Trans Musicales 2014 : Rencontre avec Thylacine

Quelques heures avant son show au Hall du Parc Expo, nous avons rencontré William Reéaka Thylacine, beatmaker talentueux et ingénieux, tout droit venu d’Angers.

Tu es jeune, peux-tu nous parler de ton parcours musical qui t’a mené jusqu’à Thylacine ?

J’ai commencé la musique assez tôt, même très tôt : j’ai commencé le saxophone vers 6 ans. Une formation très classique, jazz après. Après j’ai commencé à jouer pas mal dans des groupes dès le collège, j’ai tourné dans des groupes types rock ou jazz. Je suis arrivé à la musique électronique assez tardivement en commençant à composer mes propres morceaux tout seul. Je n’avais pas forcément une culture très électronique alors ça a commencé comme ça, par des petits enregistrements. C’est à ce moment là que Thylacine est né, il y a trois-quatre ans environ.

Tu n’as pas de culture électro, tu as donc vraiment appris à travailler seul ?

C’est vraiment une envie que j’avais, de commencer à faire mes propres morceaux. Je me suis donc enfermé dans mon appart’ pendant très longtemps pour apprendre les logiciels, j’ai geeké à mort pour essayer de sortir quelques sons qui soient à peu près écoutables. A force de regarder des tutos sur Youtube, j’ai appris complètement tout seul à faire mes premières ébauches de morceaux.

Comment s’est passé le passage à la reconnaissance de ton travail ?

Beaucoup de blogs ont commencé à partager mes compos. Je viens d’Angers et je commençais à faire parler de moi sur Paris, à faire des petits concerts là-bas où j’ai pu rencontrer tourneurs, managers etc. Aujourd’hui, ça fait un peu plus d’un an et demi qu’on travaille vraiment à fond le projet. Je pense que je ne serais pas là aujourd’hui sans internet. J’ai réussi à me faire connaître sans avoir de relations spécifiques. C’est venu assez naturellement.

Est-ce que ton influence classique/jazz a un impact sur ta manière de composer ?

C’est sûr, je n’ai pas du tout une culture de DJ ou de mec qui sample. Je compose tout et je joue toutes mes parties. C’est une approche un peu différente de pas mal de personnes en électro. J’ai une manière de composer un peu plus classique, un peu plus à l’ancienne, un peu plus linéaire, à composer des morceaux d’une traite, sans trop sampler, sans penser au live. C’est vraiment de la composition pure.

Et du coup sur scène, tu te démarques aussi dans ta manière de jouer des autres personnes en électro ?

Sur scène, je gère un peu toutes mes boucles musicales, je déclenche tout à la main et donc je construis mes morceaux vraiment en live. Y’a rien qui tourne tout seul. Tout ça me permet d’avoir une plus grosse marge de manœuvre et de dose d’improvisation. Je peux créer des choses et des rythmes un peu différents, jouer sur la durée, partir un peu ailleurs. C’est donc un peu différent. Après, j’ai aussi une petite MPC qui traîne pour faire des percu’ et les voix de chanteuses que j’enregistre, ce côté-là est un peu plus proche de ce que peuvent faire des gars comme Superpoze ou Fakear. Mais après sur la gestion du live c’est vraiment différent. C’est un peu plus casse-gueule de travailler comme ça car ça varie et donc si je suis pas en forme ça peut être moins bien, mais c’est quelque chose que j’aime bien faire.

Concernant ta collaboration avec Camille Desprès que l’on retrouve dans de nombreux morceaux : fait-elle partie prenante du projet Thylacine ? 

Ça a été le cas surtout au début, maintenant on travaille plus ensemble. C’était une belle époque, on faisait tous les deux les Beaux-Arts. Elle a une super voix mais j’avais envie de continuer à expérimenter et explorer toute les possibilités en travaillant avec d’autres chanteuses.

Mais justement, pourquoi ce choix de travailler avec des voix toujours féminines ? 

C’est une matière hyper facile à travailler. A chaque fois, j’enregistre ces chanteuses et ensuite je retravaille la voix, je reconstruis des choses par dessus. C’est une matière qui se marie très facilement à ma musique. Après c’est aussi que c’est aussi beaucoup plus dur de trouver des voix de mecs qui collent bien sur l’électro mais je cherche toujours, surtout que ça m’intéresse beaucoup…

Pourquoi le choix d’utiliser la vidéo sur scène ?

C’est surtout dû au fait que je viens de la scène vivante, avec des instruments … j’avais pas très envie qu’il ne se passe rien sur scène, que je sois tout seul comme ça avec mes machines. J’avais envie de travailler sur quelque chose de plus profond qui mélange les arts sur scène. C’est pour ça que depuis le tout début je travaille avec Laetitia Bely qui s’occupe de la vidéo qui elle aussi improvise avec pas mal de matières géométriques. C’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur car ma musique a quelque chose de planant et la vidéo permet de plonger le spectateur un peu plus dans cet état.

Tes projets pour la suite  ?

Je sors un prochain EP en janvier. Après j’ai beaucoup de projets différents qui mêlent les arts. J’ai par exemple un projet de composer un CD uniquement dans le Transsibérien pendant 15 jours de voyage. On va essayer d’emmener tous le matos là-dedans avec une équipe de cinéma et composer uniquement là-bas en s’inspirant des paysages, des rencontres… J’ai beaucoup de projets de ce genre, ça va être une année bien chargée (rires).

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