Star Wars, sans déconner !

La particularité de l’univers Star Wars est d’être en continu alimenté, enrichi par les contributions d’individus ; auteurs, dessinateurs, vidéastes, ou, dans le cas qui nous concerne, des génies. Parlons d’œuvres qui ont contribué à l’expansion de l’univers Star Wars en faisant un pas de côté.

Star Wars Déconne est une série de courtes vidéos hébergées sur Dailymotion et Youtube, une folle épopée de quatre ans, née sur en 2006 et régulièrement mise à jour jusqu’en 2011, bien qu’ayant accédé dans nos cœurs à l’immortalité.

Star Wars Déconne, créée par un individu connu sous le pseudonyme Pigrelin, et plus tard épaulé d’un certain N’co, s’appuie sur la trilogie originale de Star Wars, à savoir Un Nouvel espoir, l’Empire contre-attaque et Le Retour du Jedi.

En pleine époque Mozinor, la mode est au détournement de scènes de films sur lesquelles on vient calquer une nouvelle bande son – dialogues et musique, dans le but de créer un effet comique tant dans le continu des échanges eux-mêmes que dans le décalage entre la scène se déroulant sous nos yeux et la scène originale qu’on garde à l’esprit.

Le pitch

C’est une large fresque de 36 épisodes, de 3 minutes chacun en moyenne, dispatchés en deux saisons, l’ensemble contant une véritable histoire : la chanson de geste de Luc (Mark Hamill), un jeune homme de 26 ans en échec scolaire qui ne parvient pas à trouver l’amour. Maniant un langage soutenu au vocabulaire riche : “plaît-il?”, “merci Monsieur vous êtes bien urbain !”, la tête pleine de rêves et d’espoirs, un tantinet naïf, ce jeune homme choisit comme compagnon de route son grand-père, le dénommé Papy Wouane (Alec Guinness), qui tient le rôle de l’oncle un peu gênant en fin de dîner de famille mais qui se révèle attachant malgré son sens de l’humour douteux essentiellement lié à ses problèmes gastriques récurrents. Il incarne à lui seul toute une époque et dénonce les difficultés à vivre dans un monde moderne ; il est en effet parfois dépassé par la situation, voire perdu. Sa détresse est cristallisée dans une tirade que Papy Wouane délivre, le regard dans le vague, une lueur d’angoisse dans les yeux : “Mais qui êtes-vous madame ? Et qui sont tous ces gens qui nous regardent autour ? Et pourquoi je reprendrais pas des frites ? Ah ça y’est ! J’vais faire caca !” Malgré ses difficultés, il n’en demeure pas moins un grand-père courageux qui n’hésite pas à se mettre en danger pour désactiver le Chiwawatron, qui se démène et sort de sa zone de confort pour aider son petit-fils Luc, en détresse affective, et qui se maintient en forme en s’entraînant au maniement du sabre-laser sur Wii Sport.

Ils se lient d’amitié avec Natacha (Harrison Ford) et une meuf accompagnée de deux pains aux raisins (Carrie Fisher), et ensemble tentent d’échapper aux plans super machiavéliques du papa de Luc, Dark Vador.

Une critique de la société

Vador fait partie des trois méchants de cette saga, il est le père incompris qui se sent très seul et qui laisse son vague à l’âme s’exprimer dans un rap vibrant d’émotion (sur l’air de Marly-Gomont) :

“Je m’appelle Dark Vador, je viens pas d’Endor, j’habite une base secrète qui s’appelle l’Etoile de la Mort. […] Sur l’Etoile de la Mort y’a pas de nanas, mais cinquante mille pingouins déguisés en soldats. Y’a pas la Paris [Hilton], ni même la Scarlett [Johannson] : pas une meuf dans le coin donc pour le sexe c’est pas chouette […] y’a que l’Etat-Major, ça n’empêche qu’on s’y ennuie comme des rats morts.”

Vador a abandonné ses propres rêves pour subvenir aux besoins de son fils Luc en acceptant de travailler pour Optic2000, ici une multinationale ultra-capitaliste aux dirigeants malveillants. Malgré sa solitude et son ennui dans son bullshit job, il considère sa situation financière comme stable, il est en effet capable “d’arrêter de faire ses courses chez Lidl” et peut “manger chez Flunch tous les samedis ! Voire tous les jours si on veut !” et tente pour cette raison de convaincre Luc de venir travailler avec lui.

Luc, en mal d’amour et de confiance, fugue loin de ces attentes paternelles et se retrouve à prendre des cours pour séduire les femmes auprès du Bon Roi Dagobah, personnage douteux s’il en est qui lui enseigne que pour séduire, il s’agit d’oublier la délicatesse, et plutôt de mettre des “tartes dans la gueule” de ces demoiselles.

La critique va plus loin en dénonçant les failles du tout-numérique : Dark Vador parvient à hacker le GPS de son fils Luc, qui l’envoie à son insu auprès d’un de ses sous-fifres au lieu de le guider jusqu’à Atol. On peut également relever cet épisode dramatique où le General Jean-Louis Apfelglück (Peter Cushing) n’arrive jamais à recevoir la pizza qu’il commande – et la choucroute pâté-gambas non plus, d’ailleurs.

© LucasFilms

 

Star Wars Déconne a par ailleurs toujours fait des efforts pour être en phase avec son époque, traitant sans tabou de sujets délicats de société ; “Y’a ptet pas de pâté mais ça sent… Si ça ne tenait qu’à moi, on nettoierait tout au kärcher !”, ou comme la chanson Garçon de Koxie, la tektonik, Tokio Hotel, la Nouvelle Star, Brice de Nice (Le 1er) ou bien évidemment Carlos, à qui les hommages n’ont d’égal en force que leur fréquence.

Un monde idyllique

Ici, personne ne meurt, d’ailleurs les victimes sacrifiées à l’écran étaient en fait simplement aux W.C. Ici, où les crises les plus importantes consistent à devoir décider de la nouvelle peinture de l’étoile noire : rose ? jaune poussin ? un petit bleu de Prusse ? Ici, les conflits concernent des opticiens, ici, les gens ne sont pas en danger mortel mais simplement au ski, en promenade forestière, en discothèque ou encore à la piscine. Ici, les méchants sont de vils personnages qui veulent “pourrir le week-end” des protagonistes. C’est en somme le lieu d’une innocence pure où le pire qui puisse arriver consiste à être malade en buvant des glaçons, après avoir commandé un mojito sans rhum, sans menthe, avec de la glace et une paille.

Le temps des choix

A la fin de l’aventure, Luc va-t-il abandonner ses idéaux et ses espoirs de travailler pour Atol, marque de lunettes qu’il révère, mais où il ne gagnera pas sa vie, Atol étant d’ores et déjà criblé de dettes et ayant lancé “un plan de restructuration visant à licencier plus de cinq milles personnes”, ou va-t-il renier ses valeurs et ses amis hippies pour travailler pour Optic2000, prendre un emploi en lequel il ne croit pas afin de trouver une place dans la société et une compagne par la même occasion ?

Ce sont des questionnements ancrés en chacun de nous ; les rêves de la jeunesse, la désillusion et la quête de soi. Luc, qui a 26 ans et qui est toujours en sixième, tente désespérément de “pécho”, ce qu’on peut voir ici comme un rite de passage vers l’âge adulte et son émancipation.

Le tout évidemment dans un style potache, truffé de calembours et de répliques de génie à ressortir à tout moment pour briller en société, tels que : “T’as confondu le lave-vitres avec le curaçao !”, “On s’est éclaté comme des huîtres !”, “A force de descendre je me suis retrouvé sur le toit…”, “Retirez-vous les doigts du cul, sinon, c’est moi qui vous en mettrai un” ou encore “Certaines pensent que le génie est héréditaire, les autres ont des enfants.” et tout ça agrémenté de choix musicaux plus brillants les uns que les autres.

Héritage

Star Wars Déconne a toujours su se tourner en dérision et mettre en abîme son propos ; on peut entendre Pigrelin lui-même parler pour interrompre un personnage “Ah non monsieur, là “putatif” c’est le mot de trop, là vous êtes sur Star Wars Déconne, vous êtes pas au congrès des neurosciences…”, l’Empereur rappeler à Vador que “ce n’est pas Star Wars, c’est une parodie !”, ou le Caporal Fion tenter d’expliquer ce qu’est Star Wars à Vador, ce dernier de rétorquer “Mouais ça m’a l’air compliqué votre histoire”. Ceci afin de bien distinguer la trilogie originale de cette fiction parallèle mais autonome.

Star Wars Déconne continue à vivre. A son apogée la série a été copiée de diverses façons, la parodie la plus abusée étant Star Wars Délire – le seul nom me fait encore grincer des dents à ce jour, un fan ayant entrepris de refaire tous les montages avec des extraits haute définition sur Youtube (@SWDeconneHD) : il cumule des millions de vues tandis que d’autres personnes tentent encore et toujours de continuer l’histoire en créant diverses saisons 3…


La majorité des originaux sont encore disponibles sur Dailymotion, des versions ayant été re-téléversées en haute définition sur YouTube. Les deux premiers épisodes sont difficiles d’accès, mais le ton se trouve dès le troisième et ne va qu’en s’améliorant.

1 commentaire
  1. “Ici, personne ne meurt,” Le “petit dégât collatétral” sur lequel se trouvait Star touffe et la terre (ainsi que le pauvre pizzaiolo) n’ont pas exactement le même avis (au final, il y a plus de mort dans la s2 que dans toute la prélogie).