Rencontre avec Marble Arch – « Les souvenirs m’aident à créer des ambiances et des couleurs musicales »

Avant la sortie vendredi de leur deuxième album Children of the Slump, nous avons rencontré Yann Le Razavet alias Marble Arch, lors du Festival Transfer à Lyon. En invoquant l’enfance et la mémoire, il crée avec sa musique un univers cotonneux et nostalgique dans lequel on se réfugie pour « se souvenir ». Jamais loin du shoegazing et de la dream-pop, Marble Arch effleure plusieurs horizons musicaux qui l’ont bercé sans rentrer dans un cadre défini.

Col roulé fin sur le dos, l’air ailleurs, c’est un garçon réservé et apaisé qui nous accueille dans sa loge pleine de « copains turbulents » (ses musiciens). Après la tempête, le calme. Les copains s’en vont et nous laissent seuls pour l’entrevue. L’occasion d’aborder avec lui la sortie de son nouvel album, ses couleurs musicales et son rapport aux souvenirs.

En 2015, tu sortais ton tout premier album solo, The Bloom Of Division. C’était il y a un bon bout de temps maintenant, qu’est-ce que tu as fait pendant ces quelques années ?

J’ai directement entamé l’écriture du deuxième. Le temps passe si vite… On avait un premier line up de quatre bons potes à l’époque, il y en a deux qui sont partis entre temps, il a fallu recommencer la formule live, on a presque tout repris depuis le début, avec un processus de création différent. De mon côté, j’ai un peu tout refais chez moi, j’ai composé beaucoup de démos. En 2016, il était prêt, mais ça restait un peu brouillon au niveau du son et de la voix, comme le premier. Alors on a mixé l‘album, je voulais que ça soit plus professionnel.

Tu sors dans quelques semaines ton second album, Children of the Slump. Comment tu te sens avant sa sortie ?

Je n’appréhende plus trop. Je suis vraiment impatient qu’il sorte pour que le public l’écoute enfin. Moi ça fait longtemps que je l’écoute sur mon téléphone, dans ma voiture… Je le connais par cœur maintenant. Mais j’oublie souvent que les gens ne connaissent que le premier.

Un de mes titres préférés du nouveau disque est Réminiscence, ce mot évocateur représente assez bien l’atmosphère qui se crée quand on écoute Marble Arch, un peu comme si cet album était un océan de souvenirs en noir et blanc qui défilent sous nos yeux à toute vitesse. Tu le définirais comment toi, cet album ?

Le premier album c’était un peu une sorte de “compilation”. Le son était encore brut, débutant, c’est juste des titres que j’ai rassemblé. Pour cet album, j’ai vraiment voulu créer quelque chose du début à la fin, rassembler des ambiances et des souvenirs très différents. C’est un album assez hétéroclite, il compile beaucoup de choses mais j’ai essayé de mettre tout ce que j’aime dedans, sans essayer forcément de trouver un style ou une patte.

Justement, pendant qu’on parle de souvenirs, quelle relation tu entretiens avec le passé, es-tu plutôt nostalgique comme garçon ?

Je ne suis pas trop dans le « c‘était mieux avant » mais les souvenirs m’aident à créer des ambiances et des couleurs musicales. J’aime faire revivre des souvenirs de vacances, des choses qui m’ont marqué quand j’étais jeune. Ce n’est pas vraiment de la nostalgie, je me sers seulement de ce qui m’a bercé dans le passé pour construire mes morceaux.

J’aimerais bien évoquer le titre de l’album avec toi, Enfants de la crise : on dirait un peu que tu te positionnes en porte-parole d’une époque un peu bancale, un peu chaotique qui tend vers la mélancolie. Tu veux faire passer un message avec ta musique ou plutôt être le miroir d’une certaine époque ?

Ce titre-là évoque beaucoup de choses sur notre époque. Les paroles sont de ma copine, moi j’ai fait les arrangements et je trouvais que ça sonnait plutôt bien. C’est un peu un constat sur aujourd’hui, notre génération, on est souvent en train de jongler entre plusieurs petits boulots, on ne trouve pas vraiment de marques, on aimerait bien faire les choses mais on ne peut pas, on nous dit que c’est possible mais tout compte fait on galère. On est un peu entre espoir et désespoir. J’avais un peu envie de parler de ça dans cet album. C’est pas encore totalement politique, mais ça commence à l’être, c’est des choses que j’aimerais bien aborder plus tard, peut être dans le prochain.

Quand on parle de Marble Arch, on fait souvent écho au shoegazing ou la dream-pop, qui sont des genres assez complexes voir des genres de niches, dans le sens où les textures sonores peuvent être assez saturées et les paroles peu audibles. Selon toi, un message ne passe donc pas forcément par la compréhension des paroles mais plus par une atmosphère sonore, une ambiance générale ?  

Quand je compose un morceau, je compose d’abord la musique, l’écriture c’est vraiment la dernière phase, il faut qu’il y ai quelque chose à raconter avec l’ambiance générale du morceau. Je pense que les paroles sont importantes, j’ai envie de m’y pencher un peu plus parce que c’est pas quelque chose qui me vient spontanément, c’est toujours une étape un peu douloureuse, un peu fastidieuse. Mais j’aimerais beaucoup travailler dessus, essayer de mes dégager de toutes ces vapeurs. Je voudrais accorder autant de place aux paroles qu’à la musique, mais les mots c’est toujours plus délicat et casse-gueule. La prochaine étape c’est vraiment de rehausser le texte, et de faire quelque chose de très homogène, très global.

Je ne t’ai jamais vu en live, mais j’aime bien me faire des films avant de découvrir un artiste sur scène. J’imagine un peu ton concert comme une expérience assez immersive, pas de pogos déchaînés mais plutôt une sorte de cérémonie contemplative qui va invoquer beaucoup de fantômes du passé. Toi, de ton côté, comment tu vas faire vivre cet album sur scène ce soir et sur les autres dates de la tournée ?

Ça va être un mélange entre le premier album et le deuxième. Le premier était très lo-fi, très noyé. Celui là, va sonner plus “groupe” et moins “projet solo”. Sur ce set, tout le monde est à sa place, il y a une une réelle volonté de faire un live collectif.

Sur ton bandcamp, on peut lire : « Pas d’influences revendiquées, pas de case attribuée ». À défaut de te demander tes influences musicales, je peux te demander quels sont les artistes qui ont bercé ton enfance et ton adolescence ?

J’ai des grandes influences de The Dear Hunter, The Wake, New Order. Dans ces eaux -là. Un peu de Beach House aussi bien sûr. C’est à peu près mes grosses influences.

Et pour finir, on a beaucoup parlé de passé et de souvenirs, mais il faut aussi un peu penser à l’avenir tout de même, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?

Le meilleur j’espère. Et des millions ! (rires).

Marble Arch – Children of The Slump
Disponible le 22 mars (Geographie Record)

Pauline Pitrou

Lyon

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

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