À la merci de Fishbach

Fishbach est un nom depuis quelques temps sur toutes les lèvres. En effet la sortie de son premier album, À ta merci, début 2017 confirme son passage marquant aux dernières Trans Musicales de Rennes. Elle dévoile et approfondit un peu plus son univers à la fois sombre, pop et envoûtant.

Le titre semble annoncer un album fleur bleue, mais Fishbach surprend car elle offre l’exact opposé. À ta merci peut être déstabilisant à la première écoute : des touches très eighties avec beaucoup de synthé, un côté pop survolté, le tout porté par une voix profonde et puissante.

L’album est certainement très hétéroclite, voire inégal car certains titres se démarquent bien plus que d’autres. L’oeuvre s’ouvre avec un son de synthé brut dans Ma Voie Lactée, puis la voix de Fishbach s’impose et ses mots se posent. C’est le titre Un Autre que Moi qui semble exemplifier le style si spécial de Fishbach. On y retrouve (encore une fois) le synthé qui martèle un rythme dansant mais la voix arrive et donne une teinte très particulière au tableau. Elle se casse de manière la plus sublime quand elle chante “Un coup d’éclat, d’éclair, un coup d’tonnerre/Droite, gauche, bras d’fer, on se défend/Mais t’as vu la gueule du sentiment ?”.

Crédit : Télérama

Une voix puissante et mémorable

Elle est l’élément clef de Fishbach. Se rapprochant de celle de Catherine Ringer, elle apparaît forte dans Éternité, presque délurée. La chanteuse a été formée au punk durant ses jeunes années, des restes qui sont bien audibles et qui surprennent lorsqu’ils sont associés à des sons parfois presque kitsch.

Au cours de l’écoute, c’est une progression vers le sombre, le mystérieux, l’impalpable. La mort y est évoquée, personnifiée même dans On me dit tu. Fishbach prête sa voix à la Grande Faucheuse : “Chérie pour qui tu te prends d’abord ? C’est moi qui définis le score.” Dans Mortel, Éros et Thanatos se mêlent dans une étreinte passionnée et venimeuse. Alors l’album commence à prendre tout son sens : sur une pop synthétisée et dansante, Fishbach met les paroles les plus terribles et les plus justes.

Crédit : Rfi Musique

Une personnalité forte

Fishbach, de son vrai nom Flora Fischbach, est une femme forte. À la merci de personne, elle se construit une identité musicale particulière qui lui permet de se démarquer. Elle dit aller  “à contre-courant en revenant aux origines, en composant la musique que mes parents auraient pu écouter il y a quelques années”. Sa musique semble alors être celle d’un délicieux oxymore, celle d’une mélancolie dansante.

Dans la chanson éponyme et ultime chanson de l’album, Fishbach montre une sensibilité étonnante. Une musique à l’orée de la berceuse, des paroles poétiques et tranchantes : “Tu joues à la marelle mais n’atteins pas le ciel”. La prouesse lyrique du chant apporte une ultime teinte, une teinte épatante, une touche minuscule qui apporte sa cohérence à l’oeuvre et donne envie d’en découvrir plus. Fishbach n’est à la merci de personne, traçant son propre chemin, à la manière d’un poisson qui nage à contre-courant.

La scène française se porte bien

Fishbach s’inscrit dans la lignée d’autres qui percent déjà sur la scène française comme La Femme, Grand Blanc, Agar Agar ou encore Jacques. Elle est une preuve de plus que la chanson française n’est jamais morte et qu’elle trouve un regain en ce moment même. Cette nouvelle bande, inspirée par les plus grands, trace son chemin entre rupture et continuité avec le passé. La preuve en vidéo :

Noémie Villard

Bordeaux

Rédactrice en chef de la rubrique musique et étudiante en master numérique à Bordeaux. Passionnée de musique et de photo.