« En camping-car » – Un road-trip qui tient la route

En camping-car d’Ivan Jablonka nous fait voyager au grand air, cheveux au vent. Ambiance années 80 et joies enfantines se mêlent dans cet ouvrage, qui oscille entre l’autobiographie et le traité d’histoire contemporaine.

Sur la route de Jack Kerouac, Las Vegas Parano de Hunter S. Thompson (le père du gonzo journalisme), Voyage avec Charley de Mark Twain, Acid Test de Tom Wolfe… Dans tous ces romans, on retrouve le même amour du moteur et de la vitesse. Voitures, motos et camping-cars y sont représentés comme les compagnons les plus fidèles du voyageur. Des véhicules presque humains, qui servent et protègent leurs maîtres en échange de quelques litres de gazole engloutis goulûment.

En camping-car, le dernier livre de l’historien et écrivain Ivan Jablonka, reprend les codes de cette littérature du voyage. Dans leur Combi Volkswagen, le petit Ivan et son frère se sentent libres, insouciants. Chaque été, ils sillonnent les routes d’Europe avec parents et amis. Le camping-car avale les kilomètres, à la recherche des meilleurs « spots », ces endroits où ils peuvent s’arrêter quelques jours. C’est pour eux le moment le plus heureux de l’année : l’engin est leur palais, la plage leur terrain de jeux.

En bon historien, Jablonka ne se contente pas d’évoquer quelques réminiscences de sa jeunesse. Il reprend méthodiquement les événements qui l’ont construit. Petite et grande histoire se mêlent pour former un seul et même récit. Il y a les difficultés rencontrées par sa famille, juive, au moment de la Seconde Guerre mondiale. Et celles qu’ont dû affronter les Hébreux au cours des siècles. Et il y a sa vie d’enfant, à lui, simple et même assez banale pour l’époque. Grèce, Portugal, Italie, Maroc… De juillet à août, la famille est nomade. Une forme de vagabondage moderne qui s’inscrit dans une longue tradition juive d’errance et de voyages.

Tout est documenté : l’écrivain reprend des événements historiques, qu’il confronte à ses propres carnets d’enfant. Il récupère également les témoignages de ses parents, retrace des itinéraires empruntés dans sa jeunesse, se laisse envahir par des souvenirs parfois vagues, ou étonnamment précis.

En camping-car est un livre personnel, doux, empreint d’une nostalgie un peu grisante. Lorsque Jablonka cite Carmen, en bande-son de ses périples, il invite le lecteur à prendre part au voyage :

« Le ciel ouvert, la vie errante / Pour pays, l’univers / Et pour loi, sa volonté / Et, surtout, la chose enivrante : / La liberté, la liberté ! »

Et cette liberté est célébrée tout au long des pages…

 


 

En camping-car de Ivan Jablonka (éditions du Seuil, 2018), 192 pages

Marie Daoudal

Grande voyageuse (en devenir). Passionnée par la littérature et les langues étrangères. Dévoreuse de chocolat. Amoureuse éperdue de la vie et de la bonne bouffe. "Don't let the seeds stop you from enjoying the watermelon"

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