Les cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini, Envol d’émotions orientales

Aujourd’hui, abordons un sujet déplaisant mais certes nécessaire. La guerre, de tout temps, a fait d’innombrables ravages. Énormément de livres relatent les faits historiques, le pourquoi du comment, mais combien d’ouvrages racontent la souffrance des populations qui n’ont jamais voulu de ces conflits ? L’un des meilleurs livres qui traite du sujet est certainement le best-seller de Khaled Hosseini Les cerfs-volants de Kaboul. Focus. 

« Les enfants ne sont pas des livres de coloriage. Tu ne peux pas les peindre avec tes couleurs préférées. »

Khaled Hosseini est un auteur né à Kaboul en 1965. Il est médecin, parle couramment français, afghan et anglais. Il est le fils d’un diplomate et a donc beaucoup voyagé durant son enfance. Au moment de retourner en Afghanistan, en 1980, ses parents decident de fuir le régime soviétique qui y est instauré, et partent vers la Californie.  Son roman « Les cerfs-volants de Kaboul » connait un succès ininterrompu depuis sa sortie en 2003.

Années soixante-dix, Afghanistan. Amir est le fils d’un riche commerçant et propriétaire de Kaboul. Il vit dans la plus belle villa des environs avec son père, Baba, son domestique, Ali et le fils de son serviteur, Hassan. Il entretient avec ce dernier une relation presque fraternelle et ne voudrait en aucun cas s’en séparer. Seul problème : leur amitié est rendue impossible par leurs différences d’ethnies.  Hassan est Hazara, peuple très mal vu par l’élite kaboulienne, alors qu’Amir est Pachtoun. L’un est chiite, l’autre sunnite. Tout les sépare, et pourtant ils sont indissociables. Jusqu’au jour où Amir commet l’irréparable, durant l’été de ses treize ans : il abandonne Hassan à un sort dramatique. Des années plus tard, alors qu’Amir est exilé aux Etats-Unis, une voix qu’il connait bien lui dit au téléphone qu’il existe un moyen de se racheter. Cette quête inachevée va mener le héros sur les traces de son passé, de son pays ravagé et de cette amitié intacte malgré les épreuves.

Les personnages principaux sont les deux enfants et amis, Amir et Hassan. Leur relation est assez complexe puisqu’au delà des liens amicaux qu’ils entretiennent, il existe entre eux un rapport dominant/dominé. En effet, Hassan est le serviteur d’Amir, ce qui peut parfois rendre ces rapports assez malsains. Ainsi, au lieu de se réveiller à la même heure qu’Amir, Hassan doit sortir de son lit aux aurores pour préparer le cartable de son ami et cuisiner son petit déjeuner. Ce sont autant de petits détails quotidiens qui creusent le fossé entre eux. Pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître, Hassan n’est absolument pas jaloux de son ami, c’est même Amir qui se sent menacé par la présence de son domestique. C’est là qu’apparaît le père d’Amir, Baba. Il est une des figures centrales du roman. Représentant de l’orient masculin du XXème siècle, il est misogyne, vieux jeu et ne sait pas s’occuper de son enfant. C’est là le grand drame de la vie d’Amir ; son père ne lui apporte aucune affection. Pire encore, il est plus paternel avec Hassan qu’avec lui ! Les associations de genre, la sincérité avec laquelle Hassan peut s’exprimer, les douleurs psychologiques d’Amir, le machisme de Baba,… Tout se marie à la perfection. Il n’y a aucune faute de gout, aucune exagération dans la façon de se comporter des principaux protagonistes. Ils sont humains, ne cherchent pas à être exceptionnels, ils ont leurs défauts, et on s’identifie très facilement à eux. C’est certainement le point fort de cet ouvrage.

Le roman est rédigé dans un style assez simple, facile d’accès. Le vocabulaire est assez soutenu mais on se sent tout de même proche des événements ; certaines formulations nous rappellent que l’histoire aurait très bien pu nous arriver. Les passages liés à l’enfance nous donnent tout particulièrement cette sensation. Il y a notamment celle-ci : « Les enfants ne sont pas des livres de coloriage. Tu ne peux pas les peindre avec tes couleurs préférées. », un parfait exemple de la proximité entre l’auteur et le lecteur. L’emploi de la deuxième personne nous met devant le fait accompli et soulève des interrogations sur les manipulations qui peuvent s’opérer sur les enfants. Des constats terribles, toujours liés à l’enfance, nous mettent aussi en garde sur ce que nous ferons de notre avenir : « Si les enfants sont nombreux en Afghanistan, l’enfance, elle, y est quasi inexistante. » Il y a aussi un certain nombre de phrases prononcées par Baba qui rappellent la haine des Afghans pour les religieux bornés. On se souviendra tous du fameux « Je pisse à la barbe de ces singes imbus de leurs dévotions. Ils ne font qu’égrener leur chapelet et réciter un livre écrit dans une langue qu’ils ne comprennent même pas. Que Dieu nous aide si l’Afghanistan tombe un jour entre leurs mains. » Le livre est clairsemé de ces petites phrases sanglantes mais néanmoins pleines de sens, et c’est ce qui en fait toute l’intelligence. Mais que serait un livre intelligent sans un peu de beauté ? Les paysages si bien décrits dans la première partie du livre plongent le lecteur dans un univers aux couleurs d’or, dans des chemins pavés de miel et d’épices en tout genre. « Nous courrions alors observer la lente procession de ces hommes aux traits burinés, couverts de poussière, et de ces femmes arborant de longs châles colorés, des colliers, ainsi que des bracelets en argent autour des poignets et des chevilles. ». Le Kaboul décrit avant tous les renversements politiques est absolument magnifique. On se sent comme dans un rêve éveillé, au fin fond d’un pays que l’on n’a jamais visité mais que l’on a l’impression de connaître depuis des années. Et même après des années d’exil, la ville ravagée garde une certaine poésie. L’auteur manie les mots avec une droiture incroyable, les phrases défilent sans jamais nous essouffler. Tout est fluide, limpide, c’est comme lire à travers du cristal.

Comment ne pas adorer ce livre aux couleurs si bien marquées. Des tons orangés de l’orient resplendissant, on passe au rouge sang des atrocités de la guerre, puis au bleu azur du ciel de Californie, pour enfin revenir au gris morne d’une cité détruite. De bout en bout, ce livre charme, il transporte dans des univers émotionnels inconnus, il manipule, étonne, mais ne blesse jamais. Tout est le reflet de la réalité dans le regard d’un enfant perdu et innocent.

En conclusion, on peut dire que « Les Cerfs-Volants de Kaboul » de Khaled Hosseini est certainement l’un des meilleurs romans traitant des horreurs qu’a subi l’Afghanistan. Ce portrait fidèle d’un pays ravagé n’est autre qu’un chef-d’oeuvre qui mérite son succès. Les personnages autant que le style atteignent le lecteur en plein cœur. Il est à conseiller à quiconque veut voyager dans le temps et dans l’espace tout en laissant libre cours à son imagination.

Sofia Touhami

Directrice de la communication, tout droit venue de Belgique pour vous servir. Passionnée de lecture, d'écriture, de photographie et de musique classique.

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