Hommage à Michel Legrand – Une vie en musiques

On a tous une histoire avec Michel Legrand. Musicien et compositeur, amoureux des notes et des images, il a fait de sa vie une musique perpétuelle, défiant la lassitude dans une oeuvre indéterministe.

Le point d’orgue avait été atteint l’année dernière à l’ouverture du Festival de Cannes ; Juliette Armanet immuable sur le petit écran et cette reprise prodigieuse des Moulins de mon cœur, soulignant le délicat arrangement composé par Michel Legrand. Les Moulins de mon cœur, un morceau qui nous avait secoués une première fois en ouverture de Tom à la Ferme de Xavier Dolan, avant d’être découvert dans sa forme initiale pour L’Affaire Thomas Crown, film pour lequel la musique s’était vue récompensée d’un Oscar en 1969.

 

Mais tout avait commencé avec Jacques Demy, forcément, et cette osmose entre deux figures qui ont su conjuguer plus qu’aucune autres la symbiose entre musique et cinéma. Cette symbiose jubilatoire, c’était des larmes partagées sur un quai de gare à Cherbourg, une délicieuse chanson entonnée en forêt par Catherine Deneuve, ou des pas de danse éternels Place Colbert dans la ville de Rochefort. Une collaboration, sans doute une des premières, qui avait légitimé l’indéniable apport de la musique au cinéma, et inversement, et le pouvoir merveilleux du film chanté.

 

 

Une alchimie qui a transcendé la vie de Michel Legrand, une vie toute en musique, saccadée par des revirements imprévisibles, touche-à-tout inébranlable qu’il était et qu’il restera pour nous. De la Nouvelle Vague à Hollywood, du dessin animé au générique, Michel Legrand ne s’était rien refusé, occultant l’ennui et le répétitif par un foisonnement inlassable de musiques. Il incarnait une justesse musicale inaltérable, capable d’agiter les émotions de toutes et tous dans les images d’Agnès Varda, d’Orson Welles ou de Jean-Luc Godard.

Hors du cinéma, Michel Legrand avait travaillé avec les noms les plus éminents de la musique, arrangeant les plus grands tout en restant fidèle à lui-même : Quincy Jones, Charles Aznavour, Miles Davis, Barbara Streisand mais aussi Yves Montand, vivant cent vies en une seule. Reste alors cette physionomie, celle d’un homme à la vivacité sans égal, d’un musicien hors pair à la fougue immuable, du jazz américain au classique, de l’impro à l’écriture.

 

 

Michel Legrand nous quitte au crépuscule d’une carrière qui promettait encore de belles prouesses, de merveilleux concerts, laissant orphelines des générations de musiciens et d’amoureux des mélodies, mais nous en sommes certains, cette silhouette authentique continuera de faire vibrer mélomanes et cinéphiles. Il s’est éteint dans la nuit du vendredi 25 janvier au samedi 26 janvier 2018 à l’age de 86 ans, et nous voulions spontanément lui rendre ce simple hommage, à lui qui nous est toujours apparu d’une sincérité et d’une juvénilité déconcertante.

Pour découvrir ou redécouvrir l’artiste qu’est Michel Legrand, Arte propose une nouvelle fois, et exceptionnellement, le documentaire de Grégory Monro, Sans demi-mesure (2017). Et l’exposition Comédies Musicales de la Philarmonie de Paris se poursuit encore jusqu’à demain, et son livre coécrit avec Stéphane Lerouge, J’ai le regret de vous dire oui sorti en 2018 demeure disponible.

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