Odesza – A Moment Apart

Après Summer’s gone et In Return, Odesza n’arrête pas les titres oniriques puisqu’ils persistent et signent avec A moment Apart.

Avec ce nouvel album, rien de nouveau sous le soleil d’Harrison Mills et Clayton Knight, qui ont fait de la chillwave leur marque de fabrique. Dès leur Intro, sur le son et l’espace, nous laissant sur un « The only way to save his sanity Is to fall in love with this sound » (“La seule manière de sauver sa santé mentale est de tomber amoureux de ce son”), on retrouve une même douceur, un certain sentiment de liberté et une esthétique paradoxalement normée.

 

S’ensuit un long halètement évocateur nous offrant une fuite vers les dernières lueurs, les dernières aspérités terrestres et triviales s’ouvrant sur un moment à part, en apesanteur. Cet enchaînement maîtrisé constitue le fil logique et fluide qui tisse tout le reste de l’album. Les champs lexicaux se répondent entre amour cheesy, gravité et vertige. Les nombreux featuring sont entrecoupés par des morceaux sans paroles comme pour nous laisser en suspend un peu plus longtemps, histoire de nous immerger entièrement dans cette nouvelle création qui pourtant ne fait pas preuve d’innovation.

Tout ce qui a fait les beaux jours de la formation est réutilisé : kicks efficaces, lignes musicales simples, voix harmonieuses et propension nostalgique. Comme le disait justement PV Nova dans son épisode sur la Summer Minimale en 2015 : « La nostalgie c’est à la mode. »

 

Mais on se laisse prendre par leur piège délicat. On s’enferme dans ces sonorités addictives et agréables, dans cette fin de soirée permanente, cuite incluse, dont on soigne le mal par le mal. Enivrants, de nombreux titres comme Higher Ground avec Naomi Wild, Falls avec Sasha Sloan (où la question de la respiration refait surface), Line of Sight feat WYNNE et Mansionair, Everything at your feet feat The Chamanas avec ses paroles en espagnol ou Meridian nous font replonger dès l’album terminé.

A Moment Apart n’a rien de la découverte excitante. Et pourtant, on y prend du plaisir. Odesza nous offre une sensation de lâcher prise teintée de rosé, similaire à nos étés, qui d’années en années diffèrent et se ressemblent, du vin au bord de l’eau aux lueurs de l’aube. Ils tracent toujours le trait entre l’amertume des moments passés et la douceurs de ceux à venir. Après leurs LPs, A Moment Apart est indéniablement la quintessence de leur esthétique musicale, dont Corners Of The Earth avec RY X est le point d’orgue. Le son du début revient, et à l’image de leurs morceaux, Odesza crée une  nouvelle boucle musicale vertueuse. Difficile de s’en lasser, et de passer à côté de cette nouveauté.


A Moment Apart, d’Odesza, © Counter Records, sorti le 8 septembre 2017

Louison Larbodie

Montréal, QC

Jeune journaliste, amoureuse d'art, mordue de musique et plongée dans les images, pas pour autant déconnectée de l'actualité. Perdue quelque part entre deux continents, sur la route des festivals d'ici et d'ailleurs ...