La rentrée littéraire de JC Lattès

Janvier, le mois de la rentrée littéraire, à laquelle n’ont pas échappé les éditions JC Lattès. Plongeons nous dans le meilleur – et le pire – des nouveautés de la maison déjà agée de 50 printemps.

Chez JC Lattès on a souvent, mais pas tout le temps, le flair pour dénicher les prochains succès littéraires. Ce sont eux qui se sont emparés les premiers de la traduction de l’incontournable succès Cinquantes Nuances de Grey. C’est aussi dans cette maison que les prix Nobels Muhammad Yunus, Kazuo Ishiguro et le Professeur Luc Montagnier ont établi leurs quartiers. Plus récemment, l’incroyable best-seller Origine de Dan Brown a à nouveau fait des heureux au pôle des lectures du temple de la littérature. Il était donc légitime de se pencher avec attention sur ce que nous réservait la nouvelle année dans les pages de JC Lattès.

Une Education – Tara Westover

Les maisons d’édition françaises se battent, et le mot est faible, pour obtenir les droits des meilleurs ventes américaines. Elles sont en général l’assurance d’un succès en librairie. C’est Fayard qui a obtenu les droits de Becoming, la fameuse autobiographie de Michelle Obama. Mais JC Lattès n’a pas perdu au change puisqu’ils ont obtenu la traduction et la diffusion du nouvel ouvrage de Tara Westover. Le hasard n’existant pas, Barack Obama lui-même a décrit ce récit comme «  les mémoires remarquables d’une jeune femme qui décide d’échapper à son destin. »

Née dans une famille mormonne, Tara habite sous le toit de ses parents à Buck’s Peak, une montagne reculée de l’Idaho. Elle baigne dans une ambiance ultra-traditionnelle, sans aucun contact normalisé avec le monde extérieur. Elle ne va pas à l’école, n’est même pas en possession d’un acte de naissance. Elle passe son enfance à érrer dans la forêt et la montagne entourant son domicile, aidant occassionnellement sa mère à préparer des décoctions censées guérir les gens de la vallée beaucoup plus efficacement que ces maudits illuminatis de médecins. Il s’agit d’une histoire vraie, celle d’une jeune fille qui raconte jour après jour, années après années, son tiraillement entre l’attachement à un cocon familial toxique, hermite, coupé de la civilisation, et l’envie d’ailleurs, d’extérieur.

D’un côté, il y a la lecture quotidienne des Ecritures et les sermons matinaux du père de famille sur toutes les diableries qui peuplent la ville, des tenues vestimentaires des femmes aux activités professionnelles hérétiques des urbains, en passant par les complots incessants du gouvernement pour piéger les Mormons. De l’autre, il y a l’appel de la vraie vie, la passion du chant, les émois amoureux, le dégout du travail de ferailleur avec papa, l’attirance magnétique pour l’université. On suit une jeune fille devenue femme durant toute sa construction psychique et physique. C’est poétique, grandiose, sincère, touchant, éducatif sur le monde très fermé des mormons tout en n’étant pas moralisateur. Une vraie prouesse littéraire merveilleusement relatée par la traduction de Johan Frédérik Hel Guedj.

Penguin Random House

Sois toi-même,  tous les autres sont déjà pris – David Zaoui

Difficile de résumer ce roman. Alfredo est un jeune peintre raté, omnibulé par la représentation de l’inconscient des animaux sur ses toiles. Il ne vit pas de ses toiles, et est obligé de prendre n’importe quel petit boulot proposé par son conseiller pôle emploi. Ses parents le soutiennent de là où ils sont, c’est-à-dire depuis l’appartement situé en face du sien. Sa grand-mère à Alzheimer et s’est vu assigné un singe intelligent de compagnie, Schmidt, pour l’aider dans ses tâches quotidiennes.

On pourrait croire à une tranche de vie, une fresque familiale rocambolesque. C’est en tout cas l’effet escompté par l’auteur, mais le résultat n’est pas atteint. Tout est expédié trop vite, tout se bouscule. L’effet surréaliste est raté, remplacé par un fouillis sans queue ni tête dont on a l’impression qu’il a été rédigé par un auteur en manque de temps. L’écriture est maladroite, le style incertain. C’est comme si André Breton avait tenté de se caricaturer lui-même. Le dadaïsme qui plane au-dessus de David Zaoui n’arrive pas à convaincre le lecteur. Tout sonne faux, et même si le roman se lit rapidement, c’est plus pour vite le finir plutôt que par plaisir que nous avons écumé les 288 pages du second ouvrage de l’auteur. Un peu bancal, et c’est dommage, car on est certain que ce roman transformé en scénario aurait été un film ou un court-métrage magnifique sous la direction du Zaoui réalisateur.

L’ombre portée – Bernard Tirtiaux

C’est l’histoire d’une maison, dont on retrace le cheminement de vie, les étapes de construction. A travers les différents stades d’évolution de son domaine fermier de Waterloo, Bernard Tirtiaux nous raconte ses ancêtres, la campagne, la guerre, l’amour. Il écrit à son aïeule Hermine, qu’il aurait tant aimé connaitre mais qui est morte trop tôt pour que leurs chemins ne se croisent. Entre deux poutres agencées et un échafaudage dressé se dessine le portrait, en négatif, de générations successives et harmonieuses. C’est le portrait d’une famille et le portrait de plusieurs époques que l’on admire, sous la plume tendre et poétique d’un maçon au grand coeur. Bernard Tirtiaux est l’architecte d’une oeuvre mystérieuse – qui aurait cru qu’on ne pourrait décrocher son regard de 200 pages entièrement consacrées au vocabulaire du bâtiments et du chantier. Comme une allégorie de la construction de soi, suivre le redressement d’un immeuble d’entre les ombres nous fait nous sentir plus proches de la terre et de nos racines. Une prouesse stylistique qui ravira tant les nostalgiques d’une campagne wallonne ancestrale, que les amateurs de projection et d’introspection.

Sofia Touhami

Directrice de la communication, tout droit venue de Belgique pour vous servir. Passionnée de lecture, d'écriture, de photographie et de musique classique.

1 commentaire
  1. “Sa grand-mère à Alzheimer et s’est vu assigné” m’a sauté aux yeux, si je puis dire. Il n’y a plus de correcteur chez Lattès ?