L’instant conte – Baba Yaga la multiple

Affreuse ogresse, ignoble sorcière, Baba Yaga inspire la terreur chez les plus jeunes. Semblable à la sorcière des contes ouest-européens par bien des points, elle n’est pourtant pas une mégère ordinaire.

Le personnage de Baba Yaga apparait dans des centaines de contes et légendes populaires en Russie, Biélorussie, Ukraine et plus largement dans le monde slave. Vivant dans une maison montée sur des pattes de poulet, Baba Yaga attrape les petits enfants afin de les faire rôtir. Elle est aidée dans sa mission par les animaux, les arbres et différents objets enchantés qui tous lui sont fidèles. Mais c’est une femme cruelle. Sa méchanceté pousse parfois ses domestiques à se retourner contre elle et à prendre le parti d’une enfant douce et aimable qui échappe alors à la mégère.

Si elle est souvent décrite comme une sorcière cannibale et monstrueuse, Baba Yaga a aussi un côté plus positif. Dans Baba Yaga: The ambiguous Mother and Witch of the Russian Folktale, de Andreas Johns, on apprend ainsi que Baba Yaga est une figure maternelle importante du folklore slave, qui réunit en elle plusieurs divinités païennes. Protectrice de la forêt et des animaux, elle s’apparente notamment à la déesse de la terre.

Contrairement aux personnages de contes traditionnels, souvent manichéens, elle n’est ni complètement blanche, ni complètement noire. Grâce à sa personnalité affirmée et à son rôle de maîtresse-femme, elle revendique un libre-arbitre qui lui est propre.

“Elle est sa propre femme, une mère parthénogénétique qui décide au cas par cas si elle va tuer ou aider ceux qui se rendent dans sa demeure” – Avant-propos de Baba Yaga, la sorcière sauvage de l’Est dans les contes russes, de Sibelan Forrester.

L’impulsive Baba Yaga est aussi insaisissable. Certains contes parlent d’elle comme une seule et même entité, tandis que d’autres récits évoquent 3 sœurs. Selon l’histoire, la sorcière peut vivre seule ou avoir des filles, sans que l’on sache qui est leur père. Elle peut aussi être remplacée à sa mort par une autre Baba Yaga, une femme de son espèce. Unique ou multiple, la Baba Yaga hante l’imaginaire slave. Et effraie toujours petit·e·s et grand·e·s.

Marie Daoudal

Grande voyageuse (en devenir). Passionnée par la littérature et les langues étrangères. Dévoreuse de chocolat. Amoureuse éperdue de la vie et de la bonne bouffe. "Don't let the seeds stop you from enjoying the watermelon"

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