Rembobinons – Letta Mbulu, l’électron libre

Il y a aujourd’hui plus de dix ans, Letta Mbulu signait son dernier album en date, Culani Nami. L’artiste sud-africaine clôturait ainsi une œuvre ouverte sur le monde à la croisée des genres. Ainsi, au fil des années, Letta Mbulu marque la culture soul de sa voix habitée.

Une enfance déchirée

Née à Soweto, en 1947, Letta Mbulu s’accomplit très vite comme chanteuse. En effet, adolescente, elle tourne avec King Kong, fameuse comédie musicale sud-africaine. La chanteuse se laisse ainsi portée par cette audacieuse troupe, défiant, à sa façon, le régime en place. Assurément, King Kong était le fruit vitaminé d’une des rares collaborations entre Noirs et Blancs, que l’Apartheid séparait.

Bientôt, en 1965, Letta Mbulu quitte son pays d’origine, tiraillé par la ségrégation raciale et peu porté par la scène musicale. Elle part alors s’installer aux États-Unis. Déracinée, Letta Mbulu s’empare pourtant assez vite d’un nouveau terrain de jeu : New-York et sa scène jazz prolifique.

Une artiste repérée

David Axelrod, musicien mais aussi fameux producteur notamment du saxophoniste, Cannonball Aderley, remarque la jeune chanteuse. Elle enregistre alors deux albums sur la prestigieuse maison d’édition de disques, Capitol. Free Soul, paru en 1968, détonne. Tantôt en anglais, tantôt dans sa langue maternelle, Letta Mbulu exhibe, non sans finesse, sa voix franche et sensuelle. Porté notamment par la bassiste Carol Kaye, l’instrumental est un joyeux mélange entre rythmes jazz et percussions africaines traditionnelles. Dans le titre « Mahlalela », Letta Mbulu module sa voix avec subtilité, suscitant ainsi une sorte de décharge émotionnelle.

Voix libérée

Par la suite, Letta Mbulu collabore avec d’autres prestigieuses maisons de disque comme Columbia. Vite reconnue par le grand public et la critique, elle travaille notamment avec son mari rencontré en Afrique du Sud, Caiphus Semenya. Ils sortent ensemble There’s Music In The Air ou encore Sweet Juju. La chanson « Down by The River » vogue au gré de la voix limpide de Letta Mbulu. Ainsi, la chanteuse envoûte ses auditeurs, avec des arrangements léchés, diffusant une sensation de chaleur inédite. La prestance sensuelle de l’artiste invite ainsi, à sa manière, les auditeurs à se déhancher.

En somme, au fil de son œuvre, Letta Mbulu dévoile un phrasé expressif dans des structures variées, allant de la ballade pop à des formes jazz plus libres. Libre, légère et chatoyante, la voix de Letta Mbulu est à la fois sauvage et sophistiquée. Férue de collaboration, l’artiste propose une œuvre organique à la frontière de plusieurs influences. Par sa voix travaillée, Letta Mbulu raconte son histoire (musicale) avec passion mais résilience.

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