L’Homme des bois de Pierric Bailly : la littérature comme épitaphe

L’Homme des bois est publié chez P.O.L. en février 2017. Par une écriture puissante mais sobre, c’est un hommage au père, comme un tombeau, qui est livré par Pierric Bailly.

Une « autofiction en milieu rural », c’est ainsi que Pierric Bailly désigne L’Homme des bois. L’auteur de trois autres livres parus chez P.O.L. plante en effet son décor dans la petite ville de Lons-le-Saunier, capitale du Jura dont il est originaire.

« Ce jour-là, le paysage est différent des autres fois. Il a neigé ces dernières semaines. Une mousse d’un vert fluorescent enveloppe les troncs d’arbres, les branches et les rochers. Des tapis d’ail sauvage se faufilent entre les ronces. Surtout, la source crache. »

Le cadre se trouve être surtout les alentours sauvages et dangereux de la ville qui voient le spectacle d’une mort mystérieuse, celle de son père. Pierric Bailly maîtrise l’art de la description champêtre lorsqu’il revient sur la « sépulture naturelle » de celui qu’il croyait voir devenir centenaire. Il donne à entrevoir délicatement et froidement à la fois, par sa prose blanche, simple et épurée, le désarroi de ce deuil étrange et sans corps. « Je ne l’ai pas vu, je ne connais pas le jour exact de sa mort. […] Je connais le point de départ et le point d’arrivée, mais il me manque le ressort, la cause, l’explication. » Aussi la littérature permet-elle, ici peut-être, de donner du sens à la perte d’un être cher en y apposant les mots guérisseurs.

Hortense Raynal

Rédactrice Maze Magazine. Passée par Le Monde des Livres.

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