« Aquaman » : DC sort enfin la tête de l’eau

Le nouvel épisode de l’écurie DC signé James Wan est comme une bulle d’air remplie d’oxygène ; un phare dans la nuit.

Avec son univers aquatique foisonnant et sa débauche visuelle assumée, Aquaman extirpe de ses abysses ankylosées la licence de super-héros originels après un Justice League mort-né. Généreux et décomplexé, tout en faisant la part belle à une histoire sérieuse et bien rythmée, le film met en avant avec brio une figure héroïque longtemps moquée en nous rappelant que l’eau domine les trois quarts de notre planète.

L’histoire nous place après les événements de Justice League tout en agrémentant le récit de plusieurs retours en arrière. Dans une nuit de tempête, Tom Curry, un gardien de phare, va au secours d’une étrange femme échouée telle une sirène sur la berge. Il s’agit de la reine Atlanna, exilée de l’Atlantide en vue d’un mariage arrangé non désiré. Après plusieurs années de bonheur et la conception d’Arthur, le futur Aquaman, Atlanna est retrouvée par les hommes de son époux. Afin de protéger son fils et son mari, celle-ci accepte son destin et disparaît sous les eaux en leur promettant de revenir un jour.

Dans le présent, Arthur Curry continue d’écumer les sept mers en tant que baroudeur et sauveteur casse-cou. Sa condition de méta-humain est acceptée, mais son héritage atlante, lui, finit par le rattraper. La princesse Mera, déjà croisée dans Justice League, lui apprend que son frère de sang, Orm, envisage de prendre le pouvoir et d’engager une guerre contre les “surfaciens” après l’attaque d’un sous-marin. La sublime atlante aux cheveux flamboyants l’enjoint à accepter son destin en tant que roi légitime du royaume océanique. Pour ce faire, il devra récupérer le trident mythique perdu du roi Atlan, une arme ultime. Dans sa quête, Arthur sera confronté à un ennemi humain, Black Manta, et devra composer avec son statut de sang-mêlé face à son frère, pour finalement découvrir que c’est là sa plus grande force.

Un univers éclaboussant

Le monde inédit des Atlantes est sans conteste la perle rare de ce long-métrage. En effet, jamais auparavant n’avait été proposé un univers si singulier et coloré dans l’univers de DC. Face à la palette monochromatique monotone de Justice League (hormis le ciel rougeoyant du grand final et les éclairs bleus de Flash), l’ambiance amphibie d’Aquaman fait figure de feu d’artifice visuel. Les coraux sont gigantesques et colorés, les méduses font office de lampes, de gargantuesques statues ornent les bas-fonds turquoises, les hippocampes et les requins blancs sont des montures etc. La direction artistique — généreuse et authentique — soutient le propos avec justesse et cohérence afin de présenter une civilisation aux us et coutumes bien définies. Les abysses grouillent de vie, pour le meilleur et pour le pire, et nous sommes aux premières loges. Cette maestria esthétique sera mise au service d’un melting pot cinématographique qui versera à la fois dans l’aventure, l’horreur, la science-fiction, la romance, l’action et le fantastique.

Aquaman profite du réalisateur génial de Conjuring et Insidious pour insuffler au cinéma de super-héros un équilibre qui flotte parfaitement. Avec un certain entrain, hérité de son héros éponyme, le film enchaîne les transitions intelligentes et stylisées ainsi que les plans iconiques. James Wan use de son talent pour hisser le film un cran au dessus des autres productions avec une réalisation dynamique parfaitement calquée sur l’esprit comics. En résulte des plans séquences frénétiques et soignés ainsi que des scènes de batailles grandiloquentes au rythme effréné. La force brute d’Arthur et l’hydrokinésie de Mera nous immergent à chaque combat avec un défilé de lieux diversifiés qui inspire le voyage. Nous nous souviendrons surtout du passage de la fosse, avec ses créatures immondes dignes du cauchemar d’Innsmouth dans une mise en scène nocturne cauchemardesque, mais également de la course poursuite sur les toits en Sicile, ainsi que de la bataille finale digne d’un Star Wars sous-marin.

Une histoire qui flotte bien

La présentation des origines du héros aquatique peut dérouter. Malgré le fait que son histoire soit narrée après la réunion de la Justice League, Aquaman trouve dans son film une cohérence surprenante. En effet, sa puissance était quelque peu mise à mal dans la dernière aventure : humiliation sous l’eau par Steppenwolf, difficulté à arrêter une pauvre vague dans les égouts etc. Tout cela est réhabilité dans cette épopée qui érige le héros comme véritable sauveur de son peuple et de la surface. Souvent réduit en tant que “nageur en collants qui parle aux poissons”, sa démystification est achevée depuis longtemps et l’heure est venue de redorer son blason. À terme, nul ne peut contester sa prestance et son envergure, incarnées par un Jason Momoa charismatique et impliqué.

L’histoire du film se destine à faire voyager le spectateur. Malgré une carence en décors naturels justifiée par l’univers atlante, la terre et la mer s’avèrent palpables mais aussi complémentaires. Car c’est de cela dont il s’agit, de complémentarité. Au lieu d’opposer les deux mondes, le film fait don de médiateur à travers son personnage principal, véritable fruit des deux univers par son métissage. Les figures féminines, Atlanna la mère, et Mera la future épouse, s’avèrent essentielles et remarquablement bien écrites. Elles invoquent la force des sentiments, ainsi que de l’honneur et du devoir, pour instruire et seconder le héros dans sa quête de pouvoir et de sagesse. La notion de responsabilité se reflète par le biais du personnage de Black Manta, dont la haine a été créée par l’ignorance d’Arthur. Ce dernier nous fait comprendre qu’il n’existe finalement qu’un seul monde. La tolérance et l’écologie sont les maîtres mots de cette aventure. Le sérieux, souvent reproché à la licence, est ici mieux dosé mais toujours présent, avec un héros qui endosse son rôle par devoir, tout comme sa mère et sa compagne avant lui. La valeur du devoir honorifique au détriment des sentiments, qui nous rappelle les plus grandes pièces de Racine, hisse les héros de DC comme porte-étendards des figures héroïques mythologiques.

En tant que fils de la terre et roi des sept mers, Aquaman vogue remarquablement bien sur les flots en nous proposant un récit soigné qui prend le temps de développer son propos sans pour autant nous noyer dans des considérations narratives étirées. Le film nous rappelle qu’il est un blockbuster qui doit divertir, et il le fait à grands coups de trident et d’effets spéciaux qui pourront parfois frôler l’indigestion, mais dont la nécessité et la légitimité sont facilement admises. Avec sa réalisation exemplaire, son univers élaboré et chatoyant, son héros hybride puissant et touchant ainsi que ses personnages secondaires développés ; Aquaman est porteur de valeurs écologiques et humaines essentielles qui font de lui le meilleur film de la licence aux côtés de Man of Steel et Batman vs Superman. On n’en demandait pas tant.

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