Des femmes et de la résistance : les dernières sorties chez Plon

La maison qui nous a offert la publication des romans d’Isabelle Alonso et Francois Bazin revient en force avec deux nouveaux ouvrages qui remplissent toutes les promesses d’une bonne rentrée littéraire. 

Le temps d’apprendre à vivre – Elsa Boublil

L’animatrice de France Musique touche à tout et se lance, avec brio, dans la narration. Son premier roman est une véritable réussite pour quelqu’un qui vient d’un tout autre milieu artistique. Loin du journalisme auquel elle nous a habitué, elle explore les méandres de la narration en empruntant la voix de trois personnages. Trois femmes liées par le sang racontent leur histoire, celle de leur famille, celle de leur patrie, de leur exode,  de leurs émois. Fleur, Nicole et Lila, unies par les liens sacrés de la généalogie, sont toutes trois originaires de Tunis, élevées dans la tradition juive. Fleur est une grand-mère aimante pour son petit poupon de Lila, mais une mère quasi ingrate pour sa fille Nicole, indépendante et moderne. Entre Paris et la Tunisie, Elsa Boublil nous montre que le destin d’une femme ne lui appartient souvent pas. D’abord liées à un mari, puis à un amoureux transi, ces forces de la nature tentent de s’extirper des chaines du destin en se créant leur propre avenir. 

Dans un style adorable, parfois bancal mais on lui pardonne, l’auteure nous invite à plonger dans l’intimité de l’esprit de ses héroïnes. Parfois combattives, parfois résignées, elle s’expriment dans une langue orale rassemblée en un roman court mais efficace. Il ne faut pas plus de quelques heures pour plonger et remonter à la surface. Le sentiment de satisfaction et d’accomplissement à l’issue de la lecture est grand. Grâce à Elsa Boublil, on se sent plus femme, mais surtout plus humain. Ce scénario narré nous porte et nous transporte dans une époque révolue à laquelle on aurait aimé vivre, malgré ses désavantages et ses barrières. 

Colette et Jacques – Olivier Duhamel 

Il est possible de concilier ses deux passions dans la vie : la famille et la politique, en les unissant sous le signe de la littérature. Le politologue et constitutionnalise préféré d’Europe 1 signe son premier roman, en hommage à ses parents, Colette Rousselot et Jacques Duhamel. Depuis le milieu du siècle passé, l’auteur retrace le destin flamboyant de ses aïeuls. D’un côté, une mère au phrasé implacable qui a régné telle une déesse olympienne sur le monde de l’édition. De l’autre, son père, résistant de la Seconde Guerre puis premier conseiller du grand Edgar Faure. Ensemble, ils forment un couple que le tout Paris envie ; amoureux, attachés et attachants, conciliants mais aussi farouchement accrochés à leurs valeurs respectives. 

Colette et Jacques – éditions Plon

Cette fresque biographique et historique se lit très facilement, en dépit de son apparence historique. Après les premières pages truffées de noms et de lieux que l’on pourrait tout aussi bien retrouver dans un manuel d’Histoire, Olivier Duhamel laisse volontiers libre cours à sa verve. Soucieux du détails, il nous emmène sur les traces de la résistance clandestine du Paris occupé, puis dans les méandres de la pensée biscornue des grands politiques de l’après-guerre. Même si le roman souffre de quelques longueurs explicatives, elles ne sont en rien un frein insurmontable à la lecture. On pardonne facilement la prolixité de l’auteur lorsqu’on connait son souci de l’exactitude, audible à l’antenne et lisible dans ses ouvrages universitaires.

Sofia Touhami

Directrice de la communication, tout droit venue de Belgique pour vous servir. Passionnée de lecture, d'écriture, de photographie et de musique classique.

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