Rencontre référencée avec Boy Racer

Après un premier EP sorti en décembre, Boy Racer revient avec le clip d’Un Regard.

Un accomplissement, qui donne lieu à une vidéo à l’esthétique impeccable, rassemblant Garance Marillier, nommée pour le César du meilleur espoir féminin pour le film Grave, et Manon Valentin, qu’on avait notamment aperçue dans le clip de Vendredi sur Mer, Les Filles Désir. L’occasion d’échanger ensemble autour de projets, de filles et évidemment de musiques.

Pour commencer comment définirais-tu Boy Racer aujourd’hui ? 

Aujourd’hui je dirai que c’est de la pop érotique. Boy Racer c’est un projet dans lequel je ne me donne pas de limite de style, même si avec le temps, je me suis de plus en plus affirmé. Au début c’était beaucoup plus électro et là ça vire beaucoup plus pop.

La construction de Boy Racer semble être avant tout l’affaire d’une grande bande de potes, c’est le cas ? 

Ce sont des rencontres oui. Les rencontres ça se fait comme ça, ce sont des coups de chance, il faut réussir à en tirer profits. J’ai la chance d’avoir pas mal d’amies qui chantent. Chacune d’elle a une voix différente et je peux vraiment employer leurs voix comme s’il s’agissait d’instruments. Avec Noemi, qui est assez motivée, on va lancer dans deux/trois semaines un nouveau projet en commun qui s’appellera No Panties. Là je compose beaucoup plus, ça prend une tournure très expérimentale, j’aurais plus l’occasion de faire la musique que je veux, et Noemi écrit, chante et joue de la clarinette aussi ici.

C’est en partie ce qui t’as mené au beau clip d’Un Regard

Oui, ce ne sont que des rencontres dues au hasard. Noemi a un ami qui a une boite de production (Suzanne), ils connaissent Garance Marillier, et de fil en aiguilles ça s’est fait. Tout le monde connait tout le monde.

Bosser avec Noemi par exemple c’est vraiment la rencontre artistique clé qui a tout changé, elle sera contente de le lire, elle m’a ouvert pleins de portes. C’est vraiment cool, on va vraiment composer ensemble, c’est déjà une belle étape pour moi, on s’est rencontré en Allemagne dans une cave glauque, c’était assez improbable.

Pour tes projets à venir, tu prévois quoi ? des nouvelles sorties ? d’autres clips?

Boy Racer va rester, mais je vais me consacrer à No Panties quelques mois, et à coté de ça j’ai déjà commencé à composer mon deuxième EP, il y a une dizaine de morceaux. Je préserve ceux qui me conviennent le plus, quelques morceaux purement électro, que je pourrais peut-être sortir sous un autre nom de scène. J’aime bien conserver une certaine liberté, pour faire ce que je veux dans d’autres styles.

Et pour les concerts, il y en a de prévus, mais pas à date fixe. Normalement le 20 Mai, je dois jouer au Festival Hit The Road. On commence à démarcher les scènes parisiennes, il est possible qu’on ait le Supersonic prochainement.

Et des collaborations avec de nouveaux individus éventuellement ?

J’aimerais changer oui, et réussir à avoir des voix nouvelles pour travailler. Des voix masculines, des actrices aussi ça me plairait. J’ai composé pas mal de textes, mais beaucoup plus à lire, donc ce serait intéressant d’avoir un truc beaucoup plus joué que chanté, donc pourquoi pas trouver des voix charismatiques et connues.

Un tournant plus poétique donc, on imagine que tu puises cela dans une certaine inspiration ?

En musique en ce moment c’est énormément Sébastien Tellier, quand on pense pop érotique on pense direct à lui. Je m’inspire aussi de toute la scène de pop française actuelle, des groupes évidents comme L’Impératrice. Ce sont des valeurs sures, des groupes qui sortent du lot comme Bon Voyage Organisation aussi. En ce moment j’essaie vraiment de travailler tout ce qui est rythmique, pas mal de disco et de techno. Cet aspect c’était là où j’avais des lacunes, il fallait que j’approfondisse le travail technique pour trouver des sons, des accords meilleurs. J’essaie de faire des choses qui paraissent compliqués mais qui sonnent simples du coup.

Pour ce qui est de l’organisation de ce travail, comment c’est de se développer quand on est un jeune artiste et qu’on a pas encore de label ?

Pour l’instant je suis seul dans ma chambre, j’attendais le clip pour pouvoir démarcher. Le frein surtout en ce moment c’est de pas pouvoir faire ce que je veux complètement. Je pense qu’avoir un label derrière soi ça permet d’avoir des contacts, d’enregistres, d’aller en studio, trouver des gens pour déléguer. Tout seul on doit tout gérer.

J’enregistre tout tout seul du coup, avec les instruments, mais j’aimerai pouvoir intégrer d’autres instruments, je pensais à un saxophone pour un morceau, donc il faut que je fasse intervenir d’autres personnes.

En ce qui concerne le financement de ce projet, tu te débrouilles comment ?

J’ai la chance d’avoir mon père qui m’aide énormément, après je pense que je reviens toujours dans mes frais. Par exemple en faisant une centaine de CDs, ça m’a permis de rembourser l’EP, le merchandising aussi. Après c’est sur que c’est un investissement sur le long terme, ça viendra avec le temps. Au bout d’un moment il faut que ça tourne quand même pour avoir une certaine indépendance.

Donc aucun regret quant au fait de s’être engagé dans cette voie qu’est la musique ?

Pas du tout, c’est très stressant, d’un coté, c’est une grosse prise de risque on se dit “Est-ce que ça va marcher ?”, “Est-ce qu’il faut que je fasse ça ?”, ça prend la tête par moment. Mais en même temps c’est super stimulant, le fait de faire le truc que t’aimes le plus. Ce n’est pas encore mon métier, mais ce serait un but.

On a l’impression que tu as voulu toujours faire ça comme si ce choix s’etait imposé à toi, c’est vraiment le cas ?

C’est venu assez tard, enfin pas tellement. La première fois que j’ai voulu faire de la musique, que de la musique, dans mon premier souvenir c’était en troisième en cours d’anglais avec Mme Magne. Après quand t’es au lycée tu as toujours les études qui font que tu te dis que tu dois faire ça ou ça, j’avais pas de projet précis, c’était abstrait. Le temps passant tu te dis “Je me vois pas faire autre chose que ça”. Et depuis que j’ai Boy Racer ça se confirme. Tu te dis “Ok là j’ai peut-être une chance que ça marche”.

Ça me fait penser aux paroles au début du morceau des Daft Punk, Gorgio by Moroder. Ce qu’il dit, il a totalement raison.

Tout ce qui gravite autour de ces références, de cette esthétique, ça montre que d’autres domaines artistiques t’intéressent ? Tu te verrais faire tes pochettes d’albums ? Ou autre chose ?

En vrai oui j’aimerai beaucoup, j’ai pas les moyens techniques, mais j’aime le contrôle sur les choses que je fais. Au début c’est assez dur de déléguer le travail quand on a une idée en tête. Encore une fois, c’est le fameux réseau qui permet d’avoir les gens compétents qui peuvent alors mettre en place ce qu’on a en tête. J’ai toujours une idée très globale de ce que je veux. J’aime beaucoup la réalisation, pour le coup c’est un truc qui me tient à cœur. Au début j’ai fait des premiers clips tous seuls dans la limite du possible, aujourd’hui quand je me retourne sur ce que je faisais avant, ce n’est plus ce que je souhaite. Pour le coup, avec No Panties on va vraiment chercher à avoir un ensemble cohérent entre les différents médiums.

Travailler l’image, travailler presque un personnage, avoir un visuel cohérent, j’aime bien cette idée là, créer un univers. J’ai encore peu d’expérience là dedans mais je voulais qu’un univers se dégage vraiment de mon EP. La pochette, les morceaux, l’ensemble... Là ça parle toujours de nanas, (pour changer), mais d’une autre manière, raconter des choses générales, des rencontres, des rencontres fortes mais aussi détachées. Je cherche à rendre des choses du quotidien très oniriques en fait.

Toute cette esthétique tu la puises où justement, dans le cinéma? L’art visuel ? Est-ce que tu as des références en particulier qui te tiennent à cœur ?

Coté artwork j’ai toujours apprécié le travail de Pink Floyd, il y a un réel univers, par exemple avec Wish You Were Here tout ce qui se passe dans le désert, ils avaient fait des séries photos, ou ce qu’ils avaient fait avec The Wall. Pareil pour Daft Punk avec Electroma ou Interstella 5555, cette idée de créer d’autres choses à partir d’une base commune. Par exemple dans mon clip, les mecs qui l’ont réalisé ont plus vu ça comme un court-métrage que comme un clip et je trouvais ça très intéressant de faire ça. C’est pour ça que pour des prochains clips j’aimerai presque faire des mini-films qui illustrent la musique. Pour donner corps au texte et à la musique.

Après dans les inspirations visuelles, il y a Wes Anderson dont j’adore l’esthétique visuelle, ou Quentin Dupieux, comme dans le clip Night Owl de Metronomy. J’aimerais beaucoup avoir un truc dans le genre. Tout ce coté filmé à la pellicule, avec de belles lumières, de belles couleurs, un ensemble très harmonieux. Après, j’en suis pas encore là, mais sur scène ce serait vraiment bien que je puisse aussi développer un esthétique particulière. Un peu comme Baxter Dury, il a deux filles avec lui et il y a ce coté très élégant sur scène.

Tu vois vraiment la scène comme un investissement alors ?

Oui, mais ça demande vraiment des moyens pour le coup. Je fais ce que je peux avec ce que j’ai pour l’instant. Travailler le visuel, le jeu de scène, c’est un ensemble. Le dernier concert que j’ai fait c’était avec le Collectif Sauce Blanche dans un kebab et c’était vraiment bien. On était trois sur scène, Noemi et une fille qui faisait les arrangements, moi je fais essentiellement de la basse sur scène. J’ai douze ans de basse dans les doigts c’est ce que je maîtrise le mieux.

Et si l’on se projette plus loin, avec qui aimerais-tu collaborer ? 

En terme de voix j’adore la voix de Cat Power par exemple. Je pense à des voix féminines super marquées et super belles, un morceau avec une actrice comme je te disais. Scarlett Johansson comme dans Her tu vois. Avoir un clip à la Wes Anderson pourquoi pas. Bosser avec un orchestre ce serait génial aussi. Evidemment une collab avec Sébastien Tellier, Brian Eno ou Debbie Harry (Blondie), ce serait trop bien. Dans les trucs impossibles David Bowie. Pour ce qui est des voix masculines, je pense aussi à Benjamin Biolay ou Baxter Dury.

Tu t’imagines sinon en production, derrière ? Pour travailler avec les chanteurs, les groupes ?

Je ne sais pas, c’est assez dur. Ca peut sembler égocentrique mais j’aime bien quand même qu’on sache que c’est mon travail, c’est pour ça que j’aime l’idée du featuring. Sauf si on bosse vraiment ensemble, ce serait une collaboration alors. Mais après c’est une idée, si c’était pour Benjamin Biolay imaginons, ce serait oui direct.

Ce travail tu te vois l’exporter ? Chercher à le proposer ailleurs? Certains artistes trouvent parfois un public plus large au-delà des frontières.

Oui évidemment, même si ce que je fais reste très français. Après c’est vrai que des groupes comme Lomboy (Cracki Records) qui font de la pop érotique exportent pas mal leur truc.

Quelque chose à ajouter ?

Et bien dans mes projets futurs, j’aimerai bien sortir un EP sur un label, et en 2019 c’est l’album. On aura surement un EP avec No Panties cette année, mais oui en 2019 avec Boy Racer ce serait une grosse étape. J’ai fait une liste et je fixe des objectifs progressivement comme ça. 2018  sera une année importante, du moins je l’espère !


On vous laisse avec le Spotify de Boy Racer, et une actualité à suivre juste ici.

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