Quand polar rime avec politique…

Du 31 au 2 avril, Lyon accueillait une flopée d’auteurs et de passionnés venus assister à la treizième édition des Quais du Polar. Au programme, conférences, séances de dédicaces et enquête littéraire. Mais cette année, la littérature n’était pas la seule à l’honneur. Alors que la présidentielle approche, le festival ne pouvait pas passer sous silence l’actualité politique. D’autant que celle-ci forme la trame de nombreux romans noirs.

Une chapelle. Une estrade. Une énigme : la littérature a-t-elle sa place en politique ?

Des personnalités politiques et littéraires sont venues à Lyon pour résoudre ce mystère. Eva Joly, ancienne juge d’instruction et députée européenne présente son second thriller politique, French Uranium, co-écrit avec l’auteur Judith Perrignon. Celle-ci se tient à ses côtés, souriante. À leur droite, Vincent Peillon, également député, déclare « écrire pour sortir de la politique ». Il est ici pour parler de son nouveau roman, Un chinois à Paris, l’histoire de Mrs Butterfly revisitée. De l’autre côté de l’estrade, l’auteur et journaliste Thomas Bronnec évoque son dernier livre En pays conquis, une fiction politique sur les « évolutions idéologiques de la droite ». Tous considèrent que littérature et politique sont liées.

« Par la fiction, j’ai eu l’impression de pouvoir mieux parler du réel » témoigne Judith Perrignon. Pour elle, les livres permettent d’expliquer « des choses très compliquées qu’on ne comprend pas forcément autrement, même en lisant un article de journal ». Grâce à la littérature, hommes et femmes politiques peuvent évoquer les thèmes qui leur tiennent à cœur. Par la plume, ils font passer des messages de manière beaucoup plus ludique que ne le font les articles de presse. Car c’est un fait ; on lit la presse pour s’informer. On lit un polar pour se divertir et se faire plaisir. Un journaliste écrit rarement des phrases à la Proust. Son but, c’est l’efficacité. Il est d’ailleurs souvent limité par un nombre de caractères imposés et une deadline contraignante. Le roman, en revanche, n’a que faire de toutes ces contraintes, du moment que l’intrigue et l’écriture sont au rendez-vous.

La fiction serait même parfois plus convaincante qu’un article ou qu’un programme politique. « La force du roman, c’est le personnage, car avec lui on incarne vraiment les choses » explique tranquillement Judith Perrignon. Sur ce point, tous s’accordent. Le roman permet au lecteur de s’identifier au personnage, ce qui est capital.  « En politique-fiction, on peut parler des sentiments des personnages et de leur vie privée, alors que la presse s’interdit de le faire, à raison d’ailleurs » souligne Thomas Bronnec. Certes, le roman, de par sa nature même, n’a pas vocation à convaincre. Néanmoins, il peut sensibiliser le lecteur à des « thèmes familiers ». En écrivant French Uranium, Eva Joly n’avait d’autre envie que de partager ses connaissances de la Françafrique et du monde de la finance. Sa carrière d’écrivaine est donc entièrement liée à son métier de juge et de femme politique. Elle le dit d’ailleurs elle-même: « J’aimerais que Judith et moi devenions les John Le Carré du livre géopolitique ». Comme l’auteur américain, Eva Joly souhaite proposer une critique constructive des maux de nos sociétés et y sensibiliser le public.

Car les livres pointent du doigt « les grandes tendances » de nos sociétés. Pour écrire, Eva Joly ou Thomas Bronnec s’inspirent du réel, mais ne travaillent pas à partir de faits précis. Et c’est cela qui fait leur force. « Les articles politiques cachent souvent l’essentiel » explique l’ex-journaliste Judith Perrignon. « Le journal est avant tout une chronique de la lutte pour le pouvoir. Or, la politique ne se résume pas qu’à cela » acquiesce Thomas Bronnec. Face aux journalistes, condamnés à informer sans relâche, les auteurs peuvent prendre du recul et dégager les structures des évènements.

En s’inspirant de la « vraie vie » sans pour autant s’obliger à la relater dans ses moindres détails, les romans politiques peuvent se rapprocher très fortement de la réalité. Eva Joly l’affirme, son premier livre sur les paradis fiscaux, Les yeux de Lira, était « prémonitoire ». Parfois, la fiction est même « dépassée par la réalité ». Espionnage, blanchiment d’argent et corruption sont les ingrédients d’un bon roman policier. Mais ce sont aussi ceux des scandales politiques actuels. Ne l’oublions pas ! Une chose est sûre, la littérature sera toujours là pour nous le rappeler…

Marie Daoudal

Grande voyageuse (en devenir). Passionnée par la littérature et les langues étrangères. Dévoreuse de chocolat. Amoureuse éperdue de la vie et de la bonne bouffe. "Don't let the seeds stop you from enjoying the watermelon"