« Notre vie dans les forêts », de Marie Darrieussecq – Troublant miroir

Dans son nouveau roman, Marie Darrieussecq imagine un monde dystopique et pourtant pas si lointain du nôtre, peuplé de clones et de robots, dans lequel une femme cherche un sens.

Le nouveau livre de Marie Darrieussecq s’ouvre dans une forêt. Une femme, Marie, ou plutôt Vivianne, commence à raconter comment, de psychologue, elle a finit par devenir fugitive dans la forêt, pour fuir un monde qui ne tourne plus rond. En quelques mots, Marie Darrieussecq plonge le·a lecteur·rice dans un monde futuriste et dystopique, qui ne semble pourtant être qu’un miroir déformant de notre époque. Les robots se sont développés, tandis que les humain·e·s les plus riches disposent d’un clone, appelée moitié, servant de réserve à organes. Ce monde inquiétant semble tellement probable que la narratrice nous le décrit de manière réaliste comme si elle le décrivait à un·e lecteur·rice de cette époque. Tout spectaculaire est exclu et la langue devient automatique et froide.

Ce qui intéresse particulièrement Marie Darrieussecq dans la description de ce monde n’est pas tant ce monde lui-même, dont il subsiste nombre de parts d’ombres pour le·a lecteur·rice, mais plutôt comment une femme s’adapte à son monde, par son corps et son intellect. À la manière de Truismes, l’excellent premier roman de l’écrivaine française, le corps de la narratrice est au centre de ce récit. Un corps mutilé et recomposé, d’organes et de puces greffés. Cette mutilation et cette recomposition touchent directement le récit, qui est gagné par les trous, les hésitations. La perception intellectuelle du lecteur·rice s’en trouve faussée tout comme celle de la narratrice, privée d’un œil et coincée dans un monde et dans un corps qu’elle ne comprend plus.

Avec ce nouveau roman fascinant, Marie Darrieussecq prouve son talent à raconter des histoires bizarres et à interroger notre rapport au monde et aux autres.


Crédit photo : Ji-Elle (CC-BY)

1 commentaire
  1. avec cet article vous nous faites également plonger dans le nouveau monde du genre du trans genre enfin tout devient bien compliqué; il va falloir ré écrire les règles je trouve cela un peu ridicule sauf bien sûr le respect des femmes genre genre mes voisins dans la file d’attente qui ne cessaient tous les trois mots de commencer leurs phrases (ou presque phrase) en disant “genre” ;drôle de genre, cette époque ;l’adelphité du langage va son chemin