Rembobinons – Le burn out de Balthazar

Chaque mois, Maze rembobine ses cassettes pour revenir sur la carrière d’un.e artiste ou d’un groupe. Aujourd’hui c’est Balthazar qui passe à la casserole, à l’occasion de la sortie de leur quatrième album Fever et d’un silence long de trois ans. Retour sur un collectif qui a failli boire la tasse.

Au départ, une histoire ordinaire comme beaucoup d’autres groupes avant eux. Maarten Devoldere et Jinte Deprez, se rencontrent au lycée, et s’amusent dans les rues de Courtrai à trimbaler leurs grattes, reprendre des titres plus ou moins douteux, pour les beaux yeux des passants, mais l’essentiel est là, ils prennent du plaisir.

Démarrage en trombe

Une poignée de concerts ici et là, puis vient la formation… Balthazar. Un long développement puisque le quintet, formé en 2004, met à partir de ce moment là, 6 ans à sortir son premier album, Applause, sur le label Munich Records. Faut dire que c’est pas évident d’évoluer dans l’ombre des grands, des voisins dEUS notamment, qui à l’époque tirait toute la couverture. Mais cet album va catapulter les natifs de Courtrai dans les hautes sphères.

Après avoir eu les faveurs de la Belgique, l’album sort en Europe sous la tutelle du label PIAS, que le groupe n’a plus quitté depuis. Composition, production, les leaders sont maîtres absolus du processus créatif. En découle un premier LP rythmé, dynamique, et riche en instruments. Un procédé productif ; à peine parti en tournée que le collectif écrivait et annonçait la sortie du deuxième LP l’année qui suit (2012).

Mise en abîme

Rats est un succès, adoubé par la presse. Toujours empli d’une grande lascivité, d’une nonchalance et d’instrumentaux envoûtants, chaque titre s’écoute avec une facilité déconcertante (Sinking Ship, Do Not Claim Them Anymore, etc.). Un succès largement mérité qui se traduit par une nouvelle tournée. Les choses vont vite, eux qui n’avaient même pas eu le temps d’entrevoir la perspective d’un moment de répit, les voilà déjà repartis à la conquête d’oreilles aimantes.

“En tournée, on fait tout pour toi et tu bois beaucoup trop. Quand tu écris avec la gueule de bois, tu écris différemment…”

Balthazar pour les Inrocks

Ils ne le savent pas encore mais ils partent dès lors pour près de 2 ans de tournée, pendant lesquels ils se laisseront porter, se reposeront sur les épaules d’assistants, à disposition pour succomber à leurs besoins. Le début d’une mise en abîme traduit par une quantité de gueules de bois (pour bien faire dans le cliché groupe de rock) et d’une intimité qui prend un coup dans la tronche.

Une tournée goinfrée d’anecdotes, d’histoires et de sentiments qui fera l’objet de la composition de leur troisième album, Thin Walls (2015). Un troisième album au parfum de soulagement tant les membres se sont marchés dessus, vivants les uns sur les autres dans un bus plusieurs mois durant. A partir de là, fini les albums auto produits, le groupe s’offre les talents du producteur Ben Hiller (Blur, Depeche Mode…) qui portera le fardeau de peaufiner l’album, tout en respectant la vision extatique de Balthazar.

Partir pour mieux revenir

Sans surprise, Balthazar repart en tournée dans toute l’Europe mais cette dernière tournée a déjà semée l’idée de prendre le large dans les têtes pensantes du groupe. Bonnes ou mauvaises raisons, nombreux sont les groupes qui se sont séparés. Routine écrasante, un schéma album-promo-tournée interminable, la vie à plusieurs dans un bus… Nul besoin d’avoir vu Bohemian Rhapsody pour comprendre que les gars deviennent fous au bout d’un moment de vie commune, et que l’un d’eux ressente le besoin de lâcher prise, quand bien même le succès leur tend les bras.

“Faire du solo, ça permet de changer de perspective”

Balthazar pour France TV

Un besoin ? Une nécessité ? Les deux leaders ne s’en cachent pas, changer d’air c’est important.  La bande de potes, qu’on connaît alors depuis le début, verra ainsi un de ses membres fondateurs, la violoniste Patricia Vanneste, quitter le collectif pour se consacrer à des projets individuels. Définitivement ? Qui sait… Freddie Mercury est bien revenu la queue entre les jambes après ses déboires en solo. Balthazar n’est pas Queen, certes, mais l’analogie n’en reste pas moins intéressante.

Une carrière solo plus qu’envisagée pour Marteen puisqu’il sort sous son alias Warhaus pas moins de 2 albums, et Jinte, un album sous le nom de J. Bernardt. Deux projets salués par la critique, qui ont permis aux deux leaders de s’oxygéner la tête, d’explorer de nouveaux horizons, d’expérimenter et chercher de nouvelles inspirations pour mieux se retrouver en studio, reprendre du plaisir avec Balthazar, avec la préparation de Fever.

“Fever est une réaction à ces expérimentations”

Balthazar pour France TV

Un quatrième LP définitivement différent ; plus décousu, groovy, sexy toujours avec son lot de merveilles instrumentales (You’re So Real, Changes) et par dessus tout, un témoin du renouveau qui souffle sur la bande de potes.

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés