« Bienvenue à Suburbicon » – Quand le rêve américain tourne au cauchemar

Bienvenue à Suburbicon, le nouveau film de George Clooney, sort mercredi. Au programme : un scénario à la Cohen, Matt Damon, Julianne Moore et Oscar Isaac en mode burlesque et une critique décapante de la société américaine d’il y a un demi-siècle. On ne peut qu’aimer.

Lorsque la famille Meyer emménage à Suburbicon, rien ne va plus. Un cambriolage qui tourne mal, des victimes collatérales… c’est bien la faute de ces “putains de negros”. Et si, au fond, ce n’était qu’une coïncidence ?

Tout commence avec une scène idyllique. Suburbicon, la parfaite ville résidentielle américaine, haute en couleurs et en bonne humeur. Les classes moyennes de la fin des années 1950 y vivent en autarcie, parfaitement heureuses en apparence. Le nom de la ville rappelle le mot anglais suburb (qui signifie banlieue). Dans les rangées de maisons identiques de la cité, le rêve américain ! Chacun possède un porche, un jardin, une voiture. Les relations de bon voisinage sont nombreuses. Jusqu’au jour où une famille noire emménage, déclenchant une vague de racisme et de haine sans précédent.

Pourtant, Bienvenue à Suburbicon ne raconte pas leur histoire. Ce sont leurs voisins, la famille Gardner, que l’on retrouve au centre d’un drame impliquant mafia, agent d’assurance, et oncle soupçonneux. Avec humour (un humour grinçant et succulent), George Clooney met en scène les déboires de ces personnages. Le père, joué par Matt Damon, est un véritable loser, insatisfait perpétuel, et incapable de protéger sa famille. Sa femme et sa belle-sœur – toutes deux incarnées par l’excellente Julianne Moore – sont l’une comme l’autre pathétiques : Margaret, en fauteuil roulant, est amère. Rose est mièvre, en adoration devant son beau-frère. Le fils de la maison, le petit Nicky (Noah Jupe) apparaît comme la seule personne saine d’esprit, ce qui lui vaudra quelques ennuis.

© Metropolitan FilmExport

 

Avec bonheur, on retrouve dans ce film le style un peu décousu mais merveilleusement efficace des frères Cohen, qui ont participé au scénario. Entre satyre sociale des Etats-Unis d’après-guerre et vaudeville, ce film réussit à allier le burlesque au sérieux dans un équilibre impeccable. La course-poursuite en tricycle notamment, vaut le détour. On retrouve également une coloration très politique dans ce long-métrage. Le racisme, l’injustice et la recherche de boucs émissaires à blâmer sont pointés du doigt. Et si l’intrigue se déroule dans les années 1950, elle rappelle curieusement des événements beaucoup plus actuels. Et incite l’Amérique à réfléchir à son avenir politique.

On reprochera néanmoins quelques lenteurs et quelques scènes inutiles, notamment au début du film. On a parfois du mal à comprendre où le scénario nous mène. Ce n’est qu’à la toute fin que les pièces du puzzle s’imbriquent une à une pour former un tableau glaçant de Suburbicon. Pas sûr que vous ayez envie de faire un tour dans cette jolie ville…

 

Marie Daoudal

Grande voyageuse (en devenir).
Passionnée par la littérature et les langues étrangères. Dévoreuse de chocolat. Amoureuse éperdue de la vie et de la bonne bouffe.
“Don’t let the seeds stop you from enjoying the watermelon”