La webradio, un medium pour la diffusion de la musique indépendante

En musique, l’engagement passe par la différence. Hors des circuits économiques, dans l’esprit des radios libres, le modèle de la webradio offre un regard novateur, souvent plus expert sur la musique. Exemple à Lyon, où LYL s’engage au quotidien pour laisser la place à la musique indépendante. Celle qui a rarement sa place sur les ondes hertziennes. Son fondateur, Lucas Bouissou, nous explique le modèle et les fonctionnements qui permettent à cette radio de maintenir une certaine indépendance.

Comment est née cette radio ? Animée par quelle volonté ?

La radio a été pensée, préparée au cours de l’année 2014, pour voir le jour en août de la même année à Lyon. L’intention a toujours été simple: médier toute la musique à laquelle je m’intéressait, c’est à dire un large spectre de genre, et faire participer mon entourage direct, engagé lui aussi dans diverses activités culturelle/musicale, comme les labels BFDM, Macadam Mambo, CLFT ou les disquaires Chez Émile Records et Groovedge Records.

Nous nous sommes développés à partir de “radio session(s)”, ayant lieu une fois par mois dans un disquaire lyonnais, sur un weekend entier, et qui rassemblait à chaque occasion des acteurs différents des milieux musicaux locaux, donc djs, producteurs, érudits, indépendants, patrons de labels, disquaires, chercheurs etc, pour animer des émissions, ponctuelles alors, et qui devinrent pour la plupart la base de notre grille des programmes, une fois la radio installée fixement dans un studio.

Nous construisons ainsi, depuis février 2015, une webradio présentant des programmes musicaux variés, toujours animés par des spécialistes, allant de la musique classique, racontée par des professeurs du Conservatoire de Lyon à des expérimentations électroniques menées par de jeunes producteurs.

Comment faites vous pour garder cette webradio en dehors de tout circuit économique ?

La radio est aujourd’hui encore exclusivement financée sur les fonds propres de ses responsables (Lucas Bouissou et Simon Debarbieux). Nous maintenons ainsi notre indépendance de manière totale. Cela étant, le projet ayant atteint une belle envergure maintenant, nous sommes amenés à repenser son économie pour le pérenniser, et assurer sa continuité dans un temps long. Quoiqu’il en soit, notre webradio n’accueillera jamais de publicité sur son antenne, ni sur son site internet. Les partenariats à l’étude aujourd’hui cherchent à établir des relations débouchant sur de la création, plutôt que de tomber dans un marketing lourd.

Est-ce que vous pensez que la diffusion uniquement web aide à garder cette indépendance ?

Oui, dans le sens où notre “collaboration” avec l’État reste très limitée parce qu’il est encore très peu au fait des webradio. Nous sommes encore bien en-dessous du radar du CSA et de la SACEM, tant mieux. Le privé, les grandes marques qui investissent maintenant dans les domaines culturels sont, elles, bien au courant du potentiel marketing de webradios comme la notre, mais là encore, c’est bien nous qui choisissons avec qui nous voulons travailler.

Est-ce que vous connaissez d’autres médias radio qui fonctionnent de la même manière et qui peuvent vous servir de “modèles” ?

Nous partageons quelques animateurs avec NTS (Londres) ou Red Light Radio (Amsterdam), et sommes tous trois bien au courant de ce que chacun fait, même si cela ne s’est pas encore matérialisé par des collaborations. Ces deux dernières webradio peuvent nous servir de modèles, même si cela fait un moment que nous travaillons à affirmer notre propre identité. Il n’y a biensûr aucun intérêt à répéter, réitérer, accumuler.

Est-ce que vous avez peur que certaines portes vous soient fermées parce que vous ne ressemblez à aucun autre média traditionnel ? Ou au contraire, pensez-vous que cette particularité fait votre force ?

Les webradios s’installent, les projets comme le notre démontre leur sérieux. Nous n’avons rien à envier aux radios hertziennes, loin de là. Nous sommes libres, nous sommes autodidactes, nous sommes du milieu de la production musicale, nous connaissons notre sujet, et nous développons toutes les compétences nécessaires à une inscription durable de nos projets.

Est-ce que vous vous imposez des quotas en musique ?

La construction de la grille est influencée par le besoin de diversité musicale (genres et approches des genres), un équilibre entre des indépendants (personnes sans structures) et professionnels de la musique et enfin le soucis de mettre en valeur nos territoires directs, donc Lyon et Paris, plus que les labels étrangers.

Vous pouvez évaluer le nombre d’auditeurs ?

Nous ne communiquons pas nos audiences. Ces chiffres-là sont une donnée-clé pour discuter/négocier avec le privé. Au-delà de cet argument pragmatique, nous faisons ce que nous faisons par plaisir, les chiffres importent très peu donc, sauf pour connaître mieux notre évolution, dont nous sommes très heureux.

Que pensez vous de la presse musicale et la radio spécialisée aujourd’hui ? Pensez-vous qu’elles se sont laissées emportées par le circuit économique d’une certaine manière ?

Nous lisons Audimat en France, et Zweikomasiben en Suisse. Je serai prêt à parier qu’aucun de nos animateurs ne lit la presse musicale française la plus connue tellement elle est loin de traiter des matières qui nous intéressent. Le décalage entre le monde que nous tâchons de représenter et le leur est grand. Très rares aussi sont les bons journalistes, qui plus est dans la musique. Il faut aller chercher du côté de la micro-édition donc pour trouver matière intéressante et revigorante.

Quels sont vos projets pour la suite ?

En février 2017, nous aurons atteint un de nos objectifs: celui de proposer des programmes live du mardi au samedi, de 14 à 22h. Le reste du temps, en dehors de ces plages, nous rediffusons nos archives). En septembre 2017, nous ouvrirons les lundis et les matinées à ces plages de live. En 2018, nous continuerons de travailler à améliorer notre grille (renouveler les émissions, trouver de nouveaux formats), et à la compléter, de sorte à alimenter notre stream et représenter au mieux la grande richesse et diversité du domaine musical.

Marie-Madeleine Remoleur

Journaliste en ciré jaune en vagabondage sur la côte Ouest, dans les salles de concert et dans les bars. J'aime aussi les cornichons extra fins et jouer au tyran des goûts musicaux.

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