Savoir se faire désirer - Blonde de Frank Ocean - Maze Magazine

Savoir se faire désirer – Blonde de Frank Ocean

À la suite du succès de Channel Orange (sorti en 2012), c’est tout un mythe qui s’est construit autour du jeune artiste californien car, outre ses talents musicaux, Frank Ocean est maître en termes de communication. Son nouvel album, originellement annoncé sous le titre Boys don’t Cry, a eu l’effet d’une bombe sur les réseaux sociaux tant les fans s’étaient impatientés. Derrière les effets de mode et le mystérieux personnage qu’est Frank Ocean, que nous réserve Blonde et ses 17 chansons ? 

Pas facile de suivre les différents projets dans lesquels se lance Frank Ocean ; absent de Facebook et Twitter, Frank a réussi a tenir son public en haleine grâce aux quelques infos qu’il dévoile sur son site internet ou sur son Tumblr. Il aura notamment suscité l’intérêt avec l’annonce de ses nombreuses collaborations, que ce soit avec les membres de son ancien collectif, Odd Future (mené par Tyler the Creator), ou encore avec James Blake, Pharrell Williams, Andre 3000, Kendrick Lamar, Beyoncé… 

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Pour le reste, on peut dire que ce sont ses fans qui se sont occupés de sa couverture médiatique à sa place, que ce soit en opinant au sujet du peu d’informations qui circulait sur ses projets en cours, ou en plaisantant au sujet de l’interminable attente qui aura précédé la sortie du nouvel album.

Incapable de faire les choses simplement, Frank Ocean a donc d’abord dévoilé Endless (un clip de 45 minutes durant lequel défilent 18 nouvelles compositions) puis quelques heures plus tard Blonde (qui correspond à ce qui aurait dû s’appeler Boys don’t Cry). Plusieurs sources affirment que Frank Ocean aurait sorti Endless dans le seul but de se débarrasser de ses obligations envers le label Def Jam avec qui il était sous contrat. La sortie de Blonde aura donc assez vite mis Endless dans l’ombre.

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Photo utilisée par Frank Ocean pour annoncer la sortie de son double album sur son site – boysdontcry.co

C’est avec le titre Nikes et son vidéo-clip pour le moins expérimental que Frank Ocean ouvre son nouvel album. Cette première musique se distingue du reste de l’album en terme de rythmique avec sa longue et lente intro. Cela dit, elle introduit plutôt bien ce sentiment de mélancolie face à la vie contemporaine que Frank Ocean cherche à traduire dans le reste de son album, avec un mélange entre story-telling alimenté de bribes d’histoires personnelles, souvent amoureuses, et de pensées diverses sur la société, la sexualité, l’amour ou encore sur sa propre identité.

L’album semble marqué de différentes influences musicales, Frank Ocean avait lui-même déclaré qu’il avait en tête certaines musiques des Beatles et des Beach Boys lorsqu’il travaillait sur Blonde. Même si le lien n’est pas flagrant, surtout qu’avec un groupe comme les Beatles le style peut varier du tout au tout, il est vrai qu’un titre comme White Ferrari peut nous rappeler certains aspects de Here, There and Everywhere par exemple, à la fois dans la rythmique et le traitement du thème de l’amour. Cela dit, la partie finale de White Ferrari se démarque quelque peu et peut faire penser au style de Bon Iver.

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L’une des pochettes alternatives de l’album proposée par Frank Ocean sur son site web – boysdontcry.co

Avec Pink + White (featuring Beyoncé), on retrouve le type d’instrumentale accrocheuse qui avait séduit dans Channel Orange. Ce titre représente plutôt bien le traitement quasi impressionniste que Frank Ocean fait de ses propres textes (ici il partage plus ou moins ce qu’il a tiré de ses histoires d’amour passées) en déconstruisant totalement la syntaxe pour traiter chaque mots davantage comme une note musicale de plus dans un mix qui semble avant-tout guidé par la volonté de transmettre une émotion. Cette logique va de paire avec l’idée d’un album expérimental, onirique et abstrait, d’une certaine façon.

Avec les titres Be Yourself (dans lequel on peut entendre la voix de la mère de Frank le sermonnant au sujet des drogues et de l’alcool sur un répondeur), Good Guy ou encore Facebook Story, Frank Ocean semble vouloir partager un peu de sa détresse et de ses expériences passées vis-à-vis des situations et des thèmes qui semblent éminemment contemporains (les nouvelles formes de relation imposée par les réseaux sociaux par exemple).

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Tweet tiré du compte personel de Kanye West suite à la sortie de Blonde.

Dans l’ensemble, l’album est difficilement définissable en termes de genre… Là où on range généralement Frank Ocean sous l’étiquette du R’n’B (peut-être en partie du fait de son ex-appartenance à Odd Future) il semble qu’il hybride de plus en plus ce style avec des rythmes davantage soul et jazzy. Blonde propose un mélange intéressant entre des sons électroniques et des instrumentales acoustiques. Pour autant, un titre comme Nights paraît plus proche de ce qu’on avait pu entendre de Frank Ocean auparavant, plus classique en un sens, et s’inscrit plus directement dans le registre R’n’B.

Le succès de Frank Ocean revient sans doute au caractère intime de ses musiques et au traitement de thèmes largement universels avec une grande sensibilité. Le résultat semble être une sorte de remède aux dimanches pluvieux, aux maux de cœur ; une preuve de compassion envers les mélancoliques et les solitaires.

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