Se perdre sur Internet, c’est découvrir un monde aussi poétique qu’absurde

Se perdre sur le Net, c’est se perdre dans une ville qu’on croit connaître mais qu’on découvre sous un autre angle lorsqu’on s’y égare : fascinante, tortueuse, incompréhensible mais pourtant incroyablement poétique dans ses recoins les plus insoupçonnés.

Internet : on le représente souvent comme une succession de lignes de codes vertes ou encore par un tunnel bleu sans fin, qui défilent à toute vitesse sous nos yeux. Immatériel, on le pense coupé de notre réalité, sans gravité, sans corporalité ni matérialité. Notre vie IRL et celle sur internet sont bien distinctes dans nos esprits et constituent deux expériences séparées. Et pourtant… rien ne nous a plus connecté à notre réalité et n’est plus proche de la matérialité de ce monde que ces lignes de codes colorées : grâce à elles, nous pouvons saisir l’entièreté de notre monde à portée de clic.

Par exemple, le site « 7billionworld » représente les 7 milliards d’individus présents sur notre Terre. En scrollant, encore et toujours plus loin, on peut découvrir 7 milliards de petits bonshommes jaunes qui emplissent une page web. Là encore, on peut voir la population mondiale augmenter en temps réel et contempler les naissances et morts du monde entier grâce à « worldmeter ». On peut même écouter toutes les radios (ou presque) existantes sur le globe avec Radio Garden, et celles qui ont existé dans le passé avec Radioo.

Restez bien assis, les individus ne sont pas les seuls « objets » que l’on peut contempler depuis chez soi : on peut y voir les courants marins qui traversent la planète bleue, le trafic maritime, aérien, et même celui des satellites ! On peut même discerner la Terre de l’espace grâce à une caméra accrochée dans un coin d’une station spatiale, et contempler les douces lévitations des astronautes qui passent devant nos yeux.

Voyager dans l’espace à l’intérieur de nos crânes

Partons encore plus loin, dans l’espace et voyageons le long des galaxies qui nous côtoient. Si vous doutiez encore de l’aspect infini de l’univers, cliquez ici et vous pourrez vous noyer dans les parties et sous parties du cosmos. Tel l’escalier infini d’Escher, on s’y perd, on n’en finit plus de cliquer sur les petits onglets de l’univers pour revenir finalement à son point de départ. Car le Cosmos contient autant de galaxies que la Terre de grains de sable, dit-on, et on peut contempler la beauté de celles-ci en haute définition ici.

Notre vue est ainsi gavée de merveilles, mais nos autres sens ne sont pas oubliés : on peut écouter sur un site l’écho des météores qui passent plus ou moins près de notre planète. Bien que le son ne soit pas très agréable à entendre, de l’idée se dégage une poésie certaine : on pourrait presque croire à un rêve.

Rêver éveillé pourrait être la parfaite illustration de chacun·e d’entre nous assis·e sur sa chaise de bureau, immobile, à regarder défiler les merveilles de notre écran sous notre regard passif. Internet crée des rêves, au sens propre du terme : ici, on peut regarder s’écouler les rêves et les cauchemars d’une jeune fille durant des heures, peut être même des jours, jusqu’à ce qu’on se décide à la réveiller, par lassitude. On peut même changer notre réalité en rêve, en transformant nos photos en visions fantastiques sur ce site. Ou faire de votre écran un cerveau sous LSD avec Haxioming ou Fallingfalling, le faire devenir ivre avec mysterysearch, ou encore se mettre dans la peau d’un cadavre grâce à une histoire étrange et inquiétante afin de vivre sa propre mort.

Internet ou l’interface poétique de votre vie

Que ce soit à travers l’image de la caverne d’Ali Baba ou celle de la corne d’abondance, vous pouvez comparer le Net à tout ce qu’il y a de plus riche et de plus beau dans la créativité (ou la bêtise) humaine. Des tâches les plus puériles comme faire des tas de sable, ou faire (faussement) planter votre ordi ; aux plus délirantes en faisant syncoper vos pages web, ou en prétendant savoir hacker ; en passant par les plus inutiles en perdant votre temps ou en le laissant passer, autrement dit, en écoutant la pluie qui tombe.

Se dégage de ces créations absurdes une irrésistible poésie du non sens qui peut aller jusqu’au sublime : envoyez-vous des lettres dans le futur, enfoncez vous dans une image, volez au dessus des nuages, tout est possible. Devenir créateur, prendre le style de grands artistes (devenez Apollinaire ici ou Jackson Pollock ), attraper de-ci de-là des composants artistiques qu’on remanie à son propre style, à sa propre vie. Internet permet une infinité de possibilités pour devenir un dieu de notre monde virtuel, jusque dans ces extravagants extrêmes.

Et ce monde insolite et curieux est à portée de clics : cliquez donc, cliquez, et si vous êtes perdu, cliquez ici.

Phane Montet

Docteur en curiosité, conteuse d’histoire, adepte des vidéos de vulgarisation sur youtube, et fan incontestée d’Alain Damasio, je veux changer le monde (entre autre) et faire dégonfler mes chevilles !

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