Rencontre avec Nusky – « Faire de la musique, c’est donner de la noblesse à certaines choses de la vie »

Trois heures avant son concert à La Nouvelle Vague à Saint-Malo, Nusky a accepté de nous rencontrer pendant près d’une heure pour échanger sur son nouvel album qui sortira le 29 mars. Le jeune artiste reçoit avec malice les compliments, tord son corps régulièrement et n’est jamais avare en anecdotes. Si vous ne le connaissez pas, l’année 2019 va vous le présenter.

Clément Simon : Tu as commencé avec une bande de potes dans le groupe La race canine, puis en duo avec Vaati. Tu sors un album solo à la fin du mois. Il te fallait une expérience de groupe avant de te lancer en solo dans un album ?

Nusky : Jusqu’à aujourd’hui, je vois la musique comme un truc de partage. Je suis en solo mais mes amis ne sont jamais loin, j’écris des morceaux avec eux.

Tu vis toujours avec eux ?

Plus ou moins. Je vis avec un de mes meilleurs potes et tout le monde passe à la maison. Quand j’ai commencé la musique, j’avais envie de faire un truc collectif qui marche. J’aime l’idée que tous les potentiels s’additionnent pour faire un bon morceau. Mes potes écoutent mes sons et leurs avis m’importent beaucoup. Là, tout l’album est composé par Double X, ils viennent du rap classique. On a essayé de faire un délire à ma sauce. J’aime bien travailler avec des gens sur un projet entier. Je me suis perdu, c’était quoi ta question ? (rires)

Je parlais de l’influence de tes amis. Quel est le rôle de Vaati dans cet album solo ?

Il n’a pas vraiment travaillé sur l’album, il était juste présent pour écouter les sons. C’est le meilleur. Avec Vaati, on aime prendre notre temps. Ça fait un an et demi qu’on n’a pas sorti de gros trucs, hormis le morceau avec Christophe.

J’aime beaucoup le morceau Tesla. Il est très noir. Chez toi, la drogue est comme un orgasme. Tu prends un grand plaisir en la prenant puis tu rentres dans une phase dépressive.

C’est tout à fait ça. Pour le clip, on a travaillé avec Bertrand Le Pluard et il a eu la bonne vision de mon son. Il a poussé le curseur du glauque très haut. C’est l’idée de la montée et de la redescente.

On dirait du Gaspard Noé.

Ouais, un peu. J’aime pas le trash pour le trash, non plus. Mais bon, j’aime le chaos. On cherche l’abstraction, les choses pas évidentes à définir. Cette recherche ne mène à rien mais c’est cela qui nous plait.

Comment s’est faite la rencontre avec Christophe ?

C’est assez drôle comme rencontre. Christophe connait mon père. Ils se connaissent depuis les années 1970 mais ils se sont perdus de vue après ma naissance. Un jour, Christophe se balade sur YouTube et ils nous découvrent avec Vaati. Il se trouve que l’attaché de presse de Christophe, dans les années 1990, c’était le père de Vaati. Si je ne me trompe pas, nos potes d’After Marianne vont chez Christophe un soir et il était en train de nous écouter. Depuis, on se voit régulièrement et c’est comme ça que nous sommes arrivés à reprendre Succès fou avec lui. C’est un type très ouvert, pointu, sans être intello. C’est dur de travailler avec des gens que l’on admire et il est important de rester à sa place. Succès fou, c’est ma chanson préférée de Christophe.

C’est quelque chose de prégnant dans ton univers, cette idée de faire le pont entre la pop, la variété et le rap.

Clairement. J’ai toujours kiffé ça. Le fait de travailler avec des producteurs qui ont une crédibilité dans le rap, ça me permet de faire la jonction assez facilement. Les limites sont bien fines, aujourd’hui. On invente même des mots pour créer de nouvelles limites comme la “pop urbaine”. Ce sont des catégories qui font du mal à la musique. Il faut mélanger les genres.

Tes projets fonctionnement de mieux en mieux, tu n’as pas peur d’avoir moins de liberté en évoluant dans des grosses maisons de disque ?

C’est un autre rythme. J’ai habitué les gens à être assez généreux. Tout ce qui est bon à prendre, je le prendrai. Les choses mauvaises aussi, probablement. Peu importe si on m’utilise, me saccage, je vais continuer à faire ce que je fais. Si je commence à être aigri maintenant, c’est pas la peine. Ce qui peut me brider, ce sont les enjeux commerciaux puisqu’il faut écouter plusieurs avis avant d’avoir le feu vert. C’est ça que je dirais à quelqu’un qui veut signer.

Tu vas monter sur scène dans quelques heures, comment te sens-tu ?

Ce soir, c’est le début officiel de la tournée. Sur scène, je me laisse aller. À partir du moment où il fait noir dans la salle, j’essaie d’être moi-même. C’est assez poétique une tournée, on ne se rend pas trop compte de ce qui se passe.

Il est régulièrement question de drogue dans tes morceaux. Est-ce qu’elle t’aide à composer ?

Je ne veux pas dire que ça aide à faire de la musique, ce n’est pas vrai. Dans mes morceaux, ce n’est jamais une apologie de la drogue, exceptée la beuh peut-être. Quoi qu’il arrive, dans mes paroles, soit je raconte une histoire et c’est acté, soit c’est ma vie. Je suis dans ma vérité. Même si j’écris avec mes potes, on est dans une vérité qu’on partage. La drogue fait partie de ma vie. Si on a besoin de la drogue, c’est pour d’autres raisons que pour faire de l’art. Mais il faut faire attention, on est tous différents par rapport à la drogue. Ça peut tuer. Si j’en ai besoin, c’est par rapport à mon corps, à mon addiction. J’en ai besoin tout court, autant pour me laver les dents que pour écrire un texte. Le cerveau prend des habitudes.

Il y a un paradoxe intéressant chez toi, que l’on retrouve dans le morceau Pour aller où. Tu dis : « Je ne sais pas compter mais je veux dépenser mon biff » au milieu du morceau alors qu’au début, on t’entend dire : « Tout ce que je veux, de l’eau, du café, de la beuh ». Il y a souvent cette idée de détourner les clichés du rap.

J’ai mes idées mais je vois aussi comment ça marche. L’argent, je déteste ça. Mais je vis dans un monde capitaliste et je suis obligé de m’y plier en attendant. L’art, c’est de l’exagération. L’idée que tu soulèves est importante dans mes sons.

J’aime beaucoup le morceau Maman. Pour toi, la musique c’est le meilleur moyen pour évacuer les regrets ?

Faire de la musique, c’est donner de la noblesse à certaines choses de la vie. Dans ce morceau, j’ai hésité avant d’écrire certaines phrases. J’assume de lui avoir voler de l’argent mais je lui ai versé mon premier salaire pour m’excuser. Ma mère ne savait pas que je lui avais volé de l’argent, j’en avais un peu honte. Très touché que tu aimes ce morceau.

Quels sont tes projets pour la suite ?

Je ne peux pas dire grand chose (rires). Après l’album qui sort le 29 mars, il faudra être attentif à ce qui se passe en solo et avec tous mes groupes. 2019, c’est mon année.

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Nusky et Christophe dans le clip de Succès fou
1 commentaire
  1. Un artiste, un vrai.
    Ces concerts sont incroyables.
    Ce gars dégage quelque chose qui me rend fan de lui depuis 2014.
    Hâte d’en entendre toujours plus, et de vivre ça à fond. Sa musique est putain de vivante.

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