Avec Cour de récré, l’époque est au Giscardpunk

Il y a quelques mois, Noisey publiait un article intitulé « Les pires noms de groupe de 2018 ». Parmi eux se trouvait Cour de récré. S’il est vrai qu’à la première écoute, cet enfantin pseudonyme peut faire sourire, la musique qu’ils proposent est plutôt déconcertante.

En mai 2018 apparaît sur YouTube le clip du titre Giscardpunk, réalisé par Gaspard Viril. Des images d’archives en noir en blanc naviguant entre La Défense sortant de terre et les TGV orange (enfin noir et blanc) flambant neufs. Puis soudain « il apparaît, lentement se dévoile son portrait » : Valéry Giscard d’Estaing, le plus jeune président de la République, sort lentement côté conducteur d’une DS dans la cour de l’Élysée, ou prenant part à une joute footballistique à Chamalières, son fief d’Auvergne. Une voix féminine haute, douce et lancinante accompagnée d’une voix masculine mystérieuse, se croisent sur une production synthpop aux airs dramatiques.

Les paroles sont inspirées d’un article du blogger Florent Deloison, résumant ainsi le Giscardpunk :

« La science-fiction a donné naissance à de nombreux sous-genres, tel le cyberpunk qui décrit des mondes dominés par la technologie et les réseaux, remplis de hackers antihéros et de méga-corporations, ou bien encore le steampunk, qui a pour postulat une société restée bloquée à l’époque de la vapeur et de la révolution industrielle, en lieu et place de l’électricité. Sur le même modèle, le Giscardpunk est une uchronie dystopique ayant pour point de départ la réélection de Valéry Giscard d’Estaing en 1981. A partir de là, la France, redeviendra une grande puissance mondiale, les villes seront reconstruites afin de ressembler à la Défense, nouveau modèle d’urbanisme, et toute l’innovation technologique restera centrée sur les succès des années 1970 et 1980 tels que le minitel ou le TGV orange »

« Vaste programme », comme aurait dit un autre président de la République (dites-nous lequel dans les commentaires).

Amour transatlantique, musique d’époque

Avant de produire Giscardpunk, un de nos morceaux favoris de 2018, et d’autres chansons, Cour de récré a d’abord été un duo. Ou plutôt un couple transatlantique. Héloïse, au Chili, et Stan, en France, produisaient de la musique lo-fi en s’échangeant par mail des pistes enregistrées sur téléphone portable. Rapidement, ils sont rejoints par Quentin et Chloé. Entre temps, Héloïse et Stan sont partis vivre au Canada. C’est donc une sorte d’OTAN musical que propose Cour de récré, où chacun s’enregistre et s’envoie son travail par Concorde spécialement affrété … ah non, par mail (avec toutes ces époques qui se croisent, on s’y perd). 

Car si le grand Valéry a régné dans les années 1970 et que Cour de récré est un groupe bien actuel, leur musique s’inscrit entre les deux décennies, entre années 1980 et 1990. En même temps, Quentin et Stan nous ont confié à demi-mot être fans de Bernard Minet, et des séries d’AB production (Club Dorothée, Premiers baisers, Les filles d’à côté). Ils ont également réalisé une convaincante reprise de Never let me down again de Depeche Mode. Ils revendiquent volontiers un son électro-pop, voire de “pop datée pour gens modernes” selon leur compte SoundCloud. Les synthétiseurs dominent leurs morceaux, par nappes ou par notes. Si les sujets traités — principalement l’amour et la drague — sont plutôt légers, les paroles n’en sont pas moins qualitatives, et teintées d’une délicieuse ironie. Dans son EP, Cour de récré va de la métaphore filée entre coup de foudre et coup de raquette (Jeu, set et match) à l’intrigante fille aux cheveux Couleur tarama. Son second single, Soleil Levant, est tout aussi bien écrit. Il raconte les déboires amoureux d’une fille sortant avec un étudiant en cinéma fan de Kurosawa. Les références au 7ème art français se multiplient (Rohmer, Honoré, Hiroshima mon amour) pour conclure le refrain sur les vers suivant :

« À chacun sa nouvelle vague, mais la mienne est d’Hokusai »

© Cour de récré

Si l’on est plutôt réticent à ce type de classement, on rangerait cependant Cour de récré entre The Pirouettes et L’Impératrice. Souvent kitsch, jamais niais, le groupe ne produit pas une musique revival mais bien une musique qui donne l’impression d’être sortie il y a 30 ans, tout en étant d’une réelle fraîcheur, comme un Kiri-Goûter lorsque 10 heures sonnent à la cloche de l’école.

Quant à un hypothétique morceau sur Georges Pompidou, le groupe décline, admettant cependant que le prédécesseur de Giscard a un nom très chantant …

Éponyme – Disponible sur SoundCloud et BandCamp depuis le 15 décembre 2018

Les clips de Giscardpunk et Soleil Levant sont disponibles sur YouTube

Victor Costa

Bordeaux-Sud

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés