Orelsan – La fête est finie, l’aventure continue

Le Caennais revient avec La fête est finie et ses 14 titres, sortis le 20 octobre dernier.

Orelsan ne nous a pas laissé le temps de nous remettre de l’épopée lancée avec son fidèle compagnon Gringe, avec qui il forme les Casseurs Flowters. Deux albums, deux tournées, et un film ces quatre dernières années, nous faisant presque oublier qu’il avait une carrière solo et deux opus à son actif.

Une promotion des plus simples pour annoncer son troisième projet. Le 20 septembre dernier, Orelsan publie Basique. Une sorte de titre promo, sur un beat dansant, pour nous rappeler des choses simples, basiques, « parce que vous êtes trop cons » Certes. Troisième titre de l’album, il aurait du rester au rang de titre promotionnel, tant il est dispensable. Au même titre, Défaite de famille est sans réel intérêt bien que vaguement amusant. Il y déroule une mécanique de lui-même en établissant  le portrait des membres d’une de ses fêtes de familles. Avec Dans la lumière, il décrit de manière un peu maladroite la rencontre avec sa petite amie. Ces titres mis à part, la première moitié de l’album reste convaincante.

 

 

Le premier jour du reste de ta vie

Il ouvre avec San et La fête est finie, titre éponyme, qui donnent le ton de l’album : terminé les chansons à se lamenter des angoisses houellebecquiennes dont il souffre et à épiloguer sur les soirées ratées et les filles mal courtisées. Orelsan est ” le vieux des jeunes “, comme il le dit justement avec son compère Gringe dans l’épisode éponyme de la mini-série Bloqués — qui les met en scène à l’état oisif dans un canapé. Il veut aujourd’hui répondre sans faute à sa qualité d’adulte. Avec Quand est-ce que ça s’arrête et plus ironiquement Bonne meuf, il médite audacieusement sur son quotidien depuis qu’il a acquis la célébrité. Dans Tout va bien, sur une composition délicate et lancinante, il tente de cacher les horreurs du monde à ce qui pourrait être son enfant, en alignant les explications tordues et naïves, sans pour autant en faire un titre naïf : « Si la voisine crie très fort, c’est qu’elle a pas bien entendu, si elle a des bleus sur le corps, c’est qu’elle a joué dans la peinture » En huit titres, il jette en bloc les constats et les peurs qu’il peut ressentir à l’aube du premier jour du reste de sa vie. La vie d’adulte est là, maintenant, il faut assumer.

Cependant, dans cette première moitié, Orelsan fait ce qu’il sait faire sans vraiment surprendre. Il est plus étonnant dans la seconde moitié, où se concentrent les collaborations.

Orelsan, en compagnie de Stromae – © Benjamin Lemaitre

 

En premier lieu sur Christophe où on retrouve Maître Gims. Sous couvert d’un titre second degré où ils se mettent dans le même panier que Christophe Maé, Keen’V, Eddy Mitchell ou Johnny car faisant tous de la musique « de Noirs », il lance son pavé anti-FN. Ce morceau n’est pas sans nous rappeler avf de Stromae sur lequel les deux artistes s’étaient retrouvés.

Le chanteur belge est également présent sur La Fête est finie : il a composé La pluie dont il chante également le refrain. Sur les couplets, Orelsan livre au travers du prisme météorologique un portrait de la région où il a grandi, qui sera complété par le titre le précédent sobrement intitulé Dans ma ville, on traîne, chanson fleuve, où il décrit la vie à Caen, sa ville d’origine mais dans laquelle de nombreux auditeurs pourront reconnaitre leur propre ville car, comme le disait justement Orelsan dans Changement :

« Maintenant tous les centres-villes de France c’est les mêmes, les mêmes putains d’Fnac, McDo, Foot Locker, Célio, Zara, H&M »

 

Gringe et Orelsan, dans leur film Comment c’est loin, en 2015 – © La Belle Company

 

Bien moins sarcastique ici, ce portrait sincère et complet de sa ville — de la musique urbaine au sens propre ? — se pose sur une instrumentale typique du style « UK Garage. » De ce point de vue, l’album est intéressant car importe ce style d’outre-manche, et peu sont les rappeurs français à avoir sauté le pas et tenté de rapper dessus (dans un tout autre registre Kekra l’a fait sur 9 Milli). Le UK Garage, pour faire court, c’est un sous-sous-genre de la house music. Développé au Royaume-Uni, son rythme syncopé le rend immédiatement identifiable. Remis au goût du jour récemment par des artistes tels que Jamie xx ou encore Burial, il a explosé en Angleterre à la fin des années 1990 et au début des années 2000. D’abord écrin de chants R’n’B, certains ont préféré rapper dessus tel quel, notamment Mike Skinner de The Streets. Certains l’ont pris et en ont fait un style plus brutal, plus bassu : le grime, dont l’artiste le plus éminent est Dizzee Rascal. Le londonien est présent sur l’album, sur le titre Ma Zone, où l’on retrouve également Nekfeu. Un featuring réclamé par les fans, prévu pour l’album Cyborg de Nekfeu et finalement repoussé à cette année. Une rencontre exceptionnelle entre trois pointures du rap. Cependant, malgré de bons textes, la collaboration sonne comme une accumulation de couplets plus que comme une réelle collaboration. On a ce même ressenti sur tous les autres featurings de l’album. Le couplet de Dizzee, en anglais, arrive en dernier, ce qui ne le met pas forcément en valeur.

© Benoit Rony

 

Adieu Jimmy Punchline

Orel conclut le disque avec Paradis, déclaration d’amour touchante à sa petite amie, et Notes pour trop tard, titre fleuve sur lequel il est accompagné par les soeurs d’Ibeyi. Il y délivre quelques conseils sur la vie d’adulte à ce qui pourrait être son audit·eur·rice ou bien à son enfant lorsqu’il sera vieil adolescent (« j’avais ton âge y’a à peu près ton âge, le passage à l’âge adulte est glissant dans les virages »), et fait écho au Ton Héritage de Benjamin Biolay.

La Fête Est Finie aurait du se faire désirer. Il est sorti trop rapidement, ne permettant pas de se détacher du personnage développé avec les Casseurs Flowters, que ce soit avec les albums, le film Comment c’est loin, ou la mini-série Bloqués, même si Gringe, son fidèle acolyte, ne figure – probablement volontairement – sur aucun titre. Ainsi, cet album laisse l’impression d’avoir été livré par obligation. Même si Orelsan fait ce qu’il sait faire, il arrive cependant à innover et surtout à évoluer par rapport à ses projets précédents. Bien moins incisif et cinglant que dans ses précédents albums, Orelsan ne sort pas l’album de la maturité artistique, mais fait état d’une certaine maturité humaine. Jimmy Punchline et Raelsan sont morts, vive Aurélien.

 


 

La fête est finie, d’Orelsan, © Wagram Music, sorti le 20 octobre 20177

Victor Costa

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1 commentaire
  1. Tu réfléchis trop frère on dirait que c’est écrit par une femme.
    Juste écoute la musique et si tu kiffes pas renoi t’écoutes pas et puis c’est tout.

    Je suis pas fan d’Orelsan mais la vérité c’est que cet album est un album de la maturité artistiquement parlant. Dans sa globalité c’est plus de la nouvelle scène française que du R.A.P.

    Mais bon il en faut toujours qui cherchent à parler pour briller, “album livré par obligation”; c’est sûr que tes articles personne t’a obligé tellement ça schlingue

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