Jean Echenoz, en roue libre

La Bibliothèque Publique d’Information (BPI), au Centre Pompidou, consacre une exposition à l’écrivain Jean Echenoz. Un bon moyen de revenir sur l’œuvre et sa fabrique.

La littérature est-elle affaire de mécanique ? On peut se le demander en sortant de l’exposition que la Bibliothèque Publique d’Information consacre à Jean Echenoz. Près de quarante ans après son premier roman, Le Méridien de Greenwich, l’écrivain, publié depuis ses débuts aux prestigieuses Éditions de Minuit de  Jérôme Lindon, est aujourd’hui un des écrivains majeurs de la littérature française. On plonge avec joie dans cette exposition, comme dans les livres de Jean Echenoz, qui proposent tous un savant mélange d’aventures, d’humour et de réflexions sur la littérature.

Le Méridien de Greenwich de Jean Echenoz, Éditions de Minuit

 

Richement documentée et bien conçue, cette exposition permet de découvrir la mécanique de la fabrique échenozienne. Celle-ci est directement liée à la fabrique des images, principalement cinématographiques, qui lui permet, par l’appropriation de sa technique, de réaliser les plus grands fantasmes flaubertiens. Marqué autant par les films (des extraits de La Mort aux trousses, Planète interdite ou La Règle du jeu sont d’ailleurs projetés), que par les techniques de tournages ou de montages, Jean Echenoz agit en metteur en scène de ses personnages et s’imagine comme un Alfred Hitchcock facétieux ne s’interdisant pas d’apparaître à l’écran. Jean Echenoz semble, toutefois, vouloir nous montrer à quel point la littérature peut rester plus forte que le cinéma, en se laissant toute liberté pour instaurer un rapport ludique avec le lecteur.

La précision des mots

Qui a déjà lu un de ses romans connaît la précision de la langue chez Jean Echenoz, jamais avare de jeux de mots et de tournures gaguesques. Grâce aux nombreux manuscrits et tapuscrits, on peut constater à quel point l’auteur de Je m’en vais ne laisse rien au hasard, raturant et recomposant son texte, afin que tout mot prenne sens et efficacité. L’exposition donne par ailleurs à lire de nombreux extraits de l’œuvre de l’écrivain, afin de mieux voir son art de la composition. En écrivain également influencé par le jazz, et qui a dédié un livre à Maurice Ravel, Jean Echenoz compose son texte avec précision, pour ne pas dire maniaquerie, tout en laissant la place, durant ce processus, aux nombreuses envolés stylistiques et découvertes surprenantes qui le caractérisent. Il crée une géographie purement littéraire, où il fait évoluer des personnages improbables dans des situations qui ne le sont pas moins, mesurant tout le pouvoir trouble de la fiction à les rendre probables, et celui des mots à engendrer des images étonnantes, et étonnées.

Les romans d’Echenoz sont le produit d’une même fabrique, qui s’auto-alimente et s’auto-interroge, sans être fermée sur elle-même, puisque se laissant largement contaminée par d’autre fabriques : celle de l’Histoire et de ses évènements, celle des discours médiatiques ou celle des arts cinématographiques et musicaux. Chacun d’eux est le résultat d’un long cheminement, que l’exposition met à jour, et compose, un par un, un ensemble compréhensible qui permet d’observer l’évolution passionnante d’une œuvre et des questionnements propres qui la crée.

 


 

Jean Echenoz Roman Rotor Stator, à la Bibliothèque Publique d’Information (Centre Pompidou) jusqu’au 5 mars.