Avec « A Deeper Understanding », The War on Drugs s’envole

Après le succès de Lost In The Dream en 2014, The War on Drugs revient avec A Deeper Understanding (© Atlantic Records, 25 août 2017), album enivrant, qui surclasse la rentrée musicale.

C’est tellement simple de faire de la musique en un quart d’heure qui, on le sait, va être écoutée des milliards de fois, qu’on en oublierait presque que certains travaillent. Besogneux, Adam Granduciel l’est. Le multi-instrumentiste, ancien guitariste de Kurt Vile, leader et fondateur en 2005 de The War on Drugs peaufine, polit, fait briller sa musique. Sans artifice, avec rigueur. La pochette de A Deeper Understanding ne fait que confirmer cette image : Adam, au piano, dans son studio rempli d’instruments. Là où il écrit et compose ses chansons.

© Atlantic Records

 

Le travail, nécessaire pour The War on Drugs, qui après la parution sans plus de prétention de Lost In The Dream (© Secretly Canadian, 2014), loin de la notoriété, s’était retrouvé dans les tops de fin d’année d’énormément de médias. La hype était lancée, le succès sur le point d’arriver. On passe chez Atlantic Records, on change de monde, mais pas d’identité, visiblement. Un rock certain, ample et planant, pour des textes cette fois plus personnels.

Grand du rock

Adam Granduciel s’adapte à son époque, même s’il sait d’où il vient. Si les effets sur la voix et sur les guitares, les nappes de clavier, sont résolument modernes, les mélodies, parfois lancinantes, répétitives, pour faire partir un solo, sont résolument classiques dans le rock. Héritier de Bruce Springsteen, il l’est. Certes en traçant son propre chemin, la patte rock-folk rarement assumée aujourd’hui est là, l’esprit du Boss flotte au-dessus de la musique de The War on Drugs.

Comme lui, Adam Granduciel utilise des petites touches d’instruments plus rares, percussions, xylophone, harmonica. Comme lui, Adam Granduciel a une voix faite pour transmettre l’émotion. Comme lui, Adam Granduciel écrit pour raconter sa vie, et un peu la nôtre. Comme lui, Adam Granduciel ne connait pas le format “3 minutes” pour un titre (le plus court fait 4 minutes).

 

À noter d’ailleurs, cette incroyable fresque de 11 minutes, Thinking Of A Place. Le temps qu’il faut pour cette course à travers le temps et les rêves, vers l’endroit parfait rempli d’amour, qui n’est finalement autre, que l’autre, tout simplement.

Variations cohérentes

On aurait pu penser que Thinking Of A Place était la pièce maitresse du disque, mais non, car la force de cet album c’est son équilibre, et sa régularité. L’énergie que l’on trouve dans Up All Night ou Holding On, est contrebalancée par la nostalgie et la douceur qu’on capte sur Pain ou Knocked Down. Tiens donc, comme dans un bon album de… Non, arrêtons de le dire, vous avez compris.

L’autre particularité de A Deeper Understanding, et cette fois c’est la particularité du groupe, c’est la multiplication des instruments. Après plusieurs écoutes, lorsqu’on arrive à se séparer de la mélodie principale, on repère ci et là un piano que l’on avait pas entendu la première fois, ou quelques notes de saxophone (comme sur le génial In Chains). Avantage certain pour un album, puisqu’on ne s’en lasse pas. Et puis parfois, la profusion orchestrale fait place à la simplicité d’un piano-voix, comme sur l’introduction de Clean Living.

C’est cette variété dans un cadre précis qui fait de A Deeper Understanding un grand album. Et ainsi de The War on Drugs, un grand groupe, qui gagne vraiment, vraiment, vraiment, à être connu, et reconnu.


A Deeper Understanding, de The War on Drugs, sorti le 25 août 2017 sur Atlantic Records

The War on Drugs sera en concert au Bataclan, le 6 novembre prochain.

Kevin Dufreche

Directeur-adjoint de la rédaction. Radiophonique, parait-il !