Les femmes et leur corps au cinéma

07Trop de formes ou pas assez ? Le corps de la femme est constamment jugé, scruté, examiné comme un objet ou un bout de viande. Les questions précises de sexualisation, d’objectivation font partie d’un débat plutôt récent, mais la représentation du corps de la femme au grand écran a-t-elle changé depuis l’Âge d’Or du cinéma ?

On entend souvent parler du terme “sex symbol” quand on vient à décrire des femmes telles que Jean Harlow, Marilyn Monroe ou, pour prendre des exemples plus contemporains, Megan Fox, Cameron Diaz ou Kate Upton. Qu’ont-elles en commun, si ce n’est le fait que leur corps a été au centre de leur carrière ?

Depuis le Golden Age Hollywoodien…

L’Âge d’Or d’Hollywood, à partir des années 1930, va connaître une révolution quant à la représentation de la femme au grand public. Dans Red-Headed Woman, sorti en 1932, Jean Harlow interprète le rôle d’une femme qui n’hésite pas à utiliser son corps pour faire avancer sa carrière. Quatre ans plus tard, pour prendre encore un exemple, elle jouera le rôle d’une secrétaire qui entretient une liaison avec un homme d’affaires dans Wife versus Secretary.

Jean Harlow et Chester Morris dans Red-Headed Woman– © Metro-Goldwyn-Mayer


Mais c’est plus tôt, en 1933 quand, pour la première fois, l’Autrichienne Hedy Lamarr apparaît nue dans le film tchèque Ecstase — le film ébranle alors le cinéma. Jusque là, la promiscuité, la nudité étaient suggérés mais jamais représentés de manière aussi graphique.

D’une part, on pourrait effectivement voir cette représentation comme une libération pour la femme, son personnage au cinéma n’est plus restreint à celui d’une femme gracieuse, discrète, contrainte par les normes de l’époque. Néanmoins, ce nouveau personnage féminin est vu comme un antagoniste et sa liberté sexuelle est un défaut.

Avec l’exemple d’une bombshell : Marilyn Monroe

Plus tard, à partir des années 1950, on voit apparaître de nouvelles têtes : Marilyn Monroe, Brigitte Bardot, Elizabeth Taylor, des noms légendaires qu’on connait pour les films mais surtout pour leurs personnages. Une caractéristique commune : la sensualité, leurs formes étant souvent mises en valeur.

Marilyn Monroe s’inspire, physiquement, de son idole, mentionnée plus haut : Jean Harlow, se décolorant les cheveux au peroxyde d’hydrogène pour devenir, à son tour, une blonde bombshell.

Marilyn Monroe- © Milton H Greene

 

En 1953, Monroe deviendra, contre son gré, la première couverture du magazine Playboy. En effet, c’est quelques années plus tôt que la starlette, encore inconnue et en besoin d’argent, se fait photographier nue, puis à l’apogée de sa carrière cinématographique, Hugh Hefner en profitera pour racheter lesdites photos et les publier sans le consentement de Monroe (il n’avouera cela que très tard, en 2011). Marilyn Monroe est alors l’exemple-même de l’objectivation de la femme : elle devient vite la “sex symbol” de son époque, un corps à prendre et à regarder par n’importe qui, à volonté. Monroe, Bardot, Taylor, traduiront les tableaux de beauté de l’époque — on comparera aux articles des magazines beauté de l’époque donnant aux femmes des conseilles pour prendre du poids et avoir les mêmes formes voluptueuses que ces dernières.

…la femme est un accessoire au service de l’homme et du public

Par opposition, la star Audrey Hepburn est elle-même considérée comme étant l’une des plus belles femmes de son époque ; à la limite de la maigreur, sa silhouette est à l’inverse de celle de Marilyn Monroe. Si les deux ont en commun la célébrité et leur époque, tout le reste s’oppose, il suffit de comparer leurs personnages à l’écran. La Pola DeBevoise de Marilyn Monroe dans How to Marry a Millionaire n’est intéressé que par l’argent et séduit plusieurs hommes en espérant en épouser un riche, alors que la gracieuse princesse Ann d’Audrey Hepburn part à l’aventure en Italie dans Roman Holiday.

Audrey Hepburn dans Roman Holiday – © Paramount Pictures

 

L’opposition peut aussi se faire par les cheveux : dans Gentlemen Prefer Blondes, Lorelei Lee (Marilyn Monroe) et Dorothy Shaw (Jane Russell) sont deux danseuses de cabaret et meilleures amies que tout oppose, l’une blonde et l’autre brune, la première n’est intéressée par le mariage que pour l’argent, alors que la deuxième a un cœur d’artichaut, mais ne tombe amoureuse que d’hommes infortunés. Cette opposition, et le stéréotype de la blonde superficielle resteront ancrés au cinéma — bien qu’utilisés pour un effet comique, le stéréotype traduit la réalité d’une pensée commune à l’époque.

Marilyn Monroe et Jane Russell dans Gentlemen Prefer Blondes – © 20th Century Fox

 

C’est aussi à cette époque qu’apparaît James Bond, et à partir de là que la question réapparait régulièrement : qui sera la prochaine James Bond girl ? À chaque film, depuis 1962, une nouvelle femme charmante et attirante entretient une liaison avec le célèbre espion, des sortes d’acolytes temporaires à son service.

Des petits pas apparaissent enfin aujourd’hui…

Depuis, la question féministe a permis aux femmes de remettre en question ces représentations. Sexualisées, objectivées, comme on a pu le voir cela n’est pas nouveau, mais ça n’a pas non plus cessé d’être. Encore aujourd’hui, si on se tourne vers les films de super-héros, les personnages féminins sont minoritaires, mais surtout leurs rôles sont rarement principaux.

Bien sûr, de plus en plus d’efforts sont faits pour changer cela, on cherche à représenter des femmes fortes, indépendantes (Hermione Granger dans Harry Potter, Beatrix dans Kill Bill), des petits pas qui, nous l’espérons, changeront les femmes sur grand écran et rendront leur humanité, leur personnalité à ces corps qui ont été dissociés des personnes.

 

Uma Thurman dans Kill Bill – © Miramax

 

Pour conclure, les femmes, ou plutôt leur corps, sont objectivés au service du personnage principal, souvent masculin. Si ce problème n’est pas nouveau, il est loin d’avoir été éradiqué. Les débats plus récents on pu remettre en question cette mauvaise habitude de Hollywood. Les choses ne changeront pas du jour au lendemain, mais il est tout de même intéressant de voir l’évolution du cinéma et des femmes au grand écran — nous voyons aujourd’hui plus de femmes réalisateurs et de plus en plus de rôles sérieux et moins de rôles de “soutien” à un homme.