Une rentrée littéraire atypique et sincère

Riche, dense, fourni, parfois dru, souvent ahurissant ; le contenu de la rentrée littéraire de ce mois de janvier nous a agréablement surpris, et il surprendra les amateurs de grande littérature, tout comme les néophytes en quête d’apprentissage de la lecture.

Les fêtes de fin d’année sont à peine terminées qu’il faut déjà reprendre le cours normal de nos vies respectives. Au milieu du brouhaha de la vie quotidienne, il y a, à quelques pages de distance seulement, des instants de lumière et des échappées lyriques prêtes à être découverts. Le dépaysement est à une portée de mots, le bonheur à une encablure de chapitre. Dans la masse gigantesque d’ouvrages parus en ce début d’année 2019, quelques titres ont retenu notre attention.

 

Rompre de Yann Moix

On le connaît flingueur de Laurent Ruquier, amateur de complexité, érudit parisien, intellectuel français, fervent défenseur des migrants, passionné des Corées. Ce que l’on ne savait pas de Yann Moix, en revanche, c’est qu’il avait une propension à l’émotion. L’homme aux milles visages médiatiques est d’une sensibilité sans borne. Son nouvel ouvrage est particulier : il s’agit de la retranscription, mot pour mot, d’un entretien qu’a eu l’écrivain avec un journaliste. Au lieu de répondre aux questions traditionnelles de l’interviewer, le cinquantenaire s’est complètement laissé submerger par ses émotions. Il raconte sa rupture, son désarroi, ses chagrins, son vide intérieur. Rien ne sert de relativiser lorsque la beauté du monde peut être observée dans les tréfonds du désespoir amoureux. Rompre  est une ode au chagrin magnifiée. Par sa verve couchée sur papier, Yann Moix nous invite à embrasser nos sentiments les plus vifs. Il y a de la beauté en tout, surtout dans les plaintes sonores et poétiques d’un homme en pleine détresse amoureuse.

Rompre de Yann Moix, éditions Grasset, sorti le 2 janvier 2019 – 13 euros

Arnaud Meyer

À la ligne de Joseph Ponthus

Pour son premier roman, Joseph Ponthus frappe un grand coup. À travers les méandres de la pensée d’un ouvrier à l’avenir incertain, l’auteur nous fait ressentir la dureté de la vie d’intérimaire, la tension qui existe entre attentes et réalité de la vie. Vif d’esprit, le narrateur ne perd pas une miette des événements qu’il vit quotidiennement. Méthodiquement, il les consigne dans ses pages personnelles; pensées dont il prend note à la volée, en revenant sans cesse à la ligne, en recommençant sans cesse le cycle infernal d’une vie monotone et harassante. Le lecteur est emporté dans un tourbillon de finesse, de tristesse, de désarroi. Vivre la vie d’un prolétaire moderne n’a jamais été si poétique et pathétique à la fois. Comme des voyeurs indiscrets, nous plongeons la tête la première dans le vécu d’un homme pour qui la vie n’est plus qu’un enchainement de tâches sans sens. Heureusement, il lui reste sa vivacité d’esprit et sa curiosité culturelle, ainsi que sa soif de vaincre, pour s’en sortir et ne pas sombrer dans la dépression dont pourrait souffrir tout qui se voit embrigader dans les pires emplois à la chaine du fin fond de la Bretagne. Une véritable réussite, dépeignant une réalité crue mais nécessaire.

À la ligne de Joseph Ponthus, édition La Table Ronde, sortie le 3 janvier 2019 – 18 euros

©Philippe Matsas/Opale/Éditions La Table Ronde

Soren disparu de Véronique Biefnot et Francis Dannemark

Le duo d’auteurs belges a encore frappé. Ils font la paire depuis longtemps, leurs ouvrages ont toujours rencontré un succès mérité auprès d’un public toujours plus friands de leurs prouesses littéraires. Écrit à quatre mains, mettant en scène des dizaines d’intervenants, ouvrant les perspectives sur un millier de mondes différents, Soren disparu est l’alpha et l’omega du travail de Biefnot et Dannemark. À travers les témoignages brefs de tous ceux qui ont connu Soren, on apprend à le connaitre, à le découvrir sous toutes ses facettes, clinquantes ou peu reluisantes. Les auteurs nous baladent dans les méandres de ce qui s’apparente à une enquête tant journalistique et policière que narrative. Soren a disparu, sur un pont bordelais un soir, mais ce n’est pas le plus important. Plus la lecture avance, moins on se soucie de savoir où il est allé. Ce qui importe, c’est d’enfin comprendre d’où il vient et comment il en est arrivé à être la personne que ses proches décrivent. Une aventure introspective, à la découverte de la personnalité atypique d’un homme fantasque et singulier.

Soren disparu, au Castor Astral, sortie prévue le 10 janvier 2019 – 17 euros 

Thomas Dannemark
Sofia Touhami

Directrice de la communication, tout droit venue de Belgique pour vous servir. Passionnée de lecture, d'écriture, de photographie et de musique classique.

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