La Magnifique Society – 2018, cuvée de prestige

Forte d’une première expérience encourageante, l’équipe de la Magnifique Society s’est installée une nouvelle fois au parc de Champagne de Reims. Du 15 au 17 juin deniers, les festivaliers  se sont vus offrir une programmation et une animation de choix, entre diversité et euphorie. Cette deuxième édition champenoise, avec ses 21 000 spectateurs, affirme déjà son ambition : durer dans le temps. Retour sur 3 jours de confirmations et de découvertes.

Pour cette deuxième édition, la programmation de la Magnifique Society basée à Reims promettait une grande diversité d’artistes et de sonorités, avec comme caractéristique de lancer la saison des festivals musicaux d’été. Alors que les artistes japonais occupaient le Tokyo Space ODD, des chanteurs de tous horizons ont animé les trois scènes éphémères du Parc de Champagne. De l’acoustique délicate de Selah Sue au rock vintage des Hives, en passant par la pop barrée de Gus Dapperton, le public (passé de 12 000 à 21 000 en une année) a vu débarquer des tonalités internationales de premier plan. Côté francophone, malgré la présence d’Etienne Daho et Jane Birkin, toujours aussi sollicités, la tendance est clairement au renouvellement. Alors que le festival a fermé ses portes, les constats sont nombreux : le rap est devenu la musique majeure et populaire, Angèle va casser la baraque, les amateurs de musique désirent de vrais auteurs qui osent aborder certains thèmes.

Pari tenu pour les organisateurs, la Magnifique Society a tous les atouts pour s’imposer comme fer de lance estival. Retour sur notre sélection subjective et exhaustive de ce cuvée rémoise 2018.

 

 

IAMDDB, la confirmation

Elle n’a pas un an d’expérience sur scène. Pourtant quand elle arrive à 19h, elle a l’assurance d’une reine. Immense espoir du RnB, bien décidée à bouleverser la monarchie, célèbre en quelques mois avec son hit Shade, Diana de Brito alias IAMDDB (prononcer IAM D.D.B) a littéralement enflammé la petite scène de la Magnifique Society.

Jouant des codes masculins et misogynes du rap et scandant des textes féministes parfois trash, l’artiste de Manchester dévoile sur scène une palette étonnante de styles. Si sa voix prend souvent des accents jazz-soul (Nat King Cole, Erykah Badu ou Lianne La Havas comptent parmi ses influences) et que son flow se marie parfaitement avec l’ensemble de productions trap,  IAMDDB n’oublie pas d’interroger dans ses paroles la place de la femme. Se définissant elle-même comme « bad bitch », elle multiplie les « bitch » à son public, clame son indépendance sexuelle et professionnelle à chaque nouveau morceau. “I cannot and won’t conform and I’ll do it all on my own” ( « Je ne peux pas et ne vais pas me conformer, je vais tout faire moi-même » ) dit elle dans Leaned out. On lui fait entièrement confiance.

Orelsan, le patron

Orelsan fut un temps le mal aimé du rap français. Vendredi soir, cette affirmation faisait bien sourire tant le public du parc de Champagne était enthousiaste. Toujours aussi juste et provocateur, le rappeur normand, incompris il y a dix ans, est devenu le patron du rap francophone (osons, de la chanson française). Loin de faire le coup de l’album de la maturité, Orelsan, en sortant La Fête est finie,  est devenu populaire, reconnaissable entre tous, évocateur pour tous les membres d’une (défaite de) famille. Cela s’est vérifié parmi le public, unanime et immédiatement emporté par un show rôdé et efficace. Très à l’aise, le regard rageur, Aurélien Cotentin a fait le choix d’inaugurer son concert en se présentant sous son personnage SAN avant de dérouler les titres de son album pensé comme un concept. Aux premières notes de Basique, les festivaliers ont entamé avec lui pendant une heure des paroles qu’ils connaissent par coeur. Sous son apparente nonchalance, Orelsan prouve qu’il maîtrise à la fois son public et sa performance.

Lomepal, “le connard et le mec bien en même temps”

18h30, un samedi après midi. Une chaleur digne de la Californie plombe les festivaliers. La Californie, il n’en sera pas question, avec l’artiste à venir, à part si l’on rapproche cet homme de son autre raison de vivre, le skateboard. C’est d’ailleurs avec le son d’un skate en mouvement que débute le concert. À partir de ce moment-là, la connexion entre Lomepal et son public ne défaillira pas. Entre amour et haine, douceur et fureur, paroles caressées et intonations à la Joey Starr, Chef Antoine retourne la Grande Scène. C’est la dualité entre ces deux personnages que Lomepal explore à chaque nouveau morceau.

Jain, la guerrière

Vêtue d’une combinaison rouge et bleu assortie aux couleurs de son show, la chanteuse française de 25 ans s’est emparée de la Grande Scène de la Magnifique, samedi soir. Jain est soutenue par un public fidèle qui attendait la jeune femme de pied ferme avant le début de son show. Engagée dans une tournée d’été entre ses deux albums, Jain offre un joli medley, de Makeba à son nouveau single Alright, que le public entonne déjà. En quelques minutes, la chanteuse impose son énergie, occupant la scène d’un bout à l’autre, sautant de sa console à son micro, sans quitter un sourire communicatif. Sa musique métissée et rassembleuse vient apporter aux spectateurs une envie d’ailleurs. Une belle révélation scénique.

Clara Luciani, la plus sage

Il n’y a plus aucun doute sur ses talents. Clara Luciani est une auteure et une véritable artiste. Sa voix chante la mélancolie avec sincérité. Or, si l’écoute de son premier album provoquait des frissons, la scène du festival semble encore effrayer la parisienne. Clara Luciani a l’esprit rock mais ne parvient pas encore à l’insuffler à son public. Sans le vouloir, elle place les festivaliers à distance de sa musique. Comme une fleur, sa libération scénique qui viendra avec le temps la fera éclore en artiste complète.

Eddy De Pretto © H.DAPREMONT

 

Eddy De Pretto, la bête de scène

On peut « spoiler » la carrière d’un artiste alors qu’elle commence à peine. Chers lecteurs, si vous ne souhaitez pas connaître le nom du futur grand auteur musical français, passez au prochain artiste, les autres (amateurs, dubitatifs et haineux du texte francophone) restez, lisez bien : Eddy de Pretto est l’artiste majeur de ces dix prochaines années en France et par-delà le TOP 50. Convaincre tous les âges, fédérer les publics, imposer des thèmes parfois difficiles, voilà ce que réalise Eddy de Pretto. Il suffit d’attendre cinq minutes pour comprendre que les vibrations de sa voix abimée et lyrique traversent les corps, malgré le cadre à ciel ouvert. Sur scène, accompagné d’un iPhone et de son batteur, le cristolien scande ses paroles percutantes et introspectives avec une audace tout aussi rare que racée. Sans être le porte-parole d’une communauté ou d’une génération, il fait parti de ces jeunes artistes ne refusant aucun sujet, affrontant les tabous établis. Une ovation de plusieurs minutes est venue saluer sa performance chorégraphique et vocale.

Bicep, l’électro-choc

Pour clôturer un festival en beauté et avec les honneurs, quoi de mieux qu’un shot d’électro musclée ? Ce fut chose faite grâce au duo britannique Bicep, véritable référence de la nouvelle scène électro. Connu depuis une dizaine d’années grâce à leur blog musical « Feel my bicep », Matt McBriar et Andy Ferguson balancent leur mélancolie raffinée et dansante. Efficaces mais sans courir après le tube absolu, laissant à chaque composition la possibilité d’exister indépendamment des autres, leur house chaleureuse teintée d’UK garage et de techno nineties (mention spéciale à Orca et Spring ) a accompagné les dernières ivresses et les premiers adieux.

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