Près de vingt ans de carrière et pas moins d’années de succès pavent déjà la vie du groupe Belle & Sebastian. Eclectique, le groupe a toujours su surprendre. Le revirement le plus stupéfiant de leur carrière s’est joué en 2006, avec le très inattendu The Life Pursuit.

Nous étions jeunes, voire très jeunes, voire même pas encore nés, quand Glasgow a ressenti les premiers soubresauts de ce qui s’annonçait être une carrière grandiose. Stuart Murdoch, jeune étudiant un peu paumé, rencontre Stuart David lors d’une séance peu glamour de recrutement de chômeurs. L’idylle entre Twiddle Dee et Twiddle Dum est née. Ensemble, ils bidouillent dans leurs chambres des mélodies approximatives, persuadés qu’ils changeront bientôt le monde.

Le succès s’est fait ressentir très rapidement. En 1998, les Écossais n’étaient peut-être pas sortis vainqueurs de la Coupe du Monde de football, mais ils n’étaient pas tout à fait perdants non plus puisqu’ils récupéraient, chez tous les bons disquaires, The Boy With The Arab Strap, premier album à douze pistes du Stuart duo.

Ce n’est qu’après la reconfiguration complète de la composition du groupe, avec notamment le départ de Stuart David et de la voix féminine d’Isobel Campbell, que la maturité est arrivée. The Life Pursuit est à l’apogée de ce dont sont capables les membres virevoltants de Belle & Sebastian. Cet album, plus que tous les autres, cristallise en treize titres tout ce qu’il y a de bon à être un enfant. On ose murmurer quelques gros mots à demi-mot, on s’étonne des capacités du cerveau et du corps. On rit, beaucoup, parce que la vie est futile et qu’il ne faut pas se soucier des mêmes impératifs que les adultes.

Sous un dôme d’insouciance, Belle & Sebastian exprime tout ce que nous ne sommes plus mais rêvons pourtant de redevenir. Ils jouent à s’inventer mille et une vie, racontant folies d’un jeune cadre aux moeurs légères dans White Collar Boy. Ou encore les drôles d’aventures de Sukie dans Sukie in the Graveyard, qui aimait trainer dans les cimetières, seul moyen de retrouver ses parents enterrés là.

C’est à se demander si The Life Pursuit ne serait pas l’opus le plus en adéquation avec la genèse du nom du groupe. Pour rappel, Belle et Sebastien forment à la base un duo télévisuel mettant en scène un enfant et son fidèle compagnon, un chien sauvage émergeant de la forêt. De cette rencontre naît une amitié indéfectible, forte et candide à la fois, résistante à toutes les épreuves et les aléas que la vie tente de placer sur le chemin de la jeune paire. Il n’y a qu’un pas à faire pour voir que l’album de 2006 du groupe écossais exprime la divine insouciance, la beauté simplisme de cette rencontre impromptue aux confins de la nature luxuriante des Alpes.

On notera toutefois que ce n’est pas parce que la fougue de la jeunesse s’exprime et explose dans l’album, qu’il en devient une oeuvre raturée, sauvage et non-maîtrisée. Bien au contraire, si l’on compare avec les albums précédents, et notamment Dear Catastrophe Waitress, on s’aperçoit que la voix de Stuart Murdoch mûrit à mesure que les années passent. D’un timbre fluet, majoritairement soufflé en voix de tête, il a évolué, dans The Life Pursuit, vers une voix pleine, un diaphragme puissant qui lui permet d’exprimer avec plus de ferveur toute la rage que contiennent ses chansons aux apparences parfois gentillettes. Tout un symbole donc, comme si les hésitations de l’enfance laissaient peu à peu place aux cris du coeur de l’adolescence débordante d’expression.

Marisa Privitera

L’art et l’oeuvre de Belle & Sebastian suivent une trame narrative comparable à l’évolution d’une vie. D’abord balbutiants comme un nourrisson, le son s’affine et se raffermit pour devenir l’expression costaud d’un jeune adulte prêt à affronter les tourments de la vie. The Life Pursuit se situe à la charnière de deux époques ; entre petite enfance et émancipation, l’album exprime les hésitations que l’on peut avoir à quitter le cocon familial, tout en marquant au fer blanc les aspirations, les rêves de vie et d’évasion, bref, l’envie de mettre le nez dehors et de découvrir le monde.

Sofia Touhami

Directrice de la communication, tout droit venue de Belgique pour vous servir. Passionnée de lecture, d'écriture, de photographie et de musique classique.

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