Cannes 2018 – « Fahrenheit 451 », un certain manque de profondeur

Ramin Bahrani revisite un classique de la littérature dystopique, 52 ans après Truffaut pour nous présenter un téléfilm qui a des airs de blockbusters à moitié assumé, qui manque cruellement de profondeur.

Dans un futur dystopique, où la société de l’image est poussée à l’extrême, où chacun est filmé en permanence, où la culture est considérée comme le mal absolu, les pompiers ne sont plus là pour éteindre les feux mais bien pour brûler et détruire toute œuvre d’art, livre, film, musique. Les mots n’existent plus, remplacés par des symboles.

Nous suivons Guy Montag (interprété par Michael B. Jordan) et son mentor le capitaine Beatty (interprété par Michael Shannon), deux pompiers qui vouent leur vie à leur mission de destruction culturelle. C’est dans un manichéisme assumé (présent dans l’œuvre originale) que Michael Shannon, qui décidément ne sort plus de son rôle de méchant qui fronce les sourcils en croisant les bras, s’oppose fermement aux « Anguilles » ces fervents défenseurs de la culture, et que Michael B. Jordan se retrouve dans un dilemme moral qui pourrait bien le faire basculer dans la recherche et la protection de ces œuvres qui ont marqué la société qui était présente avant une certaine « seconde guerre civile » qui a conduit à l’annihilation de toute forme de culture.

Pour un résultat décevant

Sous couvert d’une photographie léchée, de bons comédiens, et d’une bande son prenante, c’est une sensation de manque qui nous envahit en sortant, on a l’impression d’être pris par la main, ne laissant aucune place à la réflexion, où à l’imagination, emmenés par un scénario prévisible et cliché. Les derniers plans contemplatifs donnent l’impression d’une tentative pour masquer le manque de profondeur du scénario. On attendait ce film comme une sorte de renouveau, espérant naïvement que sa portée serait aussi importante que la première adaptation de Truffaut, et c’est finalement sur un long-métrage superficiel et presque anecdotique que nous ressortons du Grand Théâtre Lumière.

Jules Azelie

Photographe de concert au départ, je me tourne de plus en plus vers le reportage en général ainsi que la photo éditoriale