Ken Follett, avocat de l’immigration

Et si l’auteur gallois était en fait un politique déguisé ? À y regarder de plus près, son oeuvre porte un discours tranché, très orienté lorsqu’on lit entre les lignes.

Comprenons nous bien, il ne s’agit pas ici de politique politicienne, celle qui dégoute et inonde les médias de bas étages dans un flux quotidien d’inepties et de gue-guerre interne.  Le mot politique vient du grec politikè, littéralement les affaires de la cité. À un niveau supérieur, on s’interroge sur le présent et l’avenir commun d’un peuple réuni sous  une même bannière.

Ken Follett est un politique, peut-être même oserons nous le ranger dans la catégorie des auteurs engagés. À première vue, son oeuvre n’a rien de militant. Pour rappel, on le connait majoritairement pour sa trilogie du Siècle qui emmène le lecteur de la Première Guerre mondiale à la Guerre Froide en passant par la Seconde Guerre. Mais on le connait aussi et surtout pour la série des Piliers de la Terre, nettement plus datée puisque l’intrigue des trois tomes se déroule à différents moments du Moyen-Âge – la croissance, la peste et le temps des grandes conquêtes.

Ses romans historiques se construisent toujours de la même façon et varient pourtant tous les uns des autres – c’est ce qu’on peut appeler le génie de l’écriture. D’abord, on plante le décor. Kingsbridge, à son époque, avec ses bâtiments. Puis on installe les personnages. Une famille, puis une autre, puis les voisins, puis les religieux, puis les puissants, puis le monarque. Tous évoluent dans le même temps et ne se connaissent pas, et pourtant ils seront amenés à se rencontrer.

Des héros à la mobilité mondiale

Comment diable un petit maçon du fin fond de l’Angleterre peut-il être une métaphore politique ? En incarnant la migration bien entendu. Les personnages de Ken Follett se baladent, errent parfois de village en village, de ville en ville, voire de pays en pays. Au moment où il n’a plus rien à manger et que son sieur le chasse de chez lui, Jack quitte sa maison et s’en va vers la ville de toutes les attentes, où il apportera sa pierre à l’édifice des Pilliers de la Terre. Lorsque la peste gronde, Caris d’Un Monde Sans Finquitte Kingsbridge pour rejoindre la France et marcher sur les pas de ses consoeurs du couvent. Quand c’est un savoir faire mécanique qui manque, Barney laisse derrière lui le domicile familial pour marcher tout droit direction Seville, où il apportera son expertise à la construction de four à acier.

La mobilité n’est entravée par rien ni personne. Tant bien que mal, chaque personnage se fait comprendre par son pays d’accueil dans une langue qu’il apprendra petit à petit à maitriser. Ces aller et venues entre les mondes européens des temps anciens nous montrent que l’immigration n’est pas une nouvelle problématique. Au contraire, lorsque les affaires n’étaient pas suffisamment florissante, les personnages européens de pure souche de Ken Follett n’hésitent pas à aller voir ailleurs si l’herbe n’est pas plus verte.

Rien ne se met en travers de la migration, certainement pas des restrictions politiques ou des quotas imposés. Les personnages vont et viennent, au gré  des opportunités professionnelles. Sans forcément fuir la famine, la guerre ou le climat, ils partent à la recherche de nouvelles possibilité. À travers le prisme du passé, Ken Follett ne nous invite-t-il pas à admettre que chacun a sa place partout dans le monde ? Et que, comme le disait Socrate, nous sommes en fait tous citoyens du monde ? Le message n’est peut-être pas explicite, mais il se ressent à chaque lecture ; les partis blâmant la « migration économique toxique à nos équilibres occidentaux » feraient bien de relire les classiques de leur littérature. Peut-être y trouveraient-ils de l’inspiration pour une nouvelle façon de penser le monde, sans frontière, si ce n’est celles de la nature. 

Sofia Touhami

Directrice de la communication, tout droit venue de Belgique pour vous servir. Passionnée de lecture, d'écriture, de photographie et de musique classique.

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