Avec Johnny Flynn, folk et grandes découvertes ne font plus qu’un

Le mois de novembre a fait souffler sur la Belgique un vent glacial, annonciateur de l’hiver glacial et menaçant. Heureusement, il a aussi amené avec lui de quoi palier cette météo déprimante.  Dans ses valises, nous avons trouvé Johnny Flynn, qui a réchauffé les cœurs des Bruxellois.

Il est de ces chansons qui nous secouent de la tête aux pieds dès que les premières notes transpercent les enceintes. D’autres qui redonnent le sourire, peu importe les circonstances plus ou moins tragiques qui jalonnent nos vies. Puis il y a ces rythmes particuliers, sur lesquels il est difficile, voire impossible d’apposer un qualificatif. Ces agencements musicaux qui transportent à l’autre bout du monde, ou dans un autre monde. Depuis le début de sa carrière, Johnny Flynn se crée un univers singulier construit sur le modèle d’un précipice : une fois que l’on s’y penche un peu trop, la chute est inévitable, le plaisir pris à l’écoute est à la fois irrésistible quoiqu’un peu coupable.

Johnny Flynn – Ancienne Belgique © Sofia Touhami

 

Le cadre était parfait : Johnny Flynn était programmé à l’Ancienne Belgique, dans la petite salle intimiste du premier étage, coupée du monde, aménagée de telle façon que public et artistes entrent en osmose. La réaction n’a pas tardé à se produire ; l’alchimie était totale, l’assemblée a plongé à corps perdu dans le portail inter-dimensionnel. On ne sait pas trop s’il s’agissait d’un moment de grâce minutieusement calculé, ou bien d’un tour de magie inespéré.

Une chose est certaine pourtant, Raising the Dead a transformé l’Ancienne Belgique en Nouveau Michigan, ou en Vieux Leeds, c’est au choix. La folk ultra-énergique du chanteur, accompagnée par les merveilleux musiciens des Sussex Wit, est une invitation au voyage. L’écran défilant au fond de la scène incite à prendre la route vers les contrées reculées qui ont vu naître ce style de musique du terroir. Car il s’agit bien de cela ; la folk n’est rien d’autre qu’un retour aux sources, une prise de conscience que le confort absolu ne sera retrouvé que dans les paysages qui nous ont vu naitre. Evidemment, tout le monde n’a pas vu le jour physiquement sous le ciel de Flint, Michigan ou de Norman, Oklahoma. En revanche, la naissance en pensée du mélomane qui sommeille en chacun de nous se fait souvent dans des villes telles que celles-ci, perdues entre deux époques, à la frontière d’un nouveau monde rêvé.

Malgré une timidité flagrante, le trentenaire britannique a embarqué son auditoire dans sa folie musicale. De la guitare folk, au ukulélé, en passant par la trompette sauvage et le violoncelle grinçant, tout était parfaitement orchestré. Ce concert était une réussite, un grand moment de musique, mais surtout une parenthèse poétique inimitable. Les fans de la première heure n’ont pas été déçu, puisque les tubes incontournables comme Howl ou Lost and Found ont fait vibrer le sol bruxellois. On ne saurait d’ailleurs que conseiller aux néophytes de se procurer les albums bientôt mythes de Johnny Flynn. A Larum, Been Listening ou même A Bag of Hammers sont trois pépites qui prennent de l’âge sans prendre une ride et en se bonifiant.

Johnny Flynn – Ancienne Belgique © Sofia Touhami

 

Il reste à faire une mention spéciale à la première partie qui accompagne le chanteur sur toute sa tournée. Le jeune Cosmo Sheldrake a fait son petit effet à l’AB. Sous ses airs de garçon simple à moitié convaincu par son humour, il a éveillé les sens de son public. Le matériel était sommaire, le résultat final époustouflant. Avec quelques pads et un ordinateur, Cosmo Sheldrake a démontré qu’il ne fallait que deux mains et une bonne oreille pour faire de la vie quotidienne un orchestre à ciel ouvert.

Cosmo Sheldrake – Ancienne Belgique © Sofia Touhami

Des rires, des bêlements, des claquements de doigts, des chutes enregistrées mises en musique par un génie des platines à la voix suave : tous les ingrédients sont réunis pour assurer la relève (ou faire de la concurrence) à Alt-J, maitres en la matière. Lui promettre un bel avenir dans le milieu musicale n’est ni une fantaisie, ni une conclusion hâtive. Un indice dissipe toutes les réserves que l’on pourrait émettre sur cette prémonition. Le londonien a improvisé à deux reprises des chansons parfaitement construites et entrainantes, tant et si bien que s’il n’avait pas alerté la salle qu’il s’agissait d’improvisations, nous n’y aurions vu que du feu.

Sofia Touhami

Directrice de la communication, tout droit venue de Belgique pour vous servir. Passionnée de lecture, d’écriture, de photographie et de musique classique.