Tout nous sépare – Nekfeu aux poudres

Ce mercredi est sorti en salles Tout nous sépare, quatrième long-métrage de Thierry Klifa. Un thriller à quatre têtes tourné sous le gris soleil de Sète, dans lequel l’ancien journaliste dirige Catherine Deneuve pour la troisième fois, et lance le rappeur Nekfeu au cinéma.

Après Sadek dans “Tour de France” et Orelsan et Gringe dans “Comment c’est loin” l’an dernier, c’est à nouveau un rappeur qui va étrenner sa filmographie dans un premier rôle. Et non l’un des moins populaires : Nekfeu, figure centrale du rap hexagonal depuis le début de la décennie, d’abord en groupe avec 1995, le $-Crew, 5 Majeur et L’Entourage, puis en solo avec deux albums, certifiés diamant et triple platine.

© Abaca

 

Catherine Deneuve, la clé du film

L’invité surprise, c’est lui. Et pourtant, ce polar romanesque a d’abord été écrit autour de Catherine Deneuve. Thierry Klifa voulait lui écrire un personnage inspiré des héroïnes telle Gena Rowlands dans Gloria de John Cassavetes. Un personnage qu’il décrit comme viscéral, jusqu’au-boutiste. Cheffe d’entreprise bourgeoise, Louise est rançonnée par l’amant de sa fille Julia, interprétée par Diane Kruger. Celle-ci est éprise de Rodolph, au tempérament dur et violent, campé par Nicolas Duvauchelle. Infirme, elle ne se sent vivre qu’à travers lui. Caïd d’une cité sétoise, il doit de l’argent à un rival. La relation entre les deux est physique, électrique, presqu’animale.

© Mars Films

 

Un premier exercice réussi pour Nekfeu

Louise, qui veut protéger sa fille veut mettre un terme à cette relation. Rodolph doit de l’argent ; le compromis est tout trouvé.

Ben, ami de Rodolph et interprété par Nekfeu, prend le relais. Désormais, c’est lui qui est chargé de rançonner Louise. Mais l’argent ne se trouve pas si facilement. Il revient à la charge. Au fil des rencontres va alors émerger une autre relation. Celle d’une petite frappe qui se fait plus fort qu’elle n’est face à une mère courageuse qui va se prendre d’empathie pour ce jeune homme, au travers d’un syndrome de Stockholm hors les murs, platonique et éthéré. Peut être un peu trop, car si le duo passionnel bien que classique formé par Nicolas Duvauchelle et Diane Kruger est dépeint justement et nettement, les contours du tandem Nekfeu-Deneuve ne sont pas assez appuyés. Certaines scènes portent parfois à sourire et Thierry Klifa ne parvient pas à aller au bout de cette relation pourtant intéressante.

Nekfeu s’en sort honorablement pour ce premier film, et c’est lui qui finalement va retenir l’attention, plus qu’une Catherine Deneuve trop timide. Il interprète un personnage subissant une importante violence physique avec beaucoup de justesse malgré un jeu encore flottant. Repéré par le réalisateur sur la une des Inrocks qu’il avait partagé avec Virginie Despentes, Nekfeu a été choisi pour Klifa pour sa gueule et son discours. Ce que l’on peut regretter, c’est que la caméra se concentre un peu trop sur cette “gueule” justement. Mais pour un premier film dont il est la star, c’est logique.

© Mars Films

 

Ce film est tourné sous le soleil industrieux de Sète. Thierry Klifa tenait à ce que le décor du film soit à l’opposé de ceux habituellement attribués au polar : sombre, nocturne. Le cadre accueille donc parfaitement le scénario. Le cinéaste donne le récit d’une course à l’argent novée en course à la vie sans s’attarder sur ce qui l’entoure. Les milieux bourgeois et populaires ne sont pas exagérés ou caricaturés, le réalisateur en donne un portrait neutre, en s’en étant imprégné discrètement durant l’écriture. Le scénario ne porte pas plus d’intérêt aux relations entre “frères” ou entre mère et fille.

Tout nous sépare s’enflamme amplement mais n’explose pas. Il est cependant un écrin satisfaisant pour les prouesses de Nekfeu, qui, déjà virtuose sur vinyle, semble également doué sur pellicule.

Victor Costa

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