« Itinéraire d’un singe amoureux » – La quête littéraire d’un écrivain

Par son exil aux États-Unis où l’auteur a découvert ses premiers ébats amoureux et engagements politiques, Itinéraire d’un singe amoureux symbolise le chemin d’un écrivain souhaitant passer à l’écriture. 

Cet itinéraire est avant tout le voyage passionnant d’un Indien ayant quitté sa terre natale pour réaliser une thèse à l’université de Columbia. Il découvre une manière de vivre différente de la sienne. Il exprime ses premières expériences de jeune adulte ne pouvant laisser un lecteur indifférent ; il explore l’amitié, l’érotisme mais surtout l’amour. Avant d’être un livre sur ses expériences d’étudiant, c’est avant tout une encyclopédie amoureuse qu’il tente d’écrire. Il décrit plusieurs passions distinctes par ses différentes relations avec des femmes. Itinéraire d’un singe amoureux est un roman rythmé par ses amours, de ses débuts jusqu’à la rupture, pour ensuite revenir aux débuts d’une nouvelle relation. Le récit débute ainsi avec un premier chapitre dédié à son premier amour, Jennifer, pour se terminer sur son aventure avec Cai Yan au dernier chapitre. 

L’exil pour s’instruire

Cet ouvrage n’est cependant pas un livre sentimental mièvre puisqu’il n’est pas éloigné d’un certain engagement politique. Son récit est parsemé de référence aux débats qui déchirent l’Amérique à cette époque-là. Nous y entendons judicieusement à travers la radio de sa voiture le racisme présent chez la classe politique ou l’antimilitarisme par les manifestations organisées par ses amis contre le ROTC (Reserve Officiers’ Training Corps) sur son campus. En côtoyant des amis politisés, le narrateur forme son engagement politique et se fait le témoin politique de l’Amérique des années quatre-vingt-dix. Il accorde d’ailleurs une certaine importance à la thématique dans ses travaux. Il écrit notamment : « En tant qu’étudiants doctorants, nous faisions preuve d’un acharnement zélé à comprendre le monde contemporain, mais ce que nous revendiquons, en réalité, c’était notre place dans l’avenir ». Il se fait alors l’écho de la future génération des millenials, par sa soif de reconnaissance et de jouissance. 

A la recherche des images 

Amitava Kumar retrace dans cet ouvrage les étapes du chemin qu’il a parcouru pour accéder à l’écriture. Le roman débute par des bribes de son enfance. Il raconte la promesse qu’il s’était faite de devenir un artiste lorsqu’il vivait encore en Inde : « Lorsque j’étais écolier à Patna, je voulais devenir artiste parce que l’étendue placide du Gange près de ma maison – où passait de temps à autre un bateau solitaire à la voile sale, arborant parfois un fanion rouge – me semblait belle et plutôt facile à dessiner. Mais bien sûr, c’était loin d’être facile. » Tout comme Chateaubriand est allé en Terre Sainte « pour chercher des images », Amitava Kumar semble avoir traversé le Pacifique pour cette même raison. Il tente de saisir des images par ses expériences nouvelles, pour ensuite les faire partager.  

Cet exil volontaire lui offre alors l’inspiration voulue que lui permettra d’écrire. Par le biais d’un dialogue avec ses amis, l’auteur nous dit : « L’exil, s’il constitue étrangement un sujet de réflexion fascinant, est terrible à vivre ». L’exil est ainsi l’arbre fruitier apportant la connaissance face à l’émerveillement que procure sa nouvelle vie, mais il amène également une certaine solitude qu’il tente de retrouver par ses aventures amoureuses. Il a conscience qu’il ne peut écrire sans matière. Chacune de ses expériences paraît donc être une nouvelle étape pour exprimer de nouvelles émotions qu’il pourrait nous transmettre à travers ses productions futures. Il tente alors d’évoquer les différentes formes de passion qui ont pu exister avec Jennifer, Nina ou encore Cai Yan. 

Le narrateur ne se contente pas seulement de faire son éducation littéraire par ses expériences, mais aussi par ses lectures. Il évoque alors ses voyages littéraires chez Nina, de Angela Carter ou de Genêt. Il y dévoile ses émotions devant certains livres de Kundera. L’artiste ne se satisfait pas alors d’écrire un livre sur sa vie, mais sur sa conception littéraire qu’il souhaite parfaire en admirant ou critiquant certains ouvrages. Ses expériences et l’étude des grands écrivains devaient être des étapes préparatoires à sa quête pour devenir écrivain tout en évoquant aussi ses premières expériences d’écriture. Il y montre ses premières difficultés à trouver la simplicité qu’il trouvait par exemple chez Neruda.  

Sa renaissance par l’amour

Évoquer sa quête littéraire c’est aussi évoquer ses aventures amoureuses qui font partie intégrante de sa construction personnelle pour devenir écrivain. Ses expériences sentimentales lui permettent de découvrir de nouvelles passions et sentiments, comme nous l’avons évoqué, mais aussi ses différents modes de vie qui lui ont permis de se comprendre et de s’appréhender. A chaque relation, l’auteur change au gré des femmes qui partagent son quotidien.  Au moment de sa rupture avec Jennifer, il écrit : « Nous avions saisi l’occasion d’être heureux. Elle m’avait fait changer et je l’avais fait changer en retour ».  Chaque nouvelle relation le fait renaître et lui permet de s’engager sur différentes manières d’écrire, en fonction des femmes qui rythment l’Itinéraire

Nous comprenons ensuite que c’est l’amour qui lui a permis d’avoir le courage d’écrire. Il termine son roman par : « Je désirais ardemment revenir sur ce que j’avais laissé de côté dans ma thèse. Je voulais écrire sur l’amour. Pas seulement l’histoire d’un seul amour – son début ou sa fin –, mais l’histoire de l’amour en général, et la façon dont elle est hantée par la perte. » Les différentes ruptures amoureuses qu’il a pu connaitre constituent à la fois l’élément déclencheur de son passage à l’écriture d’un roman, mais aussi incarnent sa volonté d’exprimer une « encyclopédie amoureuse » à travers son ouvrage, en réunissant toutes ses passions différentes au sein d’un même roman. 

Cette œuvre d’Amitava Kumar est teintée d’une passion créatrice, déchainant alors ses pulsions amoureuses et son désir de reconnaissance. Cette profusion de sentiments qui émaille ce roman ne peut pas rendre insensible un lecteur. 


Itinéraire d’un singe amoureux d’Amitava Kumar aux éditions Gallimard publié le 7 mars, 22€. 

Pas encore de commentaires

Laissez un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.