On a dîné avec Saint Michel

À l’occasion de leur concert au 1988 Live Club, à Rennes, le groupe Saint-Michel nous a fait le plaisir de partager un repas avec nous. Entre Tartines aux légumes, Filet d’aiglefin, Saint-honoré, et de nombreux fous rires, Émile et Philippe se sont prêtés au jeu et ont répondu à nos questions. Place à la découverte du nouveau monument musical !

Philippe : Du coup on va faire les premières questions nous-mêmes, après si vous avez de vraies questions vous pouvez nous les poser. Donc du coup bonsoir Émile.

Émile : Bonsoir.

Paul : Salut moi c’est Paul !

Philippe : Déjà présentez-vous dans le groupe, Émile ?

Émile : Basse, claviers, chœurs, j’oublie un truc ?

Philippe : Bonsoir Paul, que fais-tu Paul ?

Paul : Je fais de la batterie, et feu chœur parce qu’on m’a enlevé mon micro !

Philippe : Et donc bonsoir Philippe – bonsoir ! – je suis chanteur lead, compositeur-interprète

Philippe : Comment définiriez-vous Saint-Michel ?

Philippe : Saint-Michel on aime à dire que c’est de l’électro-pop sentimentale, pourquoi sentimentale ? Parce qu’on est un peu rêveurs et nostalgiques, on est des gentils.

Philippe : Pourquoi le nom Saint-Michel ?

Maze : Oui, question originale !

Philippe : Parce que tout simplement on aimerait jouer dans le monde entier même si on adore la France et qu’on voulait que ça fasse made in France, bien franchouillard à l’ancienne. Donc on cherchait des noms, dans des bouquins d’histoire, des vieux noms de chevaliers et trucs dans le genre. Comme on se sent un peu coupables de chanter en anglais aussi, on s’est dit qu’on allait prendre un nom français.

Maze : Du coup on vous rapproche de la Normandie ?

Philippe : Les Normands pensent qu’on est normands, mais quand on va à Bordeaux on nous pense Bordelais en raison de la fameuse prison. Des Saint Michel il y en a partout, c’est aussi la symbolique de l’archange qui a mis sa pâtée au dragon même si on est sympathiques, on a quand même envie de réussir. Saint Michel, niveau symbole, c’était pas mal.

Paul : Et dans le Loiret il y a une petite ville qui s’appelle Saint Michel !

Philippe : Non, mais il y en a partout !

Paul : Je suis allé là-bas il y a un super élevage de chiens. (rires)

Maze : Quand et comment vous êtes-vous rencontrés ?

Philippe : Dans le cadre d’un autre projet qui s’appelait Milestone, qui est très pop-rock à l’anglaise, un peu à la Sigur Ros, Radiohead, mais sans synthétiseur. C’était un peu la fin du projet et avec Émile on a continué super naturellement ensemble, comme on avait plus les autres, on a mis une boîte à rythmes, sorti des synthés…

Maze : Parce qu’avec Émile vous vous connaissiez d’avant ?

Émile : Non non !

Philippe : Il a passé une audition dans le cadre de Millestone.

Maze : Toi Philippe tu étais fondateur de Milestone ?

Philippe : Ouais, moi je ne participe pas à des projets si je ne suis pas leader (rires).

Paul : Mais ça risque de changer, on est en pourparlers.

Philippe : On a demandé à Paul d’enregistrer sur le second album, alors qu’au départ on a fondé le projet avec Émile, et on enregistre que tous les deux. On le comprend, la promotion tu vois.

Émile : Ouais, il n’a jamais rien vécu comme ça, et il ne vivra certainement rien d’autre d’aussi fort (rires).

Philippe : Même s’il essaie de nous tromper avec un groupe rennais qu’on ne citera pas ! Mais on a eu plein d’essais dans le groupe, on a eu un autre batteur, il nous a fallu un peu plus d’un an pour trouver Paul.

Maze : Et donc là vous êtes en tournée ?

Philippe : En tournée dans toute la France comme on dit, et même à l’international, car nous partons en Chine à la fin du moi d’avril. Il suffit que les Chinois nous aiment et on peut devenir les rois du monde.

Maze : Votre présence sur les réseaux sociaux et sur internet est importante, c’est une volonté de votre part ?

Philippe : Bah on n’a pas le choix.

Émile : Ce n’est pas une épine dans le pied non plus, ce n’est pas affreux, c’est un peu de temps. Il faut essayer de trouver des petites combines pour faire venir des gens sur la page parce que c’est important, avoir 6000 ou 13000 personnes ce n’est pas la même chose et ça joue sur la présence du public en concerts. C’est de la promotion gratuite si tu veux !

Philippe : C’est un outil inévitable, on est vraiment obligés de composer avec, on apprend en fait à gérer ces trucs-là. On ne sait pas comment parler, s’il faut être hyper sérieux ou un peu rigolo. Petit à petit, ça devient un peu plus naturel. Aujourd’hui on est dans le bus tour, on envoie des photos, on actualise. Mais d’ailleurs, chez notre maison de disque, le label Colombia, il y a une personne qui nous a reçus dans son bureau pour nous faire des cours de Twitter, c’est plus du hasard, aujourd’hui il y a des bouquins là-dessus, des formations. Elle nous a expliqué les hashtags et tous les codes essentiels.

Maze : Vous avez tous les deux suivi, ou du moins commencé, une formation en ingé son, est-ce que cela vous sert beaucoup ?

Émile : Bah lui ça lui sert, moi je l’ai juste commencé. Enfin les bases, je les ai apprises avec Philippe, sur le coup. C’est beaucoup plus formateur de faire des concerts et d’apprendre sur le terrain

Maze : Vous pensez donc qu’on apprend plus sur le terrain ?

Émile : Bah je ne sais pas, je n’ai pas fait autrement, je ne peux pas dire. Je ne sais pas comment j’aurais appris autrement, mais en tout cas, les bases que j’ai, je les ai apprises avec Philippe.

Philippe : De toute façon, même quand Émile a commencé l’école (la SAE, NDLR), on était déjà dans Saint Michel donc c’est vite passé à la trappe. Et comme on dit, une expérience concrète, ça vaut toute la théorie du monde. Et dans l’école, t’es censé faire un tiers de théorie, deux tiers de pratique, mais tout le monde se bagarre pour avoir accès à trois consoles pourries. Donc finalement, à la maison, s’il en a envie, il peut en apprendre beaucoup plus. Quand on a enregistré l’album, du coup, il était tous les jours dans des histoires de branchements de micro, de prises de son, d’équalisation, de spatialisation, etc.

Donc ça, ça nous donne juste une autonomie. On est producteurs de notre disque, on est co-producteurs avec d’autres producteurs et on prend en charge toute la production concrète de l’album, on fait tout chez moi dans ma chambre.

Maze : Donc vous avez tout enregistré dans une chambre, à Versailles ?

Philippe : Ouais. À quelques détails près. On a fait une session de cordes dans un studio à Paris parce qu’il fallait plus de place. On nous a envoyé 15 jours dans un grand studio à Bruxelles où on n’a rien foutu. On a fumé des joints pendant 15 jours.

Maze : On a pu voir l’autre jour que vous étiez programmés pour des festivals cet été, notamment les Vieilles Charrues …

Philippe : Ouais ! Viendez à Carhaix ! (rires)

Maze : Ça va être un concert différent, j’imagine, est-ce que ça ne vous met pas une pression supplémentaire ?

Philippe : Si, ça va être particulier. Je pense que ça va nous mettre une pression particulière parce que les gros festivals, genre on joue pas sur les big big scènes, mais même une petite scène, ça reste fat. Et les conditions techniques ne sont pas faciles dans le sens où tu fais ce qu’on appelle des “line-check”  au casque donc tu ne peux pas faire des vraies balances où tu testes le son qui est diffusé sur les enceintes. Donc on fait un son de retour, comme ça, à l’arrache, et l’ingé son est obligé de se mettre au casque parce qu’il y a d’autres groupes qui jouent à côté sur la scène.

Maze : Ouais parce que du coup, on sent vraiment le regard, on voit si les gens dansent ou pas.

Philippe : Ouais, c’est ça, on voit la réaction des gens … Mais sur des gros festoches, ça peut être compliqué aussi parce que tu peux te sentir tellement loin des gens, et t’es là,  tu peux faire quatre roulades par terre, le poirier et tout, et je veux dire, enfin tu vois, tu peux te donner à fond et ne pas sentir le public, et ça peut être un peu bizarre. Et en Chine, ça va être encore pire parce qu’on va faire des jauges, c’est des espèces de stades, on fait des jauges de 100 000 et 150 000 … On ne se rend même pas compte de ce que ça peut faire 150 000 Chinois.

Non, mais, ce n’est pas de la notoriété (…) Non, mais c’est en Chine ! C’est des festivals où il y a genre la journée, ou trois jours de musique occidentale. Donc ils mettent que des groupes européens ou américains et donc ça peut générer un peu d’euphorie chez eux, parce que c’est un peu … un style de musique, même s’il y a la musique chinoise qui marche très fort.

Émile : Ce n’est pas de la musique de festoches quoi. T’as des jauges et des proportions qui sont hallucinantes pour nous.

Maze : Votre projet pour maintenant, c’est vraiment de continuer la tournée ou vous avez d’autres projets dont vous aimeriez nous parler un peu plus ?

Philippe : Peut-être de commencer à travailler sur le second album là au printemps. Techniquement, on est déjà dans le printemps, mais à partir d’avril-mai, on va vraiment se mettre à retravailler pour le second album. Moi j’écris des trucs en ce moment ou je regarde ce que j’ai en stock, histoire de préparer un peu des choses. Je réfléchis à des idées, et … peut-être plus autour de Versailles. Je pense que là, on va peut-être pouvoir travailler sur Versailles. Enfin on travaille déjà sur Versailles parce que j’y habite, mais on va peut-être pouvoir avoir un vrai lieu qui du coup serait vachement inspirant. Je ne peux pas en parler plus pour l’instant parce que… Je suis en train de développer un peu des idées là-dessus sur le fait d’aller puiser dans l’histoire, dans le patrimoine. On aime bien l’histoire, on aime bien les vieux trucs.

Maze : Et du coup, vous avez déjà joué dans des lieux un peu historiques ?

Philippe : Des lieux un peu historiques, ouais, on a joué à Versailles. On a joué dans le parc des châteaux au Pevistile, qui est dans le grand Trianon de Marie-Antoinette. C’est un endroit magnifique avec un parterre avec un damier en marbre, avec des colonnes romaines … Et la dernière fois, on a été hyper touchés par ça, on a enregistré en fait deux chansons Katherine et I love Japan, avec un quatuor à cordes, juste en acoustique, donc aucun synthé, très nature, un peu en mode Simon & Garfunkel. On était super touchés parce que la dernière fois qu’ils avaient ouvert ce lieu pour un musicien, c’était pour une musicienne en fait, c’était pour Nina Simone dans les années 70. Elle était venue jouer du Bach au piano.

Y a un autre lieu historique où on a joué, c’est à Venise, sur la terrasse d’un palace vénitien d’un grand hôtel qui s’appelle le Bauer. C’était une big terrasse avec un parterre de gens ultra VIP, ultra prout prout. Et on avait vue sur tout Venise. C’était pendant la Biennale de Venise, donc en plus, la ville était en effervescence, c’était incroyable. Donc ça, c’était un séjour assez chouette. En plus, on a pu rester deux, trois jours avec Émile, juste pour se balader, pour profiter un peu de Venise, ce qui est rarement le cas, parce qu’en général, on n’a pas du tout le temps de voir les villes dans lesquelles on passe. On a joué dans une galerie d’art aussi, mais on en parlera moins. (rires)

Maze : Et vous préférez la scène ou enregistrer ?

Philippe : Je ne peux pas choisir. Les deux sont hyper importants. En fait, ça marche par phases. Là, ça fait longtemps qu’on n’a pas enregistré un morceau, donc ça nous manque. Là, j’ai qu’une envie, c’est de justement reposer les micros, enregistrer du son et capter des trucs, créer le son et créer un espace sonore. Parce que c’est comme de l’architecture. Tu pars de rien et tu coules une dalle de béton, tu fais un mur, tu fais un petit escalier, tu mets les fenêtres, et à la fin, tu as terminé ta chanson. C’est mettre de la déco avec un petit abat-jour par là, un petit papier peint par ici. Pour moi, c’est vraiment ça. Faire une chanson, c’est comme construire une maison. Alors que la scène, c’est très différent, c’est réussir à communiquer une énergie avec des gens, l’écriture est figée. Nous, on ne fait pas de l’impro, on ne fait pas du jazz donc, c’est plus un truc de “comment l’exécuter” et de “comment partager le truc avec les gens” justement dans l’échange, dans le partage.

Un échange, un partage indéniable, puisque c’est avec énergie et tendresse que le groupe transmet à son public. Un réel plaisir, donc, de se retrouver au premier rang d’un spectacle partagé avec autant de générosité. Bon alors, on réserve l’avion pour la Chine ?

Baptiste Thevelein

Co-fondateur et directeur de la publication

Co-fondateur, directeur de la publication du magazine Maze. Étudiant au CELSA. Président d'Animafac, le réseau national des associations étudiantes.

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