« La battue », plongée au coeur des Ardennes

À l’occasion de la Foire du Livre de Bruxelles, nous avons eu l’occasion de nous replonger dans les ouvrages qui ont fait le succès de certaines maisons d’éditions. Retournons ensemble sur l’un des grands textes des éditions Memory Press.

Sur le stand des éditions éclectiques fondées dans le Luxembourg belge à la fin des années nonante (oui, chez eux, on dit nonante et ils mettent un point d’honneur à le rappeler), on trouve de tout. Des thrillers aux tranches de vie, en passant par la fantaisie et le surréaliste, tout y passe. Un point commun réunit tous les ouvrages édités chez Memory : la volonté de mettre en avant des nouveaux auteurs à qui l’on est convaincus qu’il faut laisser une chance. Parmi les œuvres disposées sur le stand, on a retrouvé une petite perle sortie en 2010 qui vaut encore son pesant d’or. La Battue, d’Armand Henrion, a capté notre attention.

Le chauvinisme français a tendance à faire oublier qu’il existe un monde en dehors des frontières de l’hexagone. Un monde qui, parfois, porte des noms similaires aux territoires qui divisent la carte de France. Ainsi, la Belgique a elle aussi ses propres Ardennes, un peu plus forestières et denses que celles du pays voisin. Au cœur de ces forêts vallonnées se déroule l’une des aventures de l’inspecteur Juste, héros policier de l’auteur Armand Henrion.

Tout commence par une randonnée dominicale dans les bois. Sous les pas d’un célibataire endurcis, on découvre la moiteur de la mousse ardennaise, entre chênes robustes et cour d’eau slalomant. Puis soudain, c’est le drame, un corps découvert au bord de l’Ourthe, une grande panique et l’incompréhension. C’est le début d’une chasse à l’homme, au sens propre comme figuré. En effet, en plus de chercher un coupable, l’inspecteur en charge de l’affaire se voit confronté au monde particulier des passionnés de chasse. Trop heureux de pratiquer leur passe-temps, certains d’entre eux versent dans l’illégal et tombent dans le braconnage, interdit, lui. À pas de loups, entre les renards, l’inspecteur Juste tente de percer le mystère du tueur à l’arme acérée qui sévit dans sa province.

C’est toujours un plaisir de se plonger dans une enquête policière, d’autant plus quand elle est crédible et savamment dessinée. Non seulement on s’y croit, mais en plus on ne peut pas en décrocher. Au fil de l’enquête, on découvre le métier de policier belge, la nature foisonnante des environs, les états d’âme d’un homme que la vie a tenté d’abandonner sans succès, les méandres de la pensée des chasseurs expérimentés. Tout concorde et tout concourt à élaborer un roman digne de ce nom, plein de suspense et d’intrigues intelligemment imbriquées. C’est une réelle joie de se replonger dans ce roman qu’on avait presque oublié, à tort, quelques années après sa sortie. Il pointe à nouveau le bout de son nez avec toute la candeur des premiers émois d’un homme passionné par son métier et déterminer à venir à bout de son enquête. Ni ennuyeux ni fallacieux, La Battue sert d’exemple à tous ceux qui voudraient se lancer dans la rédaction d’un bon roman policier. Tout s’y trouve rassemblé pour former une oeuvre de genre digne de ce nom.

Sofia Touhami

Directrice de la communication, tout droit venue de Belgique pour vous servir. Passionnée de lecture, d'écriture, de photographie et de musique classique.

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