Le concert mémorable de Benjamin Clementine à Bordeaux

Le lundi 6 novembre dans la salle comble du théâtre Fémina, le concert de Benjamin Clementine a été arrêté par l’artiste avant de reprendre, et d’être finalement écourté. Mais il ne fallait pas s’arrêter à cela car le concert était finalement mémorable.

Lumière sur la mise en scène

Benjamin Clementine est entré sur scène en bleu de travail, accompagné de son bassiste et de son batteur, tous trois entourés de mannequins disposés sur la scène. Après avoir voyagé sur la scène durant l’introduction, le groupe a commencé à interpréter le dernier album en date,  I Tell A Fly.

Benjamin Clementine a chanté sur des pistes enregistrées, lui permettant de mettre l’accent sur la mise en scène. En jouant avec les mannequins, l’artiste a fait naître une famille, ou un peuple : un homme, deux femmes enceintes et des enfants de tous âges, qui réceptionnaient les paroles des chansons parfois en pleine figure.

 

 

Benjamin Clementine interprète son dernier album, I Tell A Fly – © Noémie Villard / Maze

 

En ne restant pas assis derrière son piano, Benjamin Clementine est sorti de sa zone de confort et a mêlé chant et théâtre. Nous l’avons vu chanter en courant, en sautant ou encore assis, dirigeant une structure métallique à roulettes tel un voyageur ballotté durant son périple lors de Ports of Europe.

Si le live de I Tell A Fly était plutôt similaire à l’enregistrement, Benjamin Clementine a tout de même su prendre des libertés grâce aux pistes enregistrées. Il a répondu à ses propres chœurs et a joué avec les pistes, notamment lors de Phantom of Aleppoville.

Une prestation qui n’a pas fait l’unanimité

Dès les premières notes, c’est le volume sonore qui en a surpris plus d’un : une batterie démesurément forte par rapport aux autres instruments et à la voix. Dans l’ambiance intime et feutrée du théâtre Fémina, le nouvel album de Benjamin Clementine n’a pas été bien accueilli. Une migration vers le fond de la salle voire vers les portes de sortie a alors eu lieu, sous les yeux de l’artiste. Il a préféré arrêter son concert pour demander ce qui n’allait pas. Après un référendum sur la question de la mauvaise qualité du son, le oui l’a remporté à la majorité. L’artiste, vexé par de rudes apostrophes, a choisi de partir.

© Noémie Villard / Maze

 

Certains diront que Benjamin Clementine a fait preuve d’immaturité en arrêtant son concert alors que certains quittaient la salle au bout de quelques minutes. D’autres diront que le problème venait du son qui était trop fort pour une salle telle que le théâtre Fémina. Et il y a ceux qui ont eu honte de faire partie du public bordelais et qui accusent une partie des spectateurs d’un irrespect inouï envers l’artiste.

Il est finalement revenu quelques minutes plus tard avec les modifications voulues par le public, basse et batterie en acoustique. Le mannequin enceinte a été solennellement enveloppée du drapeau des États-Unis pour marquer le début de Jupiter.

Du respect de l’artiste

Beaucoup étaient venus ce soir-là dans l’optique d’écouter le premier album, At Least For Now. Ils s’attendaient donc à écouter la voix puissante de Benjamin Clementine accompagnée d’un piano à queue. Certains ont eu l’audace de demander dès les premières chansons : “Il est où ton piano ?”, d’autres de les réprimander : “Mais respectez l’artiste bon dieu !”. D’autres encore n’ont pas hésité à crier au remboursement une fois le concert achevé : “Mais ça n’était pas ce à quoi on s’attendait !” Bref, tout le monde y est allé de sa réclamation, laissant peu de chance au talent de l’artiste de faire ses preuves.

Le piano à queue est arrivé lors de la deuxième partie du concert, sous les applaudissements du public. Benjamin Clementine n’a pu que répliquer à travers les paroles de Condolence réarrangées pour l’occasion. Il a donc envoyé ses condoléances au public bordelais et a chanté qu’il n’avait que faire de ce qu’il s’est passé (“I don’t give a fuck“). Encore une fois, le public a été partagé : certains ont rit, d’autres ont pincé les lèvres.

© Noémie Villard / Maze

 

Bon artiste, mauvais public

À peine une heure après le début du concert, l’artiste a remercié son public et s’en est allé. Les fans inconditionnels n’y ont pas cru, et son restés dans la salle plusieurs minutes après la fin. L’artiste est finalement revenu sur scène pour signer quelques autographes. Le public, épuré des mécontents et des aigris, a eu droit à une session plus intime. Assis sur la scène et supportant l’artiste qui a vécu une soirée chaotique, les vrais fans étaient là pour le soutenir et se délecter de sa musique sincère et puissante. Pour ceux qui sont restés jusqu’au bout, la réconciliation a eu lieu en musique sur Adios :

“The decision was mine
So let the lesson be mine
Let the lesson be mine
The decision was hard
The decision was hard
But the vision is mine
The vision is mine”

“La décision était la mienne
Donc que la leçon soit la mienne
La décision n’était pas facile
La décision n’était pas facile
Mais la vision est la mienne
La vision est la mienne”

 

 

Noémie Villard

Bordeaux

Rédactrice en chef de la rubrique musique et étudiante en master numérique à Bordeaux. Passionnée de musique et de photo.

2 commentaires
  1. Vu en concert à Lille hier soir, là aussi le public a été décontenancé par la première partie, et le contact entre l’artiste et le public a été flottant voire tendu. Clementine emporte finalement l’adhésion au moment des rappels où il s’installe au piano et termine brillamment un concert qui pour le reste restera dans la mémoire de beaucoup comme une déception, avec une mise en scène peu convaincante et un rapport au public hésitant entre confusion et tension.

  2. Bravo pour votre article qui raconte avec beaucoup de justesse, d’objectivité et de respect cette soirée particulièrement riche en émotions, de toute sorte ! Et la récompense ultime fût donnée par un artiste généreux, incitant à l’echange et au bonheur, pour encore mieux dissiper le malaise ambiant ; n’en déplaise à l’épidémie de grincherie qui valait le détour car il fallait l’eviter ! Je n’oublierai pas cette soirée. Merci encore pour l’intelligence de vos écrits.

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