L’instant conte avec Hoffmann

Mars, mois portant le nom du dieu romain de la guerre mais aussi annonciateur de jours nouveaux, de la reverdie qui entame lentement sa course et qui laisse les frimas côtiers derrière elle pour des promesses d’aubes et de vie. Ne saurait faire honneur à ce mois si riche, que le romantisme allemand et l’un de ses contes intitulé Ignace Denner, du bien nommé E.T.A Hoffmann.

E.T.A Hoffmann, doit-on présenter encore ce géant de la littérature dont l’ombre bienfaisante a bercé l’imaginaire de bien des lettrés au travers des siècles ? Météore allemand mort à 46 ans au commencement du XIXème, Ernst Theodor Amadeus Hoffmann fut tour à tour juriste, écrivain, dessinateur et compositeur d’opéra. Être de passions, le feu sacré du romantisme des sources, autrement dit du romantisme allemand Strum und Drang, traduisez en français « élan et tempête », brûlait ardemment en ce créatif rigoureux qui laissa dans son sillage bref, un prolixe héritage littéraire composé aussi bien de romans comme Le Chat Murr, que de ces perles appelées Märchen, qui ne sont autres que des contes.

La veine romantique, saillante chez cet auteur, se retrouve particulièrement dans Ignace Denner qui fut publié en 1816 dans le premier volume des Contes nocturnes d’Hoffmann. L’entreprise de l’auteur dans cette série d’écrits se révèle sous la noirceur des intrigues où se confrontent dans de longues luttes, les êtres simples et lumineux aux personnages tourmentés qui empruntent mille escarpements de l’âme et finissent par se perdre. La chute des protagonistes, inévitable, révèle les ressorts à la fois tragiques et lumineux de ces longs combats silencieux où les apparences trompent mais ne triomphent jamais.

Ignace Denner est l’un de ces innombrables perdus nocturnes, qui sous couvert d’une fausse identité, approche lors d’une nuit rigoureuse, un couple au bord de l’agonie. La main que leur tend ce voyageur étrange cache des griffes acérées qui ne cesseront de se refermer et de blesser les êtres sincères jusqu’à les enserrer dans un étau fatal. L’originalité de ce conte tient notamment en la déformation du cosmos d’abord plaisant, puisque le couple de victimes s’en est allé dans les bois pour bâtir une vie paisible et se retrouve peu à peu encerclé dans ce faux éden, par les ombres inquiétantes du vice et de la corruption. S’éloigner du monde revient alors à s’offrir au malin qui, tapi dans les vastes espaces, mène une veille à toutes épreuves. L’intrigue en cela se déroule sur plusieurs années, suivant l’évolution des protagonistes pour révéler au climax, toute la substance de l’enseignement que se doivent de tirer les victimes de cette mascarade. Ce conte est l’un des exemples de ce qu’est le romantisme noir, bien qu’Hoffmann lui ait donné une fin optimiste.

Disponible gratuitement puisque faisant partie du domaine public, vous pouvez le consulter ICI.

Marine Roux

Maître ès lettres. Passionnée par la littérature et les arts | m.roux@mazemag.fr

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