Les Parapluies d’Erik Satie : une lecture atypique et audacieuse

Les Parapluies d’Erik Satie de Stéphanie Kalfon est sorti aux Editions Joëlle Losfeld le 9 février 2017. Cet ouvrage aussi original que le musicien qui en fait le sujet bouscule les yeux et émerveille les oreilles qui n’auront qu’une envie après la lecture : aller écouter ou réécouter Satie.

« Je suis né trop jeune dans un monde trop vieux. »

La tristesse. Vaste sujet qui a fait couler de l’encre, des élégiaques de l’Antiquité aux Romantiques européens du XIXème siècle. Mais la tristesse du pianiste du Chat noir (1866-1925), dans Les Parapluies d’Erik Satie de Stéphanie Kalfon est une tristesse qui, tour à tour, devient folie, musique, fantaisie, et puis, certes, misère. Erik Satie a payé son refus des règles par l’incompréhension de ses pairs et par la solitude dans les rues de Montmartre que nous sillonnons avec lui. L’auteure a voulu créer un livre autour du lien entre malheur et création en racontant la vie d’Erik Satie, ce musicien grandiose ayant fréquenté Cocteau et Apollinaire, le névrosé aux douze parapluies, l’homme lucide jusqu’au désespoir. « Je suis né trop jeune dans un monde trop vieux. » confesse-t-il, en paraphrasant le romantique Musset et son fameux vers : « Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux ».

Des ruptures dans la langue

Par delà cette tendresse, l’écriture Stéphanie Kalfon est vivace : des retours à la ligne fréquents, des majuscules, des vocables anglais qui viennent rompre avec surprise le rythme de la langue française. Son récit se mêle aux écrits du compositeur, faits d’expressions littérales rappelant Boris Vian ou Lewis Caroll : « Je m’en vais m’asseoir au coin de mon froid », ou encore « et la clé de sol il n’y en a jamais au sol j’ai rien trouvé sur le sol ». L’œil accroche sur la page :

« LES COMPOSITEURS NE DOIVENT PAS ÊTRE AU SERVICE DES RÈGLES ! »

C’est donc une lecture à l’image des gymnopédies de Satie qui nous est proposée : atypique et audacieuse.

Hortense Raynal

Rédactrice Maze Magazine. Passée par Le Monde des Livres.

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés